Etendons-nous aujourd'hui sur le phénomène Gantz, un anime adapté du manga éponyme de Hiroya Oku, déjà 19 volumes parus chez Tonkam, et la série est en cours, rencontrant un succès important, propulsée par son univers visuel impressionnant et son esprit débridé et moderne. Le grand studio Gonzo se voit confier la production de l'anime en 2004, qui regroupe les douze premiers volumes en deux saisons de 13 episodes chacunes (First Stage et Second Stage). Le résultat reste très partagé dans le coeur des fans du manga, certains adoreront ses graphismes uniques dignes du savoir-faire de Gonzo en matière d'images de synthèse, d'autres seront un peu déroutés par ses particularités, toutefois Gantz reste une oeuvre a découvrir absolument.
Le postulat de départ de Gantz est aussi original que déroutant : deux jeunes ados Kurono Keï et Masaru Kato voient un clochard tomber sur la voie du métro mais personne ne l'aide à remonter... ils se dévouent et sautent sur la voie et le sauvent, mais la rame entre en gare à ce moment et les deux ados sont écrasés... L'histoire prend son envol à partir de là, et ça fait très mal : ils se retrouvent téléportés dans un appartement vide à l'exception d'une grosse boule sombre et lisse, totalement inerte. Ils ne tardent pas à etre rejoints par d'autres personnes et se rendent compte qu'ils sont tous morts eux aussi dans la même journée...
C'est à ce moment que la boule s'éveille et émet une vieille chanson populaire de radio, avant de leur dévoiler l'image et les caractéristiques d'un étrange "homme-poireau", soit-disant martien qu'ils doivent dessouder dans un temps précis... de plus la boule leur offre des armes et des combinaisons dont les pouvoirs (extraordinaires) leurs sont inconnus...
Gantz ou pas Gantz ? telle est la question
Les graphismes originaux du manga étant tellement réussis, on comprend que certains fans aient été déçus du character design adapté dans l'anime au premier abord. Cependant, on peut comprendre que la technique utilisée par Gonzo pour donner un réalisme et une vitesse très angoissante et saisissante aux décors et
Gantz vol 3 (c) asian star aux personnages soit devenue une priorité. Les graphismes s'améliorent même d'épisode en épisode, et le début du Second Stage est un festival hallucinant d'effet spéciaux gore, de violence graphique et d'action captivante, un vrai cocktail explosif de réalisme et d'onirisme qui vous en mettra plein la vue. Les quelques réserves dans l'animation des corps ne sont pas récurrentes ni désagréables, et ne sont visibles qu'en-dehors des scènes d'action, et les visages, un peu dérangeants par leur blancheur et leur froideur, n'en sont que plus inquiétants et fascinants. Les couleurs ternes et sombres ainsi que l'aspect fantômatique et extrêmement détaillé des personnages sont très crédibles et installe une atmosphère d'horreur et de fantastique omniprésente, qui imprime une vraie particularité au monde tokyoïte dépeint dans cet anime, totalement inhumain, glacé et dépourvu d'identité, où tout se ressemble, comme dans un jeu vidéo, une des influences de base de Gantz, avec cet univers où tout devient possible.
Le design magnifique des combinaisons et des aliens, monstrueux et deshumanisés, ajoutent une touche inimitable à cette série, contemporaine et effrayante, avec une originalité toujours renouvelée (des statues bouddhistes de 15m de haut qui vous attaquent au laser, ce n'est pas très commun, et plutôt excellent et grisant) entre les poussins aliens, les hommes-poireaux et les super-hommes, vous serez servis.
La bande-son achève les quelques spectateurs récalcitrants, et vous plonge dans cet univers post-moderne mélancolique et d'une violence poétique
insupportable, entre sonorités rap (le générique par Rip Slyme, Super Gantz Shooter, très rythmé et excellent, annonce la couleur niveau action) et beats techno agressifs qui ne vous laissent aucun répit. Les moments de sentimentalisme, exacerbés, sanglants et déchirants, sont eux aussi bien mis en valeur par un score désenchanté qui vous éclaboussera de son romantisme gore, de sa symphonie de sons modernes et désaccordés, jusqu'au climax présent dans chaque épisode, tornade de violence et de mort, avant de nous bercer comme de petits enfants innocents entre ses bras pleins de douceur, lors d'un générique final de toute beauté (Last Kiss par Bonnie Pink). Une musique quasi-parfaite, très efficace à tous moments, un des meilleurs atouts de la série.
Cette oeuvre est totalement ancrée dans la modernité de la société japonaise contemporaine et profite d'un support original pour traiter des sujets aussi divers et symptomatiques de la déchéance de la jeunesse japonaise que sont les suicides quotidiens des étudiants, la violence et le racket a l'école, le viol et le sexe, l'omniprésence envahissante des mangas et de leur univers onirique et cauchemardesque dans la culture et les mentalités des jeunes japonais.
En effet ce manga/anime utilise la SF pour traiter du sujet délicat de l'abandon de toute morale et la violence du quotidien pour les jeunes autant que pour les adultes, les conséquences d'une société atrophiée et stressée qui ne sait plus comment s'en sortir... (un thème traité aussi par Paranoïa Agent qui lui prend une voie plus réaliste).
Même si le principe de l'assassinat de martiens sur Terre reste trés déroutant voire dérangeant au premier abord, il ne faut pas hésiter à dépasser ce premier écueil 
Gantz box 4 dvd (c) asian starpour se voir propulsé dans un monde SF/cyber-punk propice à toutes les grandes réflexions métaphysiques...
En effet le groupe se voit téléporté dans la ville qu'ils viennent de quitter et pourtant personne ne semble les remarquer... ce qui semble normal puisqu'ils sont morts... mais étrangement les impacts causés à l'environnement physique sont eux visibles par les humains (par exemple une maison détruite le sera en vrai).
Le plus étonnant reste encore à venir, car après chaque mission réussie et si les candidats sont encore "en vie" (eh oui, ils peuvent mourir pendant le jeu) ils peuvent revenir dans la réalité et continuer une vie normale, avec plusieurs conditions : ne jamais parler de Gantz, et bien entendu se voir retéléportés à chaque nouvelle mission dans l'appartement de Gantz. L'histoire est lancée et le principe de victoire qui est d'amasser 100 points en réussissant les missions reste totalement obscur aux yeux des "candidats involontaires"... Comment se fait le comptage des points ? Qu'arrive-t'il quand on atteint les 100 points ?
Ce manga/anime très particulier nous permet de réflechir sur des thèmes mystérieux et inaccessbiles comme ce qu'il y a après la mort, comment se comporter quand on se voit donnée une deuxieme chance dans la vie, l'amour, l'amitié, les névroses qui secouent tous les peronnages, la compétition bien sûr entre les "survivants" et le désir de survivre à tout prix ou de protéger des êtres chers...
Ce Gantz, c'est plus fort que toi !
Bien que difficile d'un premier abord (ne pas s'arreter au premier épisode qui n'est pas extraordinaire ni très bien fait mais la suite en est d'autant plus
Gantz vol 4 (c) asian star passionante !!), avec un style trés moderne de design qui pourra rebuter certains mais qui au fil des épisodes dévoile certaines scènes visuelles époustouflantes, cet anime reste à découvrir pour son monde totalement violent et cauchemardesque et pour toutes les questions qu'il pose (sinon pour les geeks et les otaku, cet anime est fait pour eux et en plus il y a du ecchi, pour être moderne et provocateur jusqu'au bout).
Par contre, ce qui est dommage c'est que l'anime s'arrete avant le manga et que l'auteur a du confier une fin alternative au scénariste de la série animée (Masashi Sogo, le script mercenaire de Gonzo, responsable entre autres de Bleach, Full Metal Panic, GTO, Prince of Tennis, Yukikaze) mais le manga lui continue avec un certain succès donc ne desespérons pas de voir arriver une vraie fin digne de ce nom qui promet de tout casser !! Ceci dit, cette fin tient tout à fait la route et révèle un aspect encore plus violent et inhumain de "l'esprit Gantz" (allant jusqu'au bout de l'horreur, qui ne réside pas chez les aliens, mais dans le coeur même des hommes et dans leur avidité, leur égocentrisme et leur quête insouciante de pouvoir), même si elle nous laisse pantois lors de la scène ultime.
Une oeuvre à découvrir, pour son idée de départ excellente et son scénario captivant, pour les prouesses visuelles orchestrées par le studio Gonzo qui arrive à mettre en images et en mouvement un univers très complexe et oscillant constamment entre les dimensions, le réel et l'irréel, l'anticipatif et l'horreur du quotidien de la société japonaise. Un anime imparfait et c'est ce qui le rendra encore plus marquant aux yeux de certains, ou plus indigeste pour les autres. Dans tous les cas, Gantz ne laisse pas de marbre, et c'est tant mieux.
A noter que ces DVD nous livrent la version "uncut" non censurée qui n'est pas passée à la télévision japonaise, avec plus de gore, de sexe et des scènes de violence psychologiques ou graphique plus crues, et qui donnent à cette série une âme noire et dérangeante, transformant ce "seinen" aux accents gothiques punk en expérience viscérale et philosophique, dans laquelle la frontière entre la vie et la mort vous paraîtra très floue, et peut-être même vous prendrez-vous au jeu...
Kurono-kun []

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