Impossible de parler de Gen d'Hiroshima sans parler de Maus. Cette bande dessinée de Art Spiegelman est un monument de bande dessinée historique. Elle a d'ailleurs été maintes fois primée. Lisez la critique pour avoir plus d'informations (et lisez Maus pour votre culture).
D'ailleurs, Gen d'Hiroshima est préfacé par Art Spiegelman.
Gen d'Hiroshima est un peu le Maus japonais, à ceci près que l'auteur reconnait avoir beaucoup romancé son histoire. Là où Maus s'intéresse aux camps de concentration, Gen se concentre sur Hiroshima, et surtout sur l'après Hiroshima.
Ce manga est l'aboutissement de l'oeuvre d'une vie. L'auteur, Keiji Nakazawa, est natif d'Hiroshima. Il a six ans lorsque tombe la bombe qui tue son père, sa soeur et son frère. Il passera sa vie à raconter, à travers différents mangas tous plus ou moins autobiographiques, ce qu'à pu être l'horreur. Lorsqu'il commence à écrire son chef d'oeuvre, il a 34 ans, et suffisament de recul pour pouvoir appréhender le contexte politique de l'époque.
La portée historique...

Gen d'HiroshimaKeiji Nakazawa ne s'intéresse pas aux problèmes du pays suite à Hiroshima. Il s'intéresse aux difficultés qu'ont eu les gens pour survivre. Toute cette série ne porte que sur la survie des personnages, pas sur leur vie. La première étape dans cette survie, c'est tout simplement la bombe. Avoir été à Hiroshima le 6 aout 1945 et être vivant, cela veut dire qu'il à fallu non seulement avoir réchappé de l'apocalypse, mais aussi qu'il a fallut chercher des choses à manger là où il n'y a eu que des cadavres fondus, des maisons rasées et en flammes, des hommes, des femmes et des enfants mutilés, et surtout, là où tout était irradié.
La deuxième, c'est la survie aux brûlures, aux blessures et au cancers qui ont directement découlés des radiations. Même si le mot n'est quasiment jamais dit, par souçi historique sans doute (il ne faut pas perdre de vue que dans le Japon de 1945, le cancer n'éxiste pas), on reconnait les symptômes. Et là encore, même si le héros survit, il voit autour de lui mourir ses proches.
Viennent d'autres étapes toutes aussi cruelles et violentes : être considéré comme un pestiféré, ne pas pouvoir travailler, devoir mendier, devoir voler, devoir mourir dans l'indifférence... Ces hommes et ces femmes ne sont quasiment plus des hommes, mais des animaux.
Le lecteur, quel qu'il soit, est forcément touché, bouleversé, écoeuré par ce qu'il voit, par ce qui est décrit. Tout comme dans Maus, c'est l'horreur pure et simple qui transpire de ces pages.
...s'accompagne d'une dimension politique
Là où l'on ressent la maturité de l'auteur, c'est que il ne jette jamais la pierre aux américains. Bien sur, ils sont responables de la bombe, mais c'est le Japon qui est responsable du reste. Lorsque c'est un Coréen qui aide Gen et que ce Coréen est traité comme un chien, ce n'est pas la faute de la bombe. Quand personne ne veut acceuillir des personnes qui vont mourir, ce n'est pas de la faute de la bombe. Keiji Nakazawa ne fait pas que dépeindre l'horreur de la bombe. Il décrit aussi le monde dans lequel les rescapés ont du survivre : un Japon fasciste, égoïste, fanatique et obtus.
Il rend hommage aux hommes et aux femmes qui ont tout fait pour les aider, souvent sans en avoir les moyens, et condamne un sytème politique d'un autre âge. La critique n'est jamais ouverte, elle est toujours déguisée, elle se fait à travers les sentiments que ressent le lecteur : l'injustice, l'incompréhension, l'énervement parfois.
Mais de gros défauts
La narration est vraiment maîtrisée. Faire passer une telle critique sans jamais ne mettre qui que ce soit en cause relève de l'exploit. D'autant plus que si le fond de ce manga est incroyablement poignant, la forme, elle, est assez rebutante.
Le dessin d'abord : vieillot, rond et simpliste, il est trop pauvre pour faire passer les émotions des personnages. Son coté enfantin donne un côté "cheap" au manga, et c'est vraiment dommage. Un dessin plus soigné aurait donné encore plus de force au manga. L'impression est un peu la même que celle que l'on ressent à la lecture de Ayako : l'histoire est horrible, le contexte terrible, mais le dessin dresse un mur entre le lecteur et l'histoire. On rentre très difficilement dans l'histoire, mais une fois que c'est fait, on n'en ressort plus.
Pour un manga qui se veut être un témoignage d'une des plus grandes catastrophe de l'humanité, une telle barrière est un désavantage. On ne peut pas dire qu'il est à mettre entre toutes les mains, car ceux qui n'ont pas d'attirance pour le mangas seront totalement rebutés par le dessin.
L'autre gros point faible de ce manga... C'est que c'est un manga des années 1970. Du coup, tous les personnages semblent être sous amphétamines en permanence. Ils sont toujours excités, courent dans tous les sens, crient... Et même si les personnages sont des enfants, on a du mal à y croire. Mais surtout, cette agitation fatigue. Dans un tel contexte, cette agitation perpétuelle semble un peu déplacée. Elle surprend, dérange même, et fatigue.
Ce sont les deux seules ombres au tableau de ce manga. Dommage qu'elles empêchent la grande majorité des personnes de s'intéresser à ce témoignage poignant et vibrant.
Kei []

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