Non, Say Hello to Black Jack n'est pas la suite de Black Jack, de Osamu Tezuka. En revanche, Say Hello to Black Jack reprend un peu les mêmes thèmes : le milieu médical et un exercice un peu différent de la médecine. Mais ici, il n'est pas question de pratique illégale de la médecine, loin de là.
Eijiro Saito est un jeune diplômé de médecine. Il sort de la prestigieuse université Eiroku, l'école d'élite de la médecine japonaise. Cependant, étant donné que le diplôme de médecine n'est qu'un test de connaissances et en aucun cas un test de capacité, il doit terminer sa formation en passant quelques mois dans les différents services de l'hôpital : des urgences au service des prématurés en passant par la chirurgie.
Say hello to BlackjackC'est à partir de ce moment que Eijiro découvre véritablement la réalité de la vie de médecin : patients condamnés, euthanasie, lourdeur de l'administration, système pyramidale... Bref, l'enfer. Mais Eijiro est un garçon naïf et plein de foi en la médecine. Il va alors se lancer dans un combat comme le système de santé japonais.
Parlons un peu du dessin. Il est l'exemple même du dessin semi réaliste. J'entends par là qu'il est la plupart du temps détaillé, avec des personnages travaillés aux morphologies réalistes. Mais de temps en temps, certains dessins sont exagérés, pour une grimace ou une grosse colère par exemple. Mais on ne trouve jamais de super déformé (SD) dans ce manga.
En fait, ce dessin est vraiment ce qui convient le mieux à un manga se passant dans un hôpital. Il permet en effet aux visages d'être très expressifs, sans être caricaturaux (ce qui aurait pour effet de décrédibiliser le manga). De plus, alors que le blanc immaculé d'un hôpital se prêterait bien à une absence quasi totale de décors et de fond, ils sont ici très présents et très détaillés. C'est certes sobre -on est dans un hôpital- mais rien ne manque : des gouttes-à-gouttes aux dossiers dans les armoires, tout est là, et joliment dessiné.
Mais cela ne s'arrête pas là. Il est évident après la lecture de quelques pages que l'auteur maîtrise complètement la mise en scène. Cette mise en scène se double d'un sens du mouvement excellent. On perçoit immédiatement quand Eijiro est fatigué, quand il est stressé, quand il supporte a peine le rythme de l'hôpital.
Il n'y a vraiment rien à reprocher de ce côté la : c'est du grand art.
En revanche, coté personnage, le bilan est plus mitigé. A part pour Eijiro, dont la personnalité est travaillée : naif, engagé, hargneux parfois. Mais on ne sait rien de ses origines, de sa famille etc... On le découvre et on le voit évoluer (lentement). Il n'en est pas moins un personnage attachant car plein de fougue et d'idéaux.
Malheureusement, les personnages secondaires sont très... secondaires justement. Et c'est là un des défauts majeurs de cette série : alors que le personnage principal est développé et très travaillé, les personnages secondaires sont quasi inexistants. Non pas qu'il n'y en ai pas, au contraire ils sont très nombreux, mais on ne sait rien d'eux. Et lorsqu'on en apprend un peu, c'est toujours pour nous parler de leur parcours au sein su système médical. On a l'impression que le héros ne se lie jamais d'amitié pour personne : les seules relations qu'il entretient avec les autres personnages ne sont que des relations de collègue à collègue, de chef à subordonné. On ne s'interesse pas du tout à ces personnages qui ne sont souvent là que pour apporter des « arguments de poids »
Entre documentaire et cours magistral :
A priori, cette série paraît surréaliste : un combat contre tout un système est voué a l'échec. Dès lors, quel intérêt de lire quelque chose dont on connaît déjà la fin ? Et c'est là que le scénario se démarque de tout ce qui existe. Plus qu'un simple manga, cette série est aussi un documentaire. On fait connaissance avec le monde hospitalier en même temps que le héros, et grâce a toutes les notes mises par l'auteur, on comprend la colère et la révolte de Eijiro. Ces notes ne sont sont pas apposées sur la page comme dans Step up love story, mais elles sont disséminées parmi les paroles des personnages que rencontre Eijiro. Ainsi, ils se transforment presque tous pour une ou deux cases en professeurs, et expliquent au héros comment marchent les urgences, les prises de décision, l'attribution des postes et des crédits etc...
Petit exemple :
Des journées de 16 heures...
Salaire : 280 euros par mois !!
J'ai bien dis par mois, pas par jour.
Et mon hôpital n'est pas particulièrement mauvais en ce qui concerne la rémunération.
La paye est un peu meilleure semble-t-il dans les hôpitaux publics mais dans le privé, 70% des établissements sont sous la barre des 735 euros.
Un phénomène de société :
Cet aspect documentaire, est vraiment ce qu'il faut retenir de cette série. En effet, elle a créé un véritable phénomène au Japon. Cela se constate d'abord par le très grand nombre de vente, mais aussi et surtout par la prise de conscience qu'a suscité ce manga. En effet, le manga n'est pas considéré au Japon comme la BD chez nous : plus qu'une distraction, c'est un moyen de communication au même titre qu'un journal ou qu'un site web.
Ce manga est clairement un titre engagé. Cependant, on est loin de la critique primaire et inconstructive. La preuve : la prise de conscience a été telle que le gouvernement japonais s'est lancé dans une réforme du système, afin de revaloriser (entre autres) les salaires des internes.
En fait, ce manga a été adapté en série « live » et c'est cette série qui a veritablement lancé Say Hello to Black Jack. L'effet de ces deux supports a été énorme : grâce a la mobilisation de l'opinion publique, il y a pu y avoir des grèves ! Pour un pays comme le Japon ce n'est pas rien. Et ces grèves ont entraîné une réforme de tout le système.
Malheureusement, ce côté documentaire nuit un peu au côté ludique. On s'ennuie parfois l'espace d'une page ou deux. Mais en tout cas, quand on repose le livre, on a le sentiment (à juste titre) d'avoir lu quelque chose de marquant.
Pour conclure :
Un dessin précis, un héros attachant et humain, un scénario véritablement intéressant et un aspect documentaire. Pourtant, on s'ennuie parfois un peu, comme on le ferait pendant un cours intéressant. Rien n'est parfait...
Kei []

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