En 2003 est sorti dans nos salles françaises un petit film d'animation coréen. Réalisé l'année précédente, le fait qu'il arrive aussi vite chez nous constituait un mini évènement. Et pourtant, le film était inconnu et l'animation coréenne absente des salles de cinéma. Il fallait s'y attendre, en dépit de critiques plutot correctes (Télérama y a même consacré une demi-page, ce qui est exceptionnel pour un film d'animation non francais et non Ghibli), la diffusion a été plutôt confidentielle. Seuls quelques petits cinémas ont projetté ce film, et encore moins de spectateurs sont allés le voir. Quand je l'ai vu, nous étions 10 dans la salle. Et pourtant, il s'agit d'un véritable chef d'oeuvre.
Par où commencer ? Par le synopsis sans doute :
Nam-woo et Joon-Ho sont deux amis d'enfance. Bien que travaillant tous deux à Séoul, ils ne se rencontrent pas souvent. Mais quand Joon-Ho est muté, il vient revoir Nam-woo. Quand ils se quittent, Joon-Ho remet à son ami un objet qu'il a trouvé lorsqu'il faisait ses valises. Un objet qui rappelle à Nam-woo beaucoup de souvenirs de leur enfance dans un petit village de pécheurs.
Le scénario peut sembler simpliste, éculé même, mais depuis Quartier Lointain, on sait qu'il est possible de faire du très bon avec ce thème.
Hors de sentiers battus
La plus grosse surprise de ce film, c'est son aspect graphique. On est à des lieux de ce qui se fait habituellement. Ici, il n'est pas question de mentons pointus, de personnages filiformes, de costumes recherchés ou bien de couleurs criardes. On est très proche de la ligne claire si chère aux auteurs de bande dessinée franco-belge. Certains trouveront le dessin pauvre, mais ce serait oublier le travail assez formidable qui a été effectué sur les ombres : pour compenser le manque de relief dû aux couleurs unies et fades, le studio a créé des ombres complexes, et les a superbement intégrées dans le dessin.
Mais le gros point fort de ce film est sans conteste la 3D. On pourrait presque penser que le design à été pensé pour la 3D tant celle-ci est belle, efficace et discrète. La beauté, on la voit dès la première scène, où l'on suit une mouette qui vole entre les immeubles de Séoul. L'efficacité, on la voit en permanence. Les plans où le héros s'envole et où la caméra plonge sous lui pour le suivre donnent beaucoup d'intensité à la scène, et ils n'auraient pas été possibles sans la 3D. Et pour la discrétion, cela vient de la qualité de l'intégration : jamais on ne se dit "oh de la 3D, c'est beau". On se dit juste que c'est beau, sans vraiment remarquer qu'il s'agit d'animation purement numérique.
Ici tout n'est que beauté, luxe, calme et volupté.
Mari Iyagi, c'est avant tout une ambiance superbe, onirique et un peu nostalgique. On sort de la salle comme on se réveille d'un joli rêve : l'esprit encore un peu embrumé, et content d'avoir vu quelque chose de beau. On a déjà parlé du dessin, très épuré, mais ce qui plonge vraiment dans cet univers, ce sont sans conteste les musiques. Lee Byeong-woo fait des merveilles avec ses compositions qui oscillent entre musique électronique et classique. Etonnemment, ces musiques ne sont pas vraiment agréables à entendre en dehors du film, mais à l'intérieur, elles sont magnifiques. Elles font plus que simplement rehausser les différentes scènes du film, elles les subliment. Il s'agit sans conteste d'une des bandes son les plus abouties qu'il m'ait été donné d'entendre.
Le scénario est lui aussi très surprenant. Non pas dans le sens où il y a des rebondissements, ou bien une intrigue profonde, mais dans celui où on s'en moque un peu. Mari Iyagi raconte une histoire improbable, onirique et féérique. Souvent, on ne comprend plus si ce que l'on voit est réel, phantasmé par Nam-woo ou bien si il y a vraiment de la magie dans l'univers. Pourtant, rien n'est caché, tout est explicite. Ce n'est pas du Ghost In The Shell où il faut faire un vrai effort pour comprendre l'intrigue. Ici, le scénario nous perd, tout simplement, entre le rêve et la réalité. Ce qui est assez extraodinaire, c'est que le spectateur s'en fiche complètement. On ne cherche pas à comprendre, on se contente de regarder et de prendre ce film comme il vient. La beauté de l'ensemble fait passer au second plan la cohérence et le développement de l'histoire.
Le seul reproche que l'on peut faire à ce film est son manque certain de profondeur. Rien n'est jamais développé : ni la situation familiale, ni la vie sociale de Nam-woo. En fait, tout est vu au travers de son esprit d'adolescent, omnubilé par son premier amour. Du coup, plusieurs choses passent à la trappe, d'où le manque apparent de profondeur.
Mais est ce vraiment un défaut ? Le fait de n'avoir qu'un seul point de vue étriqué donne à l'ensemble plus de force, et participe à l'immersion du spectateur.
Mari Iyagi est un excellent film, que tous les amateurs du genre se doivent de voir. Il a d'ailleurs remporté le grand prix du festival d'Annecy en 2002. Il faut dire que le réalisateur n'en est pas à son coup d'essai : il avait auparavant réalisé des courts métrages. Et au vu de la qualité de son premier long métrage, on a hate de voir arriver en France ses premières créations.
Kei []

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