Avec Higanjima, l'île des vampires, deux adages du petit monde du manga peuvent se confirmer. Le tout premier : « belle couverture, mauvaise lecture » parle de lui-même, le second : « vampire dans un manga, gros dégâts » laissera rappeler les exemples plus ou moins réussis de Hellsing, Vampires ou les films de Vampire Hunter D. Pour son manga qui se poursuit encore en Extrême Orient, Koji Matsumoto a décidé de mixer Battle Royale et les êtres de nuit pleins de crocs. Le scénario n'est en rien original sinon qu'il s'approche d'un bon vieux massacre en règle dans lequel l'hémoglobine et l'horreur règnent en maîtres absolus...
Voici venu le temps de l'île aux vampires...

HiganjimaSur une île, un homme parcourt la forêt en se cachant, visiblement poursuivi par des villageois aux dents longues. Sa vie se résume à se cacher et tuer ces êtres immondes pour survivre... Pendant ce temps, en ville, Aki vient de réussir son entrée dans une petite université tokyoïte mais un malaise persistant guette le jeune homme depuis que son frère a disparu deux années auparavant. Ses parents ne cessent de le comparer à son aîné, Atsushi à coups de brimades, ceci est d'autant plus insupportables pour Aki que la fille qu'il aime (Yuki) se retrouve avec son meilleur ami (Ken). Le malaise gronde en Aki, hanté par les visions dénudées de Yuki. Cependant, une nuit, une belle et mystérieuse inconnue retrouvée écroulée dans la rue va tout changer. Même si elle est marquée par de deux trous dans le cou, son charme naturel fascine Aki, d'autant plus qu'elle débarque de l'île méconnue d'Higanjima et possède les papiers d'Atsushi... cette photo ressemblant trait pour trait à celle du fuyard. Sans se douter dans le piège dans lequel il s'embarque, le héros va se laisser emmener dans un voyage « mortel ».
Vraisemblablement, le vampire est à la mode et en manger à toutes les sauces se révèle plus ou moins jouissif, voire pas du tout avec cet exemple-ci. Higanjima se penche sur un cas d'école : un jeune homme va grandir au travers d'une épopée fantastique et horrifique pour devenir un homme tuant le mythe de son grand frère génial au passage. Quelques passages sanguinolents plus tard, le lecteur se rend compte que l'originalité n'est pas le point fort d'un titre qui ne se vend que sur des arguments de film d'action de genre, à savoir : un groupe de proies futures victimes de crimes affreux, un groupe de méchants armés jusqu'aux dents (hohoho !) sans foi ni loi, un personnage isolé qui se révèle être le seul intéressant... Et bien évidemment le lot convenu de traîtres, offrandes humaines, horreurs et problèmes insurmontables qui vont avec. Le concept pourrait se retrouver dans n'importe quel film d'horreur classique, la touche Battle Royale en plus.
Sang contaminé
Higanjima rassemble un scénario convenu, des personnages stéréotypés et un grand nombre de situations ayant déjà bu le calice jusqu'à la lie. Le rythme s'élève de temps à autre lors de poursuites oppressantes et distrayantes ou autre fait permettant aux personnages de faire bouger leurs gambettes à toute vitesse sinon le reste s'avère peu glorieux avec dialogues rase bitume et phrases chocs en gros plan. Les vampires sont folkloriques et l'opposition manichéenne entre humains survivants et vampires assoiffés de sang ne relève pas le niveau. L'impression d'assister à une synthèse à un mauvais film d'horreur fait son oeuvre car les thèmes sont réduits au plus strict minimum : survivre en milieu hostile, trahir ou conserver l'amitié ou l'amour à tout prix, etc... L'innovation ne paye pas pour Matsumoto.
Le niveau graphique tombe très bas (mais alors vraiment très bas). Les couvertures mystérieuses et travaillées donnaient un aperçu appréciable dont le manga aurait pu être constitué mais bien au contraire le dessin n'a pas grand-chose à voir avec ces illustrations. C'est bien simple : les personnages sont immondes, le dessin gâche totalement le plaisir de lire le manga. Impossible de dégager la moindre émotion des visages inertes de personnages aux allures de futurs cadavres (ça tombe bien...) avec des traits grossiers et des sourcils protubérants. Le remplissage est couci-couça. A l'inverse, le découpage et l'édition sont des modèles du genre. Trop peu pour en faire un bon manga même avec quelques pages couleur ça et là.
Higanjima, l'île des vampires se révèle se situer dans la tradition du vampire nippon avec son lot de délires sanguins et de conspirations en tout genre avec une pointe de Battle Royale. La mise en scène des événements et les thèmes imposés sont présents mais ne révèlent aucune originalité, juste un peu d'action sympathique si on ne s'attarde pas trop au dessin peu aguichant du mangaka. A moins de vouloir compléter sa bibliothèque aux dents longues...
juro []

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