Rappelez-vous, vous connaissez sûrement l'histoire. Il y a à peu près deux millénaires, un type, accompagné de son épouse enceinte, avaient entrepris un voyage du côté de Bethléem. Ils s'étaient arrêtés dans une étable pour la nuit et avec reçu une flopée de visites durant la nuit parmi lesquelles celle de trois rois mages. Considérés comme des parrains riches et puissants, ceux-ci seront à l'origine d'un destin qui restera longtemps dans les mémoires, à base de miracles, de mysticisme et d'une épopée rocambolesque. Mais ce destin aurait-il été le même sans la présence de ces trois hommes ? La réponse se trouve dans Tokyo Godfathers.
Née sous une bonne étoile (?)
De nos jours, il est toujours question d'épopée et en bouleversant totalement la situation, Satoshi Kon (Perfect Blue, Millenium Actress) réussit à nous livrer un film admirable à la fois drôle et touchant. Dans un Tokyo plus vrai que nature, trois sans-abri errent à la recherche d'un peu de chaleur à tous les degrés. Ce soir, c'est Noël, un soir comme un autre quand plus rien n'est à chérir ou à défendre. Trois destins brisés par un événement tragique d'une vie commune parmi tant d'autres qui les a amenés à la déchéance. Trois destins qui ne demandent qu'un coup de pouce pour relever la tête et avancer de nouveau. La discorde ambiante régnant dans le groupe laisse place à une union totale lorsqu'un événement incroyable intervient, un événement qui porte le nom de Kyoko et qui doit peser à peu près trois kilos. Bienvenue dans un voyage dépaysant et inattendu autour d'un incroyable quatuor pour un conte de Noël qui nous fait revisiter la Nativité.
« Un clodo, un travelo, une ado... et un bébé », voici l'improbable groupe de Tokyo Godfathers qui cache derrière lui une sensibilité à fleur de peau. Chacun cachant son passé aux autres car seul le présent importe et que la rue les rassemble tous. Entre Jin, l'homme qui a fait table rase de son passé, l'oncle Cloche, un travesti qui ne demande que le bonheur de ceux autour de lui pour mieux oublier son désespoir, et Myuki, une ado paumée dans les méandres d'une famille qui ne la comprenait plus, la présence de Kyoko arrive comme une bouffée d'air frais, ainsi qu'une mystérieuse clé. Les trois amis vont partir à la recherche des parents du nouveau né mais les obstacles et les préjugés sur les sans-abri sont vivaces et la tâche va s'avérer plus ardue que prévue... mais passionnante de bout en bout.
Street life
La rue. Satoshi Kon semble l'avoir étudié au microscope, autant pour l'environnement tokyoïte que pour la population qui y vit en permanence. Tokyo sous la neige semble plus somptueuse que jamais car le réalisateur s'est attaché à nous montrer la ville par ses quartiers résidentiels, la ville de tous les jours. Sous le scénario se cache une critique de la solitude éprouvée lors des fêtes de fin d'année et du délaissement des SDF. C'est notamment à travers ce second point que Kon nous montre toute sa virtuosité en ne sombrant jamais dans la déprime ni dans la béatitude complète. Les trois personnages sont positifs mais possèdent chacun une part d'ombre sur un passé qui les ronge, un côté très humain s'en dégage. Les problèmes auxquels les exclus sont exposés parviennent à être abordés sous un oeil critique et les personnages n'échappent pas aux excès de boisson, relations difficiles entre eux et aux autres, violence et délinquance, le froid et la maladie... Aucune caricature, juste un coup d'oeil acerbe sur les conditions de vie difficiles dans la rue.
A travers ces deux précédents films, Satoshi Kon s'était attaché à explorer les genres du thriller (Perfect Blue) et de l'histoire romantique (Millenium Actress). L'action était marquée par un bon rythme entrecoupé de moments plus calmes mais dans celui-ci, l'action est omniprésente et les enchaînements bien amenés. Avec l'aide du studio Madhouse, voici une superbe animation remplie de détails quo permettent de nous livrer superbement Tokyo de nuit, un lieu revisité par le réalisateur. L'excellente animation est fluide et le chara design donne aux personnages un air ni trop grave, ni trop drôle. Car le film est drôle, tendre et surtout bourré d'un espoir qui donne un ton différent que celui auquel on pouvait s'attendre.
Un mot sur le coffret très bien garni en surprise et avec le storyboard notamment. Au final, aucune référence directe à la Nativité mais Satoshi Kon s'amuse à envoyer de multiples clins d'oeil facilement perceptibles pour ne laisser aucun équivoque sur le sujet. L'histoire est simple mais les événements vont s'accumuler et faire d'une simple bonne action un véritable périple. En une nuit, trois destins vont changer par la passion. Tokyo Godfathers est plus qu'un simple conte de Noël, c'est un film qui fait du bien.
juro []

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