Enthousiaste
Black Jack, c'est à la base un manga culte du monstre sacré Tezuka. 18 tomes qui racontent l'histoire d'un chirurgien de génie mais non licencié, et qui sont à l'origine de Say Hello To Black Jack, qui lui-même est en grande partie la cause de la réforme du système sanitaire japonais. Ne connaissant que Say Hello To Black Jack, l'idée de voir un film tiré de la série originale en guise d'introduction m'était plutôt séduisante. D'autant plus que le scénario est plutôt sympathique.
"Le 21eme siècle sera spirituel ou ne sera pas" disait Malraux. Il avait tort : le 21eme siècle est sportif ! Aux Jeux Olympiques, au saut en hauteur, la barre des 7 mètres est franchie par un sportif de 31 ans. Un peu plus tard, le record du 100 mètres homme est pulvérisé par une jeune fille de 15 ans. Un a un, tous les sports voient leurs records se faire battre. On crie au miracle, mais surtout on assiste à la naissance des surhommes, ces hommes et ces femmes qui, sortis de nulle part, deviennent instantanément des maîtres absolus de leur discipline, qu'elle soit sportive ou artistique. Mais deux ans plus tard, ces mêmes surhommes sont atteints d'un mal étrange, qui les tue très rapidement dans d'atroces souffrances. L'institut de recherche Saint Joel, dirigé par Jo Carol Brane, décide alors d'engager le docteur Black Jack pour tenter de sauver les quelques 1000 surhommes encore vivants.
lent
Sur la forme comme sur le fond, ce film alterne le bon et le très moyen, et essaie de faire passer cela sous couvert d'originalité. Ce qui est bon, c'est d'abord la qualité de l'image et de l'animation. Pas de mouvement de caméra exceptionnel, mais un travail plus que correct sur les personnages et les décors : quand les choses bougent, on n'a pas l'impression d'avoir un GIF sous les yeux. Fini les animations en 3 temps et les scrollings. Black Jack est bien animé, et c'est peu de dire que c'est agréable. Malheureusement, cette animation est entachée par un effet de style vieux comme le monde et très laid, que j'appelle "le freeze à la DBZ". Rappelez vous les épisodes de Dragon Ball Z. A la fin, l'action était toujours coupée à un moment crucial, et l'image se figeait alors, devenait plus artistique, et une voix off posait des questions comme "Sangoku et ses amis arriveront-ils à temps pour sauver la terre ?". Maintenant, imaginez que deux épisodes soient bout à bout, qu'il n'y ait pas de voix off, que les dialogues continuent normalement, mais que le coup de l'animation gelée et artistique soit toujours là. Le résultat, c'est que la tension retombe, et que l'immersion du spectateur est grandement compromise.
La tension qui retombe n'est pas forcément une mauvaise chose, sauf lorsque cette même tension n'arrive pas à se mettre en place. Le gros problème de ce film, c'est sa lenteur. Qu'il n'y ait pas d'action, c'est normal. Après tout, on ne parle pas d'un service d'urgence. Par contre, ce qu'on comprend difficilement, c'est le besoin qu'ont les créateurs de noyer le poisson. Rien n'est jamais amené directement. Ils prennent bien le temps d'expliquer la situation à chaque fois, sans rien oublier. Du coup, on sait exactement ce qui va se produire a tout instant. Et sans aucune surprise, le film perd du coup une bonne partie de son intéret. Quel intérêt y a-t-il à le regarder si au bout de 30 minutes on a compris ce qu'est en fait la surhumanité, si on a compris qui sont les méchants, si on a compris comment cela va se finir ? Je dis bien "on a compris" et non pas "on devine", car on est absolument sûr de ce qui va se passer. Le pire se situe sans doute dans la fin du film : non seulement on voit venir le Deus Ex Machina gros comme une montagne, mais on sait aussi ce qu'il va être, ce qui est un comble pour un effet qui se veut inatendu.
Globalement moyen
Au chapitre des choses trop moyennes, on trouve les musiques, qui brillent soit par leur absence, soit par leur manque d'originalité. Ni énervantes ni marquantes, on ne les remarque presque pas. Pourtant, on aurait bien aimé en avoir un peu plus pour meubler les lo(oooooooo)ngs passages un peu vides qui peuplent ce film.
Le character design est lui aussi un peu particulier : avec leurs épaules ultra larges et leurs petites têtes, les personnages sont un peu trop disproportionnés. Et comme on a bien le temps de les regarder, toutes les imperfections sautent aux yeux. Encore un effet secondaire de la lenteur du film, au même titre qu'on a le temps de penser au film et de trouver un certain nombre d'incohérences vraiment trop visible, ainsi que des solutions au problème des surhommes plus intelligentes que celles proposées. A moins de regarder ce film avec un regard totalement naïf, vous ne pourrez pas juste considérer ces "coquilles" comme des détails.
Black Jack, c'est un bon scénario et une bonne animation plombés par un rythme déplorable. Et au final, c'est la déception qui domine, car les 20 premières minutes laissaient supposer d'un très bon film. L'édition est à l'image du film, un peu décevante, mais pas véritablement mauvaise. On a déjà vu bien pire.
Mais il y a au moins un point positif à ce film : il donne envie de lire le manga. On sent qu'avec plus de maîtrise, ce film aurait pu être un grand film, alors quand on sait que le manga est culte, on se dit qu'il doit sans doute être vraiment intéressant.
Kei []

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