Masamune Shirow est un auteur qui s'est fait connaître grâce à des oeuvres telles qu'Orion ou Appleseed où son style particulier mélangeant science-fiction et mysticisme a su séduire un public japonais habitué à des oeuvres encore classiques. Ghost in the Shell est sa poule aux oeufs d'or, lui valant une prestigieuse reconnaissance internationale. Sorti en 1991, ce manga, ainsi que le dessin animé de Mamoru Oshii, servirent à démocratiser la culture japonaise à travers le monde et surtout aux Etats-Unis. En France, ce succès aura permit de briser jusqu'à un certain point le cliché du manga violent et débile. Si Ghost in the Shell est effectivement un manga où le sang ne manque pas, nous allons voir en quoi il y a bien plus que de la haine et des muscles dans cette oeuvre qui fit figure de révolution à son époque.
Une oeuvre de science-fiction

Ghost in the ShellNous sommes en l'an de grâce 2015, et les récents et fulgurants progrès en nanotechnologies ont permit le développement tout aussi explosif de la cybernétique. Ainsi, des robots à forme humaine font leur apparition. Motoko Kusanagi est un être dont seul le cerveau est humain. Elle habite un corps construit en série, et fait partie de la section 9, une section anti-terroriste du gouvernement japonais assez directe dans ses méthodes d'intervention. Le premier volume fait la part belle à l'univers futuriste de l'auteur, très largement inspiré du mouvement d'anticipation des années 70.
Ghost in the Shell est avant tout un manga de science-fiction. Il faut pourtant convenir que l'un de ses points forts est sa cohérence. Tout cela, c'est grâce aux petites notes en bas de page, qui expliquent au lecteur comment telle invention pourrait être réalisable, et donne même des références bibliographiques.
On pense notamment à un passage ou Shirow nous explique comment il ferait pour créer ses robots (scène superbe reprise en ouverture de l'anime soit dit en passant) et on se rend compte que l'auteur à pensé à des tonnes de détails qui n'effleureraient jamais l'esprit d'un fan de science fiction lambda, comme la pose des cheveux ou la cohérence musculaire du robot.
C'est là qu'on se dit que Shirow est un vrai génie, mais surtout que l'on se rend compte de la puissance de son univers futuriste, très mal connu car souvent découvert à travers l'anime de Ghost in the Shell, beaucoup moins exhaustif en détails. Un volume entier sur deux pour poser les bases, voilà de quoi assurer un scénario en béton, vous direz-vous.
Le fantôme dans la machine
En très gros, Ghost in the Shell, c'est la rencontre entre Motoko Kusanagi et le Marionnettiste, un organisme virtuel tellement complexe en terme d'informations qu'il prend conscience de sa propre existence. Penchons-nous sur ce brave Marionnettiste un instant. C'est donc un programme informatique qui à emmagasiné tellement de données qu'il est devenu vivant. Ca a l'air débile ? Pas tellement que ça, quand on y pense bien. Tout dans notre univers n'est que donnée. Oui, lecteur, non seulement ce que tu lis, mais toi-même, tu n'es qu'un simple amas d'électrons et de trucs du genre qui sont organisés d'une certaine manière. Au fond, ton cerveau n'est qu'un moyen de stocker des informations.
Mais si un être à la base entièrement artificiel peut prétendre être vivant, et s'il l'est effectivement, les critères définissant l'humanité s'en retrouveront grandement modifiés.
C'est ce qu'essaie de nous montrer Shirow dans son manga, en nous dessinant un monde où les humains peuvent être en métal, des robots peuvent avoir des cerveaux, et où il est possible de se connecter sur le net en se collant un câble dans la carotide. La frontière n'est déjà pas très sûre, et l'apparition de ce Marionnettiste va tout chambouler.
Un manga très différent du film
Le manga Ghost in the Shell est largement plus complexe que son équivalent animé. Ainsi, il s'adresse à un public beaucoup plus ciblé. Mais là où Oshii recadre les aventures de Motoko dans un contexte personnel extrêmement sérieux et d'une sobriété sans pareil, Shirow joue la carte de l'humour (et du gore, aussi, pas mal) et met en scène des personnages joyeux, n'hésitant pas à enchaîner les caricatures et les blagues. Shirow est un des rares mangakas à s'auto-financer, et se permet dès lors des folies qu'aucun autre ne pourrait cautionner. On a souvent droit à des planches en couleur de toute beauté en début de chapitre, et à des schémas pour illustrer les supers concepts philosophiques, qui, s'ils ont la particularité de ne rien expliquer, ont aussi le mérite d'être assez beaux.
Voilà un petit défaut à adresser au manga, celui de faire dans l'excessivement compliqué pour perdre son lectorat, et tenter de l'impressionner à coup de planches avec des dessins de galaxies. Mais quand on tente de suivre sérieusement le développement des dialogues, certaines idées ne tiennent pas la route, ou sont tout simplement très mal traduites.
Faut-il le rappeler, à sa sortie, le manga de Shirow fut une explosion dans le petit cosmos de la bande dessinée japonaise. De nos jours, Ghost in the Shell est plus reconnu pour être un superbe anime qu'un manga. Qu'à cela ne tienne, il a beaucoup vieilli, et il a surtout laissé sa place à de dignes successeurs, notamment Hiroki Endo, qui à fait son petit effet avec le déjà très reconnu Eden, ou bien sûr, ces bons vieux frères Wachowsky.
Jade []

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