La fin très polémique de la série Neon Genesis Evangelion aura engendré bien des contestations de la part des fans. Réclamant une conclusion "normale" à leur série, les fans poussent Hideaki Anno à sortir en mars et juillet 1997, deux films comprenant une fin alternative à sa série fétiche. Le résultat, c'est "Death and Rebirth" et "The End of Evangelion", deux films, une fois de plus, complètement en décalage avec la norme. Cette critique se concentrera plus sur le deuxième film, et ce pour une très simple raison que je vais expliquer d'ici peu. Pour ceux qui ne connaîtraient pas la série Evangelion, je les invite à lire la critique ci-contre avant de se lancer dans celle-ci, car les films semblent s'adresser avant tout aux connaisseurs.
Lorsque "Death and Rebirth" est sorti sur les écrans japonais, il y avait un bon nombre de raisons d'être déçu. En effet, le film se divise en deux parties : la première, qui dure approximativement une heure, est un résumé des 24 premiers épisodes de la série. Les deux derniers sont oubliés. Il s'agit donc bel et bien d'une fin alternative que nous nous apprêtons a voir.
Le résumé en tant que tel n'est pas mauvais du tout. Accompagné d'une bande-son excellente, comme tout les reste des films (pour peu qu'on aime la musique baroque), on assiste à un nouveau découpage de la série, avec quelques scènes exclusives. On voit la série sous un tout autre angle, ce qui permet de constater qu'Anno n'est jamais à cours d'idées. Par contre, il faut craindre que ceux qui découvrent Evangelion avec les films (je leur souhaite bien du courage ! ), aient du mal à suivre le fil narratif de cette première partie.
La deuxième partie de ce premier film prend place directement après la mort du 17eme et dernier Ange, Kaoru. Après avoir atteint son but, que doit-il advenir de la NERV? Il semblerait que les grandes instances internationales, voyant dans cette organisation indépendante une menace potentielle, envoient l'armée pour se débarrasser des pilotes des EVA, et prendre contrôle des puissants robots. S'ensuit un massacre assez dur, où le quartier général de la NERV devient le théâtre de combats sanglants.
Le film se termine quelque peu en queue de poisson, invitant gentiment l'auditeur à aller admirer "The End of Evangelion". Pas de surprise, il fallais bien entendu s'en douter. Pourtant...
Après une introduction film pour le moins déstabilisante, quelle n'est pas notre surprise lorsque on se rend compte que toute la première partie du film reprend la fin du premier film, c'est à dire que l'on assiste à toute la dernière demi-heure de 'Death and Rebirth', avant de réellement débuter. Ce qui reviens à dire que le premier film n'est en fait qu'un gigantesque clip promotionnel pour pousser les gens à voir le second...
Quelle est donc la valeur de ce film ? D'un point de vue technique, rien à dire. On n'atteint pas particulièrement de sommets, mais la qualité de l'animation et des dessins est plus qu'honnête. Chapeau bas, par contre, pour la mise en scène, qui est magistrale. Chaque plan est à sa place, et l'efficacité est de mise, tout en laissant une grande part aux plans contemplatifs qui font le charme d'Evangelion. On pourra chipoter sur certains détails, tels que la couleur du sang, mal choisie (trop tournée vers l'orange), le sous-titrage déplorable du DVD, ou le fait que certains designs sont parfois simplifiés dans les scènes d'action pour favoriser un mouvement fluide et rapide. Mais les nombreuses explosions, les plans dantesques lors des scènes finales devraient avoir raison des râleurs. Par ailleurs, l'exploit visuel n'est pas vraiment recherché dans ce film (qui n'est rien d'autre que deux épisodes de 40 minutes mis bout à bout).
Quel est le but de ce film alors ? Contenter des fans furieux d'avoir été "trahis" par la fin originelle d'Anno? Où alors une autre façon pour l'auteur d'exprimer ce qu'il avait à dire dans les fameux épisodes 25 et 26 ? Un peu des deux, peut être, car je n'ai pas l'impression que le message soit réellement différent, mais on assiste aussi à une fin un peu plus conventionnelle que les scènes d'introspection de la série. La différence primordiale, selon moi entre les deux conclusions est que l'une est une invitation à s'ouvrir au monde, alors que l'autre (celle du film) est d'un pessimisme assez effrayant. Absolument tout ce qui avait été acquis dans la série, au fil du film, est à un moment ou un autre perdu. Anno prend un malin plaisir à laisser ses personnages espérer, pour les détruire de la manière la plus horrible possible.
Shinji, le héros de cette histoire, est d'un égoïsme et d'une lâcheté poussée à son paroxysme. Il assiste passivement à la mort de tout ses amis, se donnant pour prétexte son incapacité à agir sur les évènements. Pendant tout le film, ce sont les autres qui agissent et se sacrifient pour lui. La seule décision qu'il prendra à la fin du film montre que le pauvre garçon n'a rien appris de tout cela.
En toute honnêteté, si je comprend la démarche d'Anno dans la série (une démarche presque éducative, dans un certain sens), et la considère comme parfaitement honorable, je n'arrive pas à saisir le but de mettre en scène un jeune garçon complexé à l'extrême s'autodétruisant moralement pendant une heure et demi. La toute dernière scène est à ce titre l'apothéose du désespoir. D'autant plus que tout le final repose sur ce retournement de situation, sans lequel le film se serait bien fini . On retourne non seulement au point de départ, mais peut-être même plus bas.
Et pourtant, que de chemin pour en arriver là. The End of Evangelion est un film tellement malsain que l'on est en droit d'attendre une conclusion justifiant toute cette ébauche de sang, de morts et de violence gratuite. Ce film n'est certainement pas à recommander à tous, car il est à la fois très éprouvant moralement, mais aussi graphiquement. On voit tout les lieux avec lesquels on s'était familiarisés au fil de la série se faire détruire, et tout les personnages se faire décimer un à un. Je veux bien que la violence soit un moyen de choquer et exprimer un point de vue, mais en l'occurrence le message semble absent, et la violence est toujours plus exacerbée à chaque plan.
Pourtant, j'ai réellement apprécié certains éléments de ce film. Et si la violence est une gêne, on ne pourra pas nier la superbe qualité d'expression d'Anno dans ce film et en particularité lors de la demi-heure finale. On retrouve les scènes d'introspection, beaucoup plus actives que dans la série, de telle manière que l'on à du mal dans toute la dernière partie à savoir quelle scène est réelle ou ne l'est pas. De plus, l'histoire est réellement bien menée, les fans ont la réponse à toutes leurs interrogations les plus folles, alors que le réalisateur arrive à faire passer un message très pertinent. Jouant à la fois sur le clavier affectif et l'esprit rationnel de son public, Anno parvient à s'exprimer de manière très claire sur un sujet pourtant pas évident, englobant toutes sortes de thèmes.
The End of Evangelion est un chef-d'oeuvre. Mais comme à son habitude, la Gainax ne fait rien comme les autres. Je dirais que ce film est une conclusion plus que satisfaisante à la série (Death and Rebirth n'étant, si vous suivez bien, qu'un film de transition entre les deux), malgré un aspect malsain qui ne me plait pas vraiment, surtout quand on sait que le fan moyen d'Evangelion ne doit pas avoir plus de 15 ou 16 ans. C'est pour cela que je ne met qu'un 7 à un film qui autrement mériterait facilement un 9.
Jade []

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