9/10Nana - le manga

/ Critique - écrit par juro, le 25/12/2003
Notre verdict : 9/10 - Vania ultra (Ecrivez votre critique)

Tags : nana manga yazawa osaki komatsu trapnest shojo

Articulé autour d'une bonne histoire avec des personnages attachants, un travail soigné et surtout sans défaut majeur, Nana est vraiment une bonne surprise et je me suis rendu compte que la série avait déjà trouvé de nombreux fans en France

A bas les à priori comme quoi les shôjos ne sont que des histoires bourrées de mélodrames larmoyants réservées aux jeunes filles à la recherche du prince charmant ! Finis les gros méchas monstrueux et au diable histoires à suspens passionnantes comme Monster ! Revenons à plus de douceur dans ce monde de brute avec Ai Yazawa, la mangaka qui veut nous prouver qu'avec Nana, premier de ses mangas parus en France, il est encore possible de pouvoir avoir une histoire divertissante en parlant de la vie de tous les jours ! Avec une mécanique bien huilée qui consiste à mélanger l'humour, la tendresse et la mélancolie. Incarné par des personnages attachants, le scénario apparaît à la hauteur et promet une grande tragédie sur les tomes suivants... et quand on sait que la série est déjà culte au Japon, on y regarde à deux fois !

Nana 2 en 1 !

Nana
Nana
Plus en détail, le shôjo nous propose deux personnages principaux autour desquels l'histoire s'axe et prend toute son ampleur par leurs charismes formidables, Mlle Komatsu et Mlle Osaki, toutes deux réunis par le même prénom : Nana. A première vue, leurs ressemblances s'arrêtent sur ce point puisqu'elles paraissent si différentes du point de vue du caractère, du style vestimentaire, de la façon de parler et de leurs passions.

La vie quotidienne de Nana Komatsu est basée sur le seul thème de "l'amour parfait et réciproque", ce qui pourrait en faire la jeune première totalement dans l'esprit romantique. En fait la première Nana est une jeune étudiante victime de la mode, plutôt hystérique, très superstitieuse et peu sûre d'elle, pot de colle pour son amie Jun, un brin égocentrique et carrément à l'Ouest quand il s'agit de faire appel à un peu de bon sens. Lorsqu'elle rencontre un homme, c'est irrémédiablement le coup de foudre qui la guette... autrement dit, un personnage haut en couleurs qui donne déjà un charme fort appréciable à la série par ses gaffes monumentales mais aussi ses expressions mélancoliques absolument irrésistibles. Bref, en un mot, elle passe du rire aux larmes en un instant.

Cependant ceci ne constitue que la face visible d'une jeune fille tourmentée dont l'évolution de sa vie amoureuse constitue le véritable baromètre de son humeur : véritablement enjouée quand tout va bien, totalement déprimée quand tout va mal, elle ne connaît pas de juste milieu et se pose de nombreuses questions sur l'avenir de ses relations dès qu'elle connaît un problème amoureux. Komatsu est un personnage vrai qui aime tant la vie (et la fête) mais ne conçoit pas de la passer seule tellement son besoin de se faire rassurer et sa passion se ressentent à chacune de ses réflexions. Bien plus profonde qu'il n'y paraît au premier abord, Komatsu est plus qu'une jeune fille qui va vers sa vie de femme, c'est un tourbillon d'émotions brutes qui laisse tout transparaître d'elle à chacun de ces actes.

Komatsu est le personnage central de la série et c'est en suivant ses amours, joies et peines que l'histoire se développe. Le personnages acquiert un potentiel croissant de sympathie par sa jovialité pendant que Yazawa décortique petit à petit l'histoire qui tient le plus en haleine, celle de Nana Osaki. Brune avec des piercings, mystérieuse, indépendante depuis longtemps, elle est le leader et chanteuse d'un groupe néo punk nommé Blast mais elle est aussi caractérielle quand elle n'hésite pas à piquer des colères contre les autres membres du groupe. Pourtant, à force de volonté, elle parvient à mener une vie qu'elle désire entièrement vouée à la musique et comme le succès finit par arriver avec les différentes représentations que Blast donne dans sa région, la seconde Nana espère devenir une artiste confirmée. Contrairement à Komatsu, elle a déjà en petit ami en la personne de Ren, le guitariste du groupe.

Malheureusement, celui-ci décide de quitter Blast pour rejoindre un groupe professionnel à Tokyo tandis que Osaki préfère rester dans sa région pour réussir par elle-même, avec un gros regret sur le coeur qu'elle n'a pas réussi à exprimer. Bien plus fragile qu'elle ne le laisse montrer, Osaki est aussi une jeune femme très sensible.
Pour recommencer une nouvelle vie, elles ont alors la bonne idée de partir pour Tokyo le même jour, dans le même train et font rapidement connaissance...

Du rire aux larmes

Ce qui frappe d'emblée c'est le bon travail de la mangaka sur son oeuvre. Rarement prise à défaut, son dessin est sympathique à l'oeil car il caresse les contours des personnages avec des traits assez fins qui reflètent bien l'esprit de douceur des moments joyeux mais elle sait aussi durcir son trait pour décrire les moments drôles et faire tirer des têtes aux personnages dans les moments humoristiques. En outre, la facilité avec laquelle Ai Yazawa nous emmène dans son univers est déconcertante. Dès le début, on est accroché et il n'a pas fallu longtemps pour que l'humour permanent des répliques et les expressions sur les visages des personnages ne fassent rire de bon coeur.

Et quand ce ne sont pas des moments drôles, ce sont des moments mélancoliques qui sont décrits de façon tout aussi bien rythmés, autrement dit aucun instant creux ou de répit dans ce manga... la bonne surprise du manga est que Yazawa parvient à donner un rythme approprié sans jamais se répéter. Les problèmes et les situations sont toujours différents et tournent autour de deux axes principaux : l'amour et l'indépendance d'une femme. La suite ne peut s'attendre qu'avec impatience. Vite Delcourt, la suite ! N'empêche qu'il faut saluer leurs efforts apportés à la compréhension du manga par la traduction de toutes les « nipponeries » présentes, ce qui est d'une grande aide (pour une fois qu'on dit du bien des traducteurs).

Articulé autour d'une bonne histoire avec des personnages attachants, un travail soigné et surtout sans défaut majeur, Nana est vraiment une bonne surprise et je me suis rendu compte que la série avait déjà trouvé de nombreux fans en France, preuve d'une qualité que les autres shôjos n'ont pas réussi à égaler.

D'ailleurs, le phénomène Nana ne devrait pas en rester là car une série animée devrait se mettre en place assez rapidement vu son immense succès au Japon sous le format papier et du coup on attend maintenant avec impatience Paradise Kiss la prochaine série de Yazawa sur notre territoire.