Origine est l'un de ces films qui n'aurait jamais pu sortir en France il y a à peine un ou deux ans. On se demande même si Origine n'est pas l'un de ces films qui n'aurait jamais pu être fait il y a un ou deux ans de cela. D'abord parce que l'on n'en avait pas la technologie, bien sûr. Mais là n'est pas la question. Origine est un anime clairement destiné à l'exploitation internationale, pariant -à tort ?- sur l'engouement actuel pour tout ce qui est oriental et en image de synthèse.
Ce sont nos braves amis des studios Gonzo qui tentent cette fois leur chance sur la scène internationale avec ce long métrage (leur premier, semble-t-il), dirigé par l'obscur inconnu qu'est Keiichi Sugiyama (Evangelion). Les studios Gonzo, c'est avant tout un savant mélange d'images de synthèse et animation traditionnelle, des machines au design très élaboré, et aussi un certain goût pour les ambiances et musiques un peu celtisantes. On retrouve tout cela dans Origine, et plus encore : une héroïne pleine de doutes, un héros qui change de couleur de cheveux au cours du film, une fable écologique comme couverture scénaristique, et bien entendu un méchant aux motivations plus qu'ambiguës.
Tous ces éléments en mains, on se demande bien ce qui pourra empêcher Origine d'être un joli petit dessin animé. Alors que les premières minutes s'écoulent, on se laisse gentiment transporter par l'histoire. Nous sommes dans le futur. Une légende raconte qu'un monstre venu de la lune a détruit toutes les civilisations humaines avant de s'installer sur Terre. Légende ou non, nos descendants vivent effectivement sur une planète où la forêt est peuplée de créatures sylvestres pour le moins agressives.
Les habitants de la Ville Neutre sont quant à eux entourés, d'un coté par une forêt dirigée d'une main de fer par des Druides intransigeants avec qui ils négocient un approvisionnement en eau, et de l'autre coté par la ville militaire de Ragnar, dirigée parait-il par un humain qui s'est réveillé un jour d'un sommeil de plusieurs siècles.
Mais c'est qu'un beau jour, le jeune Agito tombe nez à nez avec Toola, elle aussi endormie depuis un petit moment, depuis le jour où la civilisation humaine à été détruite. Elle se réveillera dans un monde qui n'a plus rien à voir avec le sien. Pourra-t-elle s'adapter à son nouvel univers ?
Graphiquement, Origine n'est pas de la trempe des poids lourds d'images de synthèse comme Appleseed ou encore Wonderful Day. Images de synthèse il y a, certes, mais celles-ci se limitent à des décors animés ou encore à des véhicules futuristes. Sinon, on a droit à de la bonne vieille animation 2D et à de superbes décors qui font parfois très Miyazaki. A vrai dire, Origine possède vraiment une esthétique propre, très agréable et clairement distincte de n'importe quel autre dessin animé Japonais. Pourtant, Origine reste moins soigné qu'un Ghibli, et cela se voit beaucoup sur les personnages. Il arrive que ceux-ci soient moins détaillés, voire déformés, afin de favoriser l'animation. Cette méthode permet de fluidifier les mouvements, notamment lors de scènes d'action. Acceptable sur une série télé, tolérable pour un format moyen type OAV, mais impardonnable sur un film d'exploitation internationale. On se dit alors qu'Origine n'est peut-être pas vraiment à la hauteur de ses prétentions, et que les studios Gonzo auraient mieux fait d'en faire une bonne vieille série en 26 épisodes. Les nombreuses incohérences graphiques (selon certaines sources plus observatrices que de nature, Toola grossirait tout au long du film...) achèvent de donner cette impression. Et c'est le scénario qui vient porter le coup final au tout.
Logique, une série télé, du haut de son format de plusieurs fois 20 minutes, permet de développer bien des aspects qui devraient rester occulte dans un film d'une heure et demi. Or, Origine est tellement superficiel sur de nombreux points que l'on se dit qu'il aurait mieux fallu en faire une série. Les personnages, leurs conflits internes, primordiaux pour des protagonistes comme Toola, sont tout juste survolés, le rythme est bancal, et la conclusion manque de punch. Bien évidement, on ne peut demander au réalisateur de faire un travail d'ethnologue doublé de psychologie avancée sur une longueur de story-board, mais le minimum syndical eut tout de même été bienvenu. Nous avons effectivement affaire à une oeuvre d'une pauvreté intellectuelle assez rare, mais qui contrairement à d'autres (suivez mon regard), ne se prend pas pour autre chose qu'un divertissement, de plus ou moins bonne qualité.
Au final, ce qui gêne vraiment avec Origine, c'est bel et bien le cruel manque de rythme, qui tue toute la dernière moitié du film, et ce malgré de bonnes idées (comme le personnage représentant la nature au design vraiment sympathique), et une envie de faire bien et original qui transparaît à chaque plan. Les trop longues scènes de guerre ne sont pas justifiées, le combat final manque vraiment d'enjeu - personnages trop peu appuyés pour qu'on en ait quelque chose à faire, de l'issue finale, puis, bon, petit détail qui a son importance : le son est vraiment trop grésillant et agressif pendant les moments où ça canarde.
Voila, Origine n'est pas un chef-d'oeuvre, mais il bénéficie d'un capital sympathie non négligeable, car les studio Gonzo, c'est pas de manches (on repense à Last Exile), puis aussi parce qu'une oeuvre aussi naïve que celle-ci, on n'en verra pas souvent, surtout avec une telle esthétique.
Jade []

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