Pour ce huitième film, finies les aventures originales qui apportaient un plus à la saga, les producteurs de la franchise One Piece optent pour une approche plus terre-à-terre qui consiste à remixer une partie de la série pour en sortir un condensé d'1h30, susceptible d'être commercialisé en salles.
En-dehors de l'impression de se faire flouer face à la solution de facilité adoptée par la Toei Animation (studio détenteur des droits de la saga), le spectateur ne retire qu'un seul intérêt véritable de cette expérience : la possibilité de revoir un des meilleurs Arcs de la saga One Piece -l'épisode d'Alabasta dans le cas présent, soit les épisodes 92 à 130- sans avoir à se retaper une petite quarantaine d'épisodes (la série One Piece étant inachevée et semble-t-il interminable, il est évident qu'on a vite fait d'oublier certains des évènements antérieurs, un petit résumé n'est donc pas du luxe dans ce cas précis).
Toutefois, le côté positif de la chose s'arrête là, étant donné que 90 minutes ne suffisent vraiment pas à rendre ni toute la force, ni toute l'émotion, ni toute l'aventure contenues au sein de l'Arc d'Alabasta dans la série. Que reste-t-il alors ? Un film insipide, plus proche d'une suite d'images scotchées les unes aux autres que d'une véritable tentative de construire un résumé digne de ce nom. Résultat, aucun apport pour la série, ni pour le spectateur, si ce n'est quelques très brefs sourires quand on revoit un moment de la saga qu'on avait aimé, des sourires qui disparaissent dès qu'on se rend compte que ces moments ont été découpés à la va-vite par des vandales irrespectueux.
ATTENTION : Ce film ne s'adresse vraiment qu'aux fans de One Piece qui ont déjà vu l'Arc d'Alabasta, car il paraîtra quasiment incompréhensible aux yeux des novices.
Petit rappel de l'histoire : Le film débute au moment où l'équipage de Luffy vogue tranquillement sur les mers en direction d'Alabasta avec pour invitée la princesse Vivi. C'est par un pur hasard qu'ils « pêchent » un étrange personnage nommé Mr2 Bon Clay, un utilisateur de fruit du démon. Luffy et ses amis ne tardent pas à découvrir son étrange pouvoir, qui est de... prendre l'apparence de n'importe quelle personne, rien qu'en la touchant ! Ils sont encore loin de se douter du danger que peut représenter une telle habileté si elle est utilisée par des individus mal intentionnés.
Plus tard, en débarquant au pays d'Arabasta, l'équipage de Luffy ne tarde pas à apprendre que le roi Nefertari Cobra, le père de Vivi, est soupçonné d'accaparer toutes les réserves de « Dance Powder », une poudre nécessaire pour faire tomber la pluie sur son royaume désertique. Celui-ci est en fait manipulé par l'infâme Crocodile, un pirate ambitieux et fourbe, qui se fait passer pour le nouveau protecteur d'Arabasta. Afin d'éviter une guerre civile, Luffy et ses amis partent à la recherche des rebelles aveuglés par le désespoir, dans le but de stopper leur marche sur la capitale.
Un terrible affrontement s'annonce entre nos amis et les sbires de Crocodile pour sauver le royaume d'Arabasta...
Après un visionnage pénible, le bilan qu'on peut tirer de ce huitième film One Piece est sans conteste... négatif.
Confiée à un staff trop prudent d'habitués de la Toei et de la saga, entre le réalisateur Takahiro Imamura (qui n'était qu'assistant réalisateur sur quelques-uns des films Dragon Ball) et le scénariste Hirohiko Uesaka (le responsable du script de l'anime One Piece chez Toei Animation), cette adaptation manque de nouveauté, de fraîcheur, et déçoit.
Tout d'abord, tout l'esprit de la saga est parti en fumée, à cause du montage découpé à la va-vite (dans le style Massacre à la Tronçonneuse si vous voyez ce que je veux dire...). Beaucoup trop condensé et axé sur les moment charnières, le métrage saute toutes les histoires parallèles si plaisantes et touchantes qui représentaient l'essence même de l'esprit One Piece. Pas le temps pour les émotions donc, tout s'enchaîne trop vite pour que le spectateur ait le temps de profiter du paysage. Ah si, on a droit à quelques petites pauses dédiées à des scènes de fan service d'un ridicule accompli (Nami qui montre son décolleté pour faire avancer un crabe géant... une scène indispensable à l`histoire c'est certain). C'en est presque déplacé.
Le reste du film, on passe d'une scène à l'autre voire d'un plan à l'autre sans aucune espèce de lien, et le rire succède à la tristesse en un quart de seconde, ce qui retire toute l'âme de l'œuvre.
Des grains de sable dans les rouages
De plus, le spectateur ne trouvera pas non plus de quoi justifier le visionnage de ce film sur le plan technique, car l'animation est moins bonne que dans la série (alors que les épisodes originaux de l'Arc d'Arabasta avaient été réalisés environ 4 ans plus tôt !). On aurait au moins mérité un petit rafraîchissement au niveau des graphismes, mais les images de synthèse obsolètes par rapport aux précédents opus sont viennent nous confirmer symboliquement la coupure dans le budget alloué aux films de la saga.
Même chose pour la musique, reprise de celle de la série, sans rien de nouveau à se mettre au creux de l'oreille. Plus encore, mal intégré au métrage et trop décousu, à l'instar des images, le fond sonore ne provoque que très peu d'émotions. Plus grave, le grand moment symphonique qui consacrait le duel final entre Crocodile et Luffy dans la série a tout simplement été remplacé (pour en finir plus vite ou par manque de budget ?) par une mélodie insipide.
Vous l'aurez compris, les coupures diverses, qu'elles soient physiques et techniques (les images, la musique, le scénario) ou financières, sont toutes beaucoup trop visibles, et fatales à ce film n°8 : L'épisode d'Arabasta, dans lequel la princesse du désert et les pirates se retrouvent tous bien malheureusement ensablés.
Le tout petit oasis dans le désert
Un seul véritable bon point original à relever, la bonne idée du réalisateur d'intégrer des images dessinées style « artwork » pour figer les meilleurs moments de l'anime. Très beaux, ces grands tableaux sauvent un minimum le film, marquant les esprits des fans, heureux de voir cet effet « figer » l'action et immortaliser leurs héros.
Bien entendu, il reste aussi la joie toute simple de revoir quelques petits moments comiques qui font encore leur petit effet (le trio de clowns Luffy/Usopp/Chopper est toujours aussi hilarant), quelques morceaux de bravoure inoubliables qu'on est contents de se remémorer (la détermination de Vivi, la classe ultime du personnage de Pell, bien mis en valeur), ainsi que le bonheur de revoir que tout se termine bien.
Du sable dans les yeux, les oreilles, le nez et le cerveau
Il n'empêche que ces quelques petites douceurs ne cachent pas la montagne de caries qui entament la crédibilité ce film, tant la valeur originale de l'histoire de l'Arc d'Arabasta est gâchée par le montage indigne qui nous est proposé. Comme on l'a souligné précédemment, ce huitième film affiche un scénario totalement décousu, ne reprenant que les grandes lignes de l'histoire se déroulant sur près de 40 épisodes en Arabasta, oubliant totalement de mettre des liens entre les évènements, ses créateurs ayant préféré insister sur quelques morceaux de bravoure ou sur des gags qui n'ont presque plus de saveur tellement ils ont été amputés de leur contexte.
En tout cas il n'est plus question de permettre à un nouveau public de découvrir l'univers One Piece et tout son potentiel fantasmagorique au travers des films (les numéros 1 à 7 pouvaient être regardés indépendamment de la série tout en restant accessibles), ce huitième film est uniquement réservé aux fans hardcore (on le répète : aucune introduction au début du métrage, il faut connaître d'avance la situation pour embarquer dans l'aventure). Je déconseillerai même aux fans de s'y attarder, ils n'y verront que le plus mauvais visage de One Piece, dans lequel le produit de vente a remplacé l'œuvre si imaginative et délirante qu'ils connaissent.
Du vandalisme à l'état pur, commercial et navrant. L'analogie est peut-être limite, mais on est tous d'accord sur le fait que du jus concentré/condensé ne sera jamais aussi bon que du jus à base de vrais fruits frais/originaux. Ce 8ème film sent l'artificiel et le réchauffé, rien de plus. A éviter.
Kurono-kun []

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