Il y a quelques années de cela, la culture coréenne a connu un développement commercial phénoménal, et a commencé à s'exporter à travers le monde. Cette vague arrive enfin en France sous la forme d'un flot disparate d'oeuvres de plus ou moins bonne qualité. Bande dessiné et cinéma sont les plus touchés. On se rappellera du sublime anime My Beautiful Mari et du très médiatisé Volcano High. Hélas, si Wonderful Days débarque en Europe en cette belle journée du 15 juin, c'est certainement qu'il aura été formaté pour plaire à un public international. Le résultat en sera conséquent...
Visuellement, l'oeuvre de Moon Saeng Kim est tout simplement révolutionnaire. Chaque plan est extrêmement soigné, d'une beauté presque photo réaliste. Il y a là un boulot technique réellement impressionnant, qui montre la suprématie actuelle de la Corée en terme d'animation. Wonderful Days est en grande partie réalisé en images de synthèse d'une qualité supérieure. On y a intégré des images de maquettes pour les plans les plus complexes, ce qui les rend d'une beauté incomparable. En plus de cela, les personnages sont dessinés de manière traditionnelle. Trois styles graphiques différents pour un seul film, voila un pari risqué. Le mélange d'images de synthèse et d'animation en 2D n'a que très peu d'aboutissants réussis (on se rappellera de la tentative plus ou moins convaincante de Metropolis), si ce n'est aucuns. Hé bien, voila au moins une raison pour aller voir Wonderful Days. Le résultat est tellement bon que l'on met quelques secondes pour réaliser que l'héroïne n'est pas elle aussi un élément du décors.
Wonderful Days est donc bel et bien un chef d'oeuvre technique, mettant à mal Pixar au mieux de sa forme. Pourtant l'enthousiasme du cinéphile retombe devant la platitude artistique qui accompagne cette beauté plastique. Si l'on ressent l'influence de chef-d'oeuvres japonais, elle ne transparaît jamais qu'à travers de banals plagiats sans aucune créativité artistique. La Korean touch que l'on était en droit d'espérer est absente. Insipide et banal, Wonderful Days est une tentative ratée de s'approprier ce qui fait le génie d'un Miyazaki, tout en essayant de le rendre accessible à un grand public. Avec ses cinq années de développement, Wonderful Days était bien évidement destiné à une distribution mondiale, tentant certainement de surfer sur la vague du tout Oriental de ces dernières années. Et il est fort triste de constater que nous serions plus en mesure de comparer Wonderful Days à un Disney qu'à un Ghibli.
L'histoire se déroule au XXIIeme siècle. Un cataclysme, certainement dû à la pollution engendrée par les besoins productivistes de notre population, à rendu inhabitable toute la Terre, à part l'ile de Sisil dans le Pacifique. La seule ville existante est celle d'Ecoban, dont le système d'alimentation est basé sur l'absorption de la pollution, ce qui, à court terme peut paraître bénéfique, mais implique de toujours polluer plus pour son fonctionnement. Les habitants d'Ecoban ne sont pas importunés par ce nuage de pollution constamment présent autour de leur ville. Le seul inconvénient étant que tous ignorent la présence d'un soleil au-delà de ce nuage, et les pluies acides ravageant les ghettos aux alentours de la ville. Cependant, un jour, un intrus s'infiltre dans la ville avec pour but de détruire son système d'alimentation. Jay, jeune femme chargée de la sécurité, poursuit et reconnais Shua, un ami d'enfance qu'elle croyait mort depuis un sinistre incident. Ce dernier, n'ayant pu atteindre son but, échappe tout de même à la sécurité.
On pourrait croire, au premier abord, que le scénario de Wonderful Days est travaillé. En effet, malgré quelques aspects plutôt banals, un oeil bienveillant pourrait reconnaître, sur le papier, que l'histoire saurait offrir de bonnes idées de mise en scène. Et, à nouveau, le résultat est décevant. Nous avons encore affaire à un produit qui veut se montrer intéressant et original, mais dépasse difficilement le niveau créatif d'un blockbuster américain. Quelques scènes d'action sont assez impressionnantes au niveau des mouvements de caméra, mais le reste est d'une platitude navrante. Le cinéphile chevronné ne se fera pas avoir par les quelques pseudo-symboles ponctuant l'oeuvre : Wonderful Days ne propose aucune réflexion quelconque sur quelque thème que ce soit. On se contentera d'une sempiternelle dénonciation des excès de la société et du message d'espoir final allant de pair avec. Voila un dessin animé qui se veut beau et intelligent, mais au final n'est aucun des deux.
Un mot sur la bande son, quelque peu inégale, mais globalement acceptable. Elle colle relativement bien à l'action, et se fait la plupart du temps remarquer en bien. On remarquera une chanson en anglais censée inspirer de la mélancolie à coup de guitare et voix masculine, mais est en fait plutôt moche.
Wonderful Days n'est pas un mauvais film, mais il serait malhonnête de dire que sans son aspect technique révolutionnaire, cet anime aurait de quoi rentabiliser l'intérêt que nous lui portons. On ne peut qu'être déçu par un film qui au demeurant était très attendu par tout les fans d'animation.
Jade []

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