La célébrité est à double tranchant, du bon côté l'admiration des critiques et des fans devant le travail accompli et de l'autre, la face cachée qui correspond au non respect de la vie privée et à quelques excentriques qui peuvent aller très loin dans les débordements. Toute star montante, idole de la jeunesse ou artiste Kleenex a été confronté un jour à ce phénomène sans que cela ne dérape dans une succession de crimes comme celle à laquelle Mima, l'héroïne de Perfect Blue, va devoir faire face.
J-Pop, gloire et meurtrier
Entremêlé au sein d'une histoire complexe, ce film surprend par la qualité de son scénario qui s'axe autour de deux points principaux : la réussite de la carrière de Mima et la recherche d'un meurtrier qui l'harcèle et sévit dans son entourage en la faisant passer pour suspecte à ses propres yeux. Jouant sur les aspects psychologiques allant de la schizophrénie à la folie, Perfect Blue fait rapidement basculer le spectateur dans la confusion la plus totale, ce qui n'est pas pour déplaire tant le sujet assimilé au thriller psychologique est si bien traité car conservant le suspens jusqu'au bout.
La carrière d'un artiste ne tient qu'à un fil et Mima va l'apprendre à ses dépends passant par tous les stades de dégénérescence possible. Au sein du girls band de J-Pop nommé Cham dont elle est le leader, notre héroïne connaît une popularité croissante. Le succès ne cesse de s'enchaîner et le public répond présent (sauf quelques éléments perturbateurs), du coup elle devient une vraie icône pour la jeunesse. Une grande carrière s'ouvre à la nouvelle star auquel son manager et son assistante conseillent de démarrer une carrière d'actrice alors qu'elle n'a jamais pris de cours de comédie.
De nombreuses interrogations se posent alors parmi ses fans les plus fervents et certains commencent à l'abandonner pour se tourner vers le reste du groupe. Réussite ou échec ? En tout cas, Mima va connaître un départ laborieux après avoir acceptée un petit rôle dans une série télévisée « Double Link », sorte d'enquête policière où un tueur en série ne cesse de faire des siennes... tout comme dans la vie réelle où les personnes proches de Mima meurent bizarrement.
Un étrange parallèle se crée entre la réalité et la fiction s'orchestrant autour d'un seul et même homme à première vue, « Mimaniac », le plus grand admirateur de la néo-actrice qui consacre sa vie à l'idolâtrer et à l'épier jusque dans ces moindres faits et gestes allant même jusqu'à les répertorier sur un site internet... jusqu'où l'otaku ira-t-il ?
Le scénario est dantesque d'un bout à l'autre du film et les surprises et rebondissements s'enchaînent jusque dans les derniers instants avec une confusion qui fait perdre le nord aussi bien à l'héroïne qu'au spectateur. D'un bout à l'autre du film, j'ai été scotché par la subtilité que Yoshikazu Takeuchi a donnée à l'histoire pour aboutir à un fabuleux et inattendu final qui m'a berné complètement car ce n'est vraiment que lors des cinq dernières minutes que tout les éléments précédents se regroupent et où des personnages anodins peuvent se révéler diaboliques.
De plus, le scénario nous plonge dans une introspection au plus profond des abîmes de Mima qui ne différencie plus rêve, fiction et réalité. La vision de sa vie quotidienne et artistique s'en trouve affectés si bien qu'elle se trouve totalement déboussolée et ne sait plus quoi faire. Elle a beau changer ses habitudes et se protéger du regard des autres, elle perd ses repères, sombre dans la folie paranoïaque et les choix dans sa carrière s'en ressentent... à tel point qu'elle se croit elle-même meurtrière par moment accusée par un double mystérieux qui prend une énorme influence au fur et à mesure des événements. Perfect Blue peut se targuer de rester dans un domaine plus psychologique sans tomber dans la débauche de crimes sanguinaires en mettant l'héroïne au coeur de toutes les confusions.
Schizo, parano, cyclo...
Satoshi Kon (Tokyo Godfathers, Chiyoko Millenium Actress) a réalisé l'adaptation et c'est avec beaucoup de fluidité que les personnages évoluent dans des décors ultra simplistes. Oui, Perfect Blue n'est pas « perfect » au niveau de la réalisation avec ces décors peu travaillés et son chara design du même genre. Si les expressions des personnages sont finement représentées, leurs visages sont assez simples mettant peu de détails en valeur. Mais comme dans Jin-Roh, c'est bien sûr le résultat qui prime et cette tranche de vie est superbement desservie par la qualité de son animation avec une scène de fin qui n'envie rien aux films hollywoodiens. Concernant la bande son, pas grand chose à dire, elle colle à l'ambiance mais elle n'est pas non plus transcendante.
En 1h18, le combat livré par Mima contre son adversaire invisible va prendre forme rapidement avec un rythme allant croissant et rendant parfaitement crédible. La complexification d'un scénario qui s'emmêle puis se démêle fait parfois penser à un film de David Lynch (toutes proportions gardées) et bluffe son monde lors du dénouement vraiment imprévisible. Pefect Blue reste un très bon moment à passer en mettant les neurones à contribution mais se laisse regarder avec plaisir surtout pour son côté paranoïaque. C'est bizarre, je me sens épié de l'autre côté de l'écran...
juro []

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