Si le film est bien évidemment reconnu comme un chef d'oeuvre de l'animation, le manga de Nausicaä de la Vallée du Vent illustre toute l'importance que Hayao Miyazaki a pris en une seule bande dessinée. Le manga se démarque par un scénario densifié qui s'étale sur sept volumes alors que le film ne reprend que les deux premiers. Avec des thèmes forts et un dessin impeccable, la séduction s'opère dès les premières pages et le voyage dans cet univers fantastique se propage entre bonheur et féerie. La reparution chez Glénat de cette oeuvre gigantesque ne devrait pas laisser indifférent de nombreux lecteurs...
La nature contre-attaque

NausicäaLe monde industriel n'est plus. La guerre des sept jours de feu' a provoqué de graves troubles, la civilisation est revenue des centaines d'années en arrière du point de vue technologique mais ce sont surtout les irrémédiables changements à la surface terrestre depuis mille ans qui sont frappants. Désormais, la Terre est recouverte d'une immense forêt luxuriante, le Fukaï, dominée par la faune locale particulièrement incontrôlable. L'écosystème a connu un développement aussi terrifiant que formidable, devenant une zone dangereuse pour les hommes qui se trouvent confinés près des littoraux lointains alors que le Fukaï ne cesse de s'étendre. Seule la verdoyante vallée du vent est relativement épargnée, devenant ainsi le centre d'attention des empires guerriers prêts à conquérir de nouvelles terres par tous les moyens. La situation est catastrophique ; reste l'espoir décrit dans une prophétie, l'attente d'un sauveur. Peut-être que ce sera la princesse Nausicaä à la fois proche des hommes et inconsciemment attirée par la forêt...
Même si le scénario n'est pas très original, la richesse des ses réflexions rend l'oeuvre pleine de qualités. Le résumé montre la partie visible de l'intrigue mais celle-ci se complexifie avec la découverte d'un monde qui se révèle posséder un contexte géopolitique déroutant, parabole certaine des conflits touchant aux réels problèmes environnementaux d'aujourd'hui à l'échelle du globe. L'environnement prend une place grandissante dans le film, l'ensemble des questions tourne autour du Fukaï. La force du scénario de Miyazaki est de prendre le problème à revers car c'est bien la forêt qui empiète désormais sur le monde des hommes, se vengeant des sévices subis pendant des siècles : la Terre se rebelle, la toute puissance humaine a disparu en même temps que sa technologie.
La disparition de la technologie est le résultat de la guerre, horreur absolue pour le réalisateur. A travers une majeure partie de ses films, Miyazaki s'est attaché à démontrer sa hantise et c'est certainement Nausicaä qui y parvient le mieux. Parabole une fois de plus. Un monde détruit victime d'une catastrophe, qui ressemble fortement à un désastre nucléaire, ravageant le monde et ayant des effets indéterminables sur la nature, créant une nouvelle espèce dominante ressemblant à des sortes de vers de terres qui auraient muté en gigantesques êtres rampants dont la conscience se révèle insondable jusqu'aux derniers instants. Ce monde renaissant est perdu, sous le joug de dangers non envisagés et dont les hommes sont toujours inconscients, à part la minorité de la vallée du vent. La bêtise des hommes avides de pouvoir et de possession supplémentaires est pointée du doigt sans complaisance.
Ecologie primaire
La narration plonge immédiatement dans le bain et le format papier laisse plus de liberté à l'auteur pour développer son univers et explorer en profondeur des thèmes qui ne sont que soulevés dans le film. Avec maestria et pas mal de talent pour introduire des situations et des propos inattendus, Miyazaki fait de Nausicaä un martyr qui en donnerait presque les larmes aux yeux. Sans crier gare, le lecteur se laisse séduire même s'il connait l'histoire et se laisse de nouveau surprendre par les multiples facettes du manga. Il est intéressant de noter que d'un support à l'autre, le mangaka a fait peu de concessions et que la grand epartie de son message soit reproduite de manière intacte. Du grand travail.
Graphiquement, Miyazaki s'offre le luxe de livrer un travail presque parfait. Etalé sur le temps, l'ensemble des tomes de Nausicaä bénéficie d'un soin particulier à travers lequel le peaufinage et le remplissage sont exceptionnels. Le trait est fin, proportionné dans une justesse relative, avec quelques hachures pour un rendu tout bonnement magnifique. Le manga est d'une richesse graphique rare, plein de détails et superbement servi par un découpage classique et clair. Ce travail illustre parfaitement les scènes retrouvables dans le film et laisse une impression en tout point somptueuse. Si Glénat a eu la bonne idée de servir le manga sous un grand format et avec un encrage plus que correct, le papier est trop fin, un peu transparent. Reste à voir si la nouvelle version qui sortira prochainement consentira à corriger ces légers défauts qui ne perturbent, cependant, en rien la lecture.
Nausicäa reste à tout jamais un conte intemporel, parlant et important. Un chef d'oeuvre graphique et scénaristique tellement rare que reparution est un événement attendu depuis longtemps. Glénat l'a enfin compris. Merci.
juro []

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