Encore une adaptation, mais cette fois-ci d'un jeu vidéo.
A la base, AIR est un jeu vidéo, un « visual novel ». Les lecteurs de Megatokyo savent sans doute de quoi il retourne, pour les autres, il s'agit de jeux sentimentaux, se présentant sous la forme d'une image, avec beaucoup de texte et des réponses à choix multiples, un peu comme « un livre dont vous êtes le héros », mais avec des images. Il faut aussi noter le caractère ecchi voir hentaï de la plupart (la totalité en fait) de ces jeux.
Autant dire qu'une adaptation en anime d'un jeu de ce genre est toujours un mini évènement, attendu comme le loup blanc par les fans.
Tout d'abord, l'histoire : Yukito est un jeune homme itinérant. Il erre de ville en ville et vit de son show, un spectacle de marionnette très sommaire (il n'y a qu'une marionnette qui se contente de marcher) mais unique grâce à une particularité : il n'y a pas de fils pour faire bouger la marionnette. Alors qu'il dort sur un garde fou qui surplombe une plage, une jeune fille s'approche. Incarnation du mot "kawaï", elle lui propose de jouer avec elle (en tout bien tout honneur évidemment) et plus tard de venir manger chez elle...
Expédions tout de suite le coté technique : AIR est joliment animé (mais d'un autre coté, il n'y a pas grand chose à animer), les musiques ne sont pas terribles, mais au moins elles se font discrètes. On a même droit à quelques (en fait deux) passages en full 3D, mais ils se repèrent un peu facilement au milieu de la 2D conventionnelle.
Du gros shôjo qui tache.
Voila qui est fait, voyons maintenant ce qui fait le gros de cet anime : le chara design et l'intrigue. Vous l'aurez deviné après avoir lu le résumé, AIR c'est du shojo dans la grande tradition. Ici, il n'est pas question de faire quelques digressions à la manière de Clamp, on reste bien dans le shojo. Hélas...
La première chose qui frappe : Yukito est le seul homme de l'anime. On voit bien arriver dans les trois derniers épisodes un autre homme, mais il ne dit pas plus de 10 phrases en tout et pour tout. En revanche, s'il n'y a pas d'hommes, il y a par contre beaucoup de femmes, toutes relativement jeunes, toutes jolies et toutes bien faites. Autant dire que cela ne joue pas beaucoup en faveur de la crédibilité de cet anime... Toujours dans le registre de « l'anime qui en fait trop », les cheveux ! Leur longueur est variable en fonction des situations : un moment romantique ou glamour ? Les cheveux rallongent de 10 ou 20 centimètres et flottent dans le vent. Le passage est terne ? Les cheveux ne bougent pas et ont de nouveau une taille plus raisonnable. Enfin raisonnable... On parle d'un shôjo, donc pour l'héroïne, raisonnable ça veut dire « qui arrive au niveau des genoux » et exagéré c'est « qui arrive au niveau des chevilles ». On passera sur les couettes géantes et les autres over-méga-exagérations capillaires.
Le reste du chara design est du même acabit : on reste dans un classicisme exaspérant.
Pire, en fait de classicisme, on a surtout droit à une flopée de clichés. Héroïne juvénile (pas plus de 16 ans) cheveux très longs, uniformes marins, poses absurdes (c'est sans doute le seul endroit où l'on trouve des jeunes filles bras écartés sur une digue qui s'exposent au vent, histoire de secouer les cheveux, spontanément)... La liste est longue, très longue : on peut y rajouter un héros assez taciturne, cheveux en batailles, avec une mèche qui lui retombe sur un oeil, ou bien 50 filles plus ou moins amoureuses du héros. Bref, cette accumulation fait vraiment passer AIR pour une caricature involontaire.
Pire : au bout de cinq ou six épisodes, l'intrigue n'a pas avancé d'un pouce et les personnages disent depuis le début des choses sans queue ni tête a propos d'ailes dans le dos et de rêve. A ce stade, la tentation d'effacer les épisodes et d'en rester là est forte.
Plus subtil que prévu
Mais c'est sans compter sur la perversité des scénaristes : on change en un épisode d'ambiance, de personnages et d'époque. De plus, le nonsense dont faisait preuve les personnages des premiers épisodes disparaît un peu, on commence à voir de quoi ils parlaient. Tout reste assez flou, mais l'intérêt est relancé. A partir de là l'anime s'améliore, notamment grâce à une bonne idée : nous faire revivre les sept premiers épisodes en accéléré et du point de vue d'un autre personnage, que l'on avait presque pas remarqué jusque là. Le scénario se révèle bien moins creux qu'il n'y paraissait et les scénaristes évitent les écueils classiques que sont le deus ex machina et le "happy end" écoeurant qui n'a pas sa place. On sait bien avant la fin ce qu'elle sera, et c'est cette sensation d'inéluctable qui donne un peu de force à cet anime qui en manquait cruellement.
Un dernier mot sur l'épisode 13, qui est un véritable ovni. Tel Desproges en tant qu'auteur interprète vachement gonflé, cet anime se paye le luxe de faire son propre résumé, ce qui est drôle dans un spectacle comique, mais qui, dans un anime, est une véritable maladresse (avec deux 's').
Au final, AIR n'est pas si mauvais, la dernière impression qu'il laisse est plutôt bonne (si on oublie l'épisode 13). Mais avec un dernier épisode inutile et six premiers épisodes médiocres, on peut difficilement mettre une bonne note à cet anime. Les fans de shôjo y trouveront peut-être leur compte, mais les autres passeront leur chemin et se pencheront sur des oeuvres un peu plus complètes, comme certains Clamp.
Kei []

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