Dès les premières images et le générique d'introduction, on est impressionné
par la qualité technique et graphique de cette série sortie en 2006 et
intitulée Jyu ô Sei (La planète du Roi des bêtes) qui va à n'en pas douter vous
couper le souffle.
La version animée développée par les
créateurs d’Azumanga Daioh et l’excellente scénariste de la saga scolaire
déjantée School Rumble (Yoshida Reiko) surprendra assurèment ceux qui connaîtraient déjà l’oeuvre originale publiée
par la mangaka Natsumi Itsuki, car les visages efféminés ont été adoucis pour
paraître plus naturels ; l’aspect un tantinet shojo de Jyu ô Sei disparaît
donc en partie, laissant la place à un profil plus heroic fantasy d’un très bon
effet. Un mélange entre sensibilité et aventure qui donne un résultat unique
pour un anime court mais très réussi.
Dans un futur très lointain (2436), deux frères jumeaux, Thor et Rai, contemplent la Terre depuis la cabine d'une station spatiale. Le premier, Thor, rêve de devenir pilote et d'aller sur la Terre pour connaître enfin autre chose que des parois métalliques glaciales. Son frère Rai, beaucoup moins impétueux, souhaite d'abord suivre la trace de ses parents pour devenir scientifique. Mais quand ils rentrent dans leurs quartiers leur vie bascule alors qu'ils retrouvent leurs parents baignant dans leur sang. Ils sont alors endormis par un nuage de gaz et se réveillent quelques heures plus tard à bord d'une capsule de survie en pleine jungle...la lutte pour la survie commence car ils n'ont pas d’autre alternative. Pourquoi a-t-on assassiné leurs parents ? qui sont les auteurs de cet odieux crime ? et comment se sont-ils retrouvés sur cette planète inconnue et hostile ?
Jyu ô Sei ne laisse absolument aucun répit au spectateur tellement les rebondissements initiaux s'enchaînent à une vitesse quasi-hallucinante dans un incipit fracassant avant de planter définitivement les bases et le fond d'un scénario ambitieux (le tout en nous mitraillant d'informations et de détails temporels et spatiaux qu'on a à peine le temps de digérer). Voilà, le décor est planté, alors place à l'action ! Avec une implacable efficacité, Jyu ô Sei vous assénera son cocktail explosif d'action / réflexion / SF dans un univers contrasté aussi futuriste d'un côté que primitif de l'autre (ou post-apocalyptique selon les sensibilités) et propice à toutes les expérimentations civilisationnelles, morales, sociales et politiques. Cet univers efficacement mis en place par l'auteur lui permet d'analyser une utopie aussi crue que cruelle où les relations entre les personnages se singularisent par un mélange d'authenticité et de mensonge. C'est toute cette complexité qui nourrit l'impact et la puissance intellectuelle et émotionnelle de cet ambitieux projet.
Difficile de ne pas penser à la célèbre fratrie Elric de Full Metal Alchemist quand on voit pour la première fois Thor et Rai (le côté orphelins revanchards, la générique de début...) On ne peut pas reprocher à Jyu ô Sei de s'inspirer du principe qui a connu un tel succès, et la série est d'ailleurs dotée d'une qualité graphique (animation et character design) au moins égale si ce n'est supérieure à son exemple. Ce character design très réussi est très proche de celui du film Vision d'Escaflowne (sorti en 2000) et on retrouve sans conteste le lyrisme épique et dévastateur de la série culte du même nom dans son héritier Jyu ô Sei, qui s'inspire aussi de plusieurs autres aspects : les personnages, la planète inconnue...). Mais Jyu ô Sei n'est pas une série qui s'amuse à plagier ses prédécesseurs loin de là, elle reprend juste le meilleur de ses aînés et réussit à s'en éloigner pour se l'approprier, l'intégrer à son univers bien distinct et se forger sa propre essence.
En fin de compte le seul véritable défaut qui empêche Jyu ô
Sei de se hisser au niveau des meilleures séries de ces dernières années est le
script lui-même. En effet après les deux premiers épisodes le récit s'enchaîne
beaucoup trop vite, sans nous laisser le temps d'explorer un arrière-plan très
riche. On passe à coté de bien des choses, et c'est le comble pour un anime
aussi bien produit et aussi beau. Les sentiments ont dû mal à nous atteindre et
on se retrouve avec 11 épisodes trop condensés (alors que la série aurait
mérité le double ou le triple au niveau du nombre d'épisodes), qui ne se
montrent pas toujours à leur juste valeur (ni à la hauteur des deux premiers et
des deux derniers épisodes, tout simplement excellents) avec un déroulement
narratif vraiment incomplet qui amène trop rapidement à l'épilogue ; qui
lui heureusement reste très intéressant (voire ahurissant si on prend le temps
de bien réfléchir à l'envergure humaniste des thèmes abordés) avec ses théories
passionnantes et son rythme percutant.
Bref, en faisant du neuf avec du vieux, Jyu ô Sei reprend des recettes déjà vues mais pas toujours bien exploitées, pour les valoriser avec cohérence au sein de son univers. C'est pourquoi Jyu ô Sei est un anime très moderne (rien que les
génériques – dont l’excellent opening Deep in your heart par Koichi Domoto - et
le style de la bande-son avec son utilisation à contre-temps presque tout au
long de la série sont déjà par exemple des modèles dans leur genre), onirique
et violent, qui annonce avec brio une nouvelle génération d'animes plus beaux,
plus forts et plus ambitieux (génération qui a débuté avec Full Metal
Alchemist, et dont Utawarerumono fait partie dans une moindre mesure) et qui
bouscule le genre SF / heroic fantasy en imposant ses nouveaux standards (avec
de vrais univers à part entière, totalement crédibles et servis par un fond
scénaristique en béton armé).
Appréciez donc sans crainte cette épopée SF au potentiel
infini, simplement desservie par des détails et des dialogues trop souvent
inconstants (voire inconsistants) et une idée de départ très intéressante mais
vraiment pas exploitée à son maximum à cause d'un format trop court.
Jyu ô Sei reste un anime à ne rater sous aucun prétexte, au moins pour être témoin de cette nouvelle ère de la japanimation moderne qui se met (ou remet) à considérer avec sérieux et ambition le genre SF. Ne boudez donc pas cet anime passé un petit peu trop inaperçu par rapport aux grosses cylindrées du genre à cause de son potentiel limité par sa courte durée, et laissez vous charmer par cette fabuleuse aventure emprunte de sensibilité et d’intelligence, d’action et de fantasmagorie, entremêlés au sein d’une histoire proprement passionnante.
Un diamant brut, fragile et magnifique à la fois.
PS : La note de 8.5, qui choquera peut-être certains, est avant tout une note qui récompense le potentiel de la série, injustement tronquée par un studio trop pressé d'en finir.
Kurono-kun []

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