Après avoir visité largement le style shôjo, côtoyé avec succès le genre shônen et flirté à de nombreuses occasions avec le yaoï, les Clamp s'attaquent à un nouveau registre manga, à savoir le seinen. Xxxholic est ainsi d'un ton plus mature et sombre conformément aux exigences du genre seinen. Comme d'habitude, on retrouve une nouvelle fois les ingrédients habituels des Clamp : un scénario complexe, de nombreuses allusions aux autres oeuvres du studio, un humour mordant contrastant avec les moments tragiques et bien sûr une palette de protagonistes aux personnalités hétéroclites. Néanmoins, de nouveaux ingrédients s'ajoutent à la sauce Xxxholic, en faisant une oeuvre à part entière. Une part belle d'ésotérisme mélangé à une bonne dose de philosophie, le tout sur fond de légendes, voilà la recette de ce nouveau titre. Mais les Clamp innovent encore une fois en faisant de Xxxholic un pendant direct d'une autre de leur série, Tsubasa Reservoir Chronicle, les deux mangas étant ainsi étroitement liés. Le crossover n'étant certes pas un genre nouveau auxquels s'attaquent le studio Clamp, c'est en revanche la première fois qu'elles vont aussi loin dans la liaison entre deux séries. Il est cependant possible de ne lire qu'une des deux séries sans en ressentir un quelconque effet d'incohérence dans le scénario ou dans la compréhension globale, mais il va sans dire que vous feriez énormément plaisir aux Clamp en achetant les deux mangas et pourquoi pas... La totalité de leurs oeuvres tant qu'on y est. 
xxxholic (c) Pika
Alors Xxxholic ça parle de quoi ? Et bien c'est tout d'abord l'histoire de la rencontre de deux personnes. Kimihiro Watanuki, lycéen orphelin banal si ce n'est qu'il doit supporter de vivre avec le don peu enviable de voir les esprits et Yûko, une femme mystérieuse qui tient une boutique très spéciale. Elle offre en effet à ses clients la possibilité d'exaucer leur voeu en échange d'une compensation. Un échange de bons procédés en quelques sortes. Ainsi, Yûko propose, non, pardon, oblige le pauvre Watanuki à souscrire un contrat avec elle. Et bien sûr, d'exaucer son voeu le plus cher à savoir le débarrasser de son don. En échange de cela, elle demande ou plutôt impose à Watanuki de devenir sa bonne à tout faire et c'est pas peu dire. Yûko étant une vraie fainéante bordélique doublée d'une tendance à l'alcoolisme et au grignotage compulsif, on se doute bien que Watanuki aura de nombreuses heures supplémentaires à faire. Et oui, devenir le larbin de service est une fatalité qui n'arrive pas qu'aux orphelines des shôjos. C'est entre deux corvées, que Watanuki en apprendra un peu plus sur Yûko, sa boutique et ses clients. Dotée de nombreuses connaissances en sorcellerie, occultisme et autres sciences de l'ombre, elle met son savoir à disposition des gens du moment qu'elle est dûment payée en retour. On se rend d'ailleurs bien vite compte en même temps que Watanuki qu'il n'est pas facile d'exaucer le voeu d'autrui même si la personne en fait instamment la demande. Ainsi, quelques rares clients verront leurs souhaits se réaliser mais beaucoup connaîtront une fin tragique. À travers les chapitres, on plonge grâce à Watanuki dans l'univers de Yûko et on suit l'évolution de notre héros qui peu à peu, avec beaucoup de difficultés tout de même, apprend à gérer son don au quotidien. Et semblera même au fur et à mesure moins enclin à s'en débarrasser. Ce don, l'ayant poussé à entrer dans la boutique de Yûko va certes, lui causer bien des tourments, mais va l'aider à tisser de nombreuses relations avec de nombreux personnages qu'ils soient humains ou non. Ainsi, malgré une rapport plus que houleux avec Dômeki et un amour à sens unique avec la charmante Himawari, Watanuki constatera qu'il n'est plus seul au quotidien à faire face aux conséquences de son don. Et pour une fois, pas de relation ambiguë entre garçons bien que les fans yaoistes y verront de quoi nourrir leurs fantasmes intarissables. Le côté sentimental mis à part, l'histoire s'épaissit aussi de par ses nombreux mystères qui viennent noircir le tableau promettant de nombreuses révélations et rebondissements.

xxxholic (c) PikaArrêtons-nous là pour le résumé avant de tomber dans la dissertation. Et avouons-le sans préambule : malgré un scénario complexe et riche, Xxxholic peut aussi bien séduire que rebuter. Beaucoup passeront à côté de toutes les subtilités de l'histoire et prendront le côté philosophique distillé dans l'histoire pour un ton qui se voudrait moralisateur. Et malgré une trame prenante, les habitués du shônen 100% action pourraient ne pas accrocher au rythme de Xxxholic. Certains trouveront même qu'il ne se passe strictement rien et pourtant ! Bien sûr, Yûko et Watanuki ne vont pas essuyer une attaque terrible de mages noirs, secourir une princesse en détresse ou sauver Tokyo de l'invasion des extraterrestres. La trame de l'histoire se situe à un autre niveau, plus profond, ce qui nous change grandement des histoires d'amour superflues du shôjo et des éternels combats du shônen. Les histoires enracinées dans le folklore japonais sont une invitation à découvrir un peu plus la culture de ce pays et sont un réel enchantement. Mais paradoxalement, on peut trouver cela d'une platitude assommante. Certains diront que les histoires se suivent et sont d'une redondance lassante. Ce n'est pas l'impression que m'a laissé ce manga qui m'a surpris par la variété des thèmes abordés et les nombreuses références présentes. Avec tout ça, dommage pour ceux qui n'aimeront pas. On peut rétorquer alors que tout est question de goût. Je pencherais plutôt pour dire que parfois, tout est question de réceptivité et d'ouverture d'esprit. Et pour terminer, éviter de se cantonner à un genre est bien sûr un plus qui aidera grandement à la lecture de Xxxholic.
Les fans des Clamp, quant à eux, n'auront sûrement aucun mal à se laisser emporter par cette oeuvre d'autant plus grâce au parallèle fait avec Tsubasa Reservoir Chronicle. Personnellement, je pense que la lecture de ce dernier manga ne s'avère pas nécessaire pour savourer Xxxholic. Et vice versa.
Passons au côté graphique. Le studio Clamp est généralement gage de qualité à ce niveau-là, et ce, d'autant plus depuis le renouveau appréciable du dessin de Mokona Apapa. Xxxholic s'offre cependant le luxe d'avoir sa propre charte graphique. Par exemple, tout contraste de gris est banni des planches pour ne laisser place qu'au noir et blanc, et ce sans aucun reflet. Pour palier à ce manque de contraste, les trames sont largement et habilement utilisées. Cette absence de gris, qui surprend au début, a la particularité de donner une ambiance sombre et mystique qui colle parfaitement à l'univers du manga. Les illustrations couleur sont elles aussi particulières. Les nuances et dégradés se font rares voire inexistants mais sont encore une fois la marque de fabrique de Xxxholic. Les illustrations noir et blanc de début de chapitre n'ont rien à envier aux illustrations couleur, elles ne sont pas bâclées et au contraire, fourmillent de détails. Les planches suivent la tendance shônen avec un découpage organisé ce qui facilite la lecture. Le character design est synonyme de charisme grâce au trait fin, au design soigné et recherché. Les corps se font longilignes, peut-être un peu trop mais bon, n'oublions pas que le respect des proportions n'est pas la priorité du dessin manga. Pour conclure,Xxxholic est de très bonne facture et cela va jusqu'au packaging du manga qui nous donne l'impression de détenir un vrai petit bijou entre les mains. 
xxxholic (c) Pika
On remerciera d'ailleurs chaleureusement Pika qui respecte de très près l'édition originale. Cela va de la couverture métallisée, aux pages couleurs de début de volume à la colorisation de la tranche des pages sans oublier le choix du papier bien épais. Évidement, Pika ne s'arrête pas là et nous offre une traduction de qualité. J'ai cependant parfois la nette impression que l'adaptation fait passer le côté familier de certains propos à un cran légèrement plus vulgaire dans la version française, mais ne possédant pas l'oeuvre originale, je ne me permettrais pas de m'étendre sur le sujet.
Bref, on peut dire que la version française n'a rien à envier à la version japonaise. Une édition pouvant toujours s'améliorer, il serait bien agréable que Pika pense à conserver tous les suffixes de politesse japonais dans la version française, ce qui lui permettrait de se distinguer de ses concurrents et de grandir encore dans mon estime (enfin ça, on s'en fiche un peu). Si à cela, Pika ajoutait systématiquement à la fin de ses volumes un lexique complet et fourni, au lieu de disséminer les explications en bas des pages concernées, ce serait parfait.
Que dire de plus en conclusion ? Si la critique ne vous a pas aidé à vous tenter, essayez tout de même de lire le premier volume de Xxxholic. En revanche, si vous n'accrochez pas tout de suite, ne comptez pas sur les prochains volumes pour vous faire changer d'avis. Xxxholic fait partie de ces mangas où il faut faire l'effort de s'immerger pleinement pour pouvoir apprécier.
aonako []

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