Cela faisait des années que ses fans lui réclamant, ça y est, Yuu Watase nous présente son nouveau rejeton, "La légende de Gembu", petit frère du très grand Fushigi Yugi. J'avoue que l'annonce d'une nouvelle saga Fushigi Yugi m'a fait repenser à ma mère, qui, jamais à court de bonnes idées pour me faire manger, m'affirma un jour que les haricots, c'était en fait des frites vertes. Mais bien sûr. Tout comme à cette époque, j'ai senti l'arnaque immédiatement. On a beau les déguiser comme on veut, Fushigi Yugi et les haricots, c'est deux trucs peu ragoûtants. Mais comme je suis une gentille fille, je me suis procurée consciencieusement les deux premiers tomes de la nouvelle série de Miss Watase. Et même mieux, j'ai lu ! Alors est-ce que l'histoire va se répéter une nouvelle fois et vais-je renier définitivement le style Watase ? Ce nouveau Fushigi Yugi saura-t-il me faire oublier les déboires que j'ai connu avec son grand-frère ? Et bien vous le saurez dans le prochain épisode !

Fushigi Yugi - la légende de GembuComme on s'en fiche un peu de mes histoires sentimentales avec les mangas, on va plutôt raconter la vie de Takiko. C'est avec notre jeune héroïne de dix-sept ans que nous plongeons dans un Japon des années vingt. Ainsi nous allons découvrir brièvement le quotidien de Takiko. S'occupant seule de sa mère mourrante à cause des absences prolongées de son père, Takiko se retrouve ainsi livrée à elle-même. Enfin pas tout à fait seule car le charmant Monsieur Oosugi est là. Et bien qu'il soit marié, Takiko nourrit des sentiments très forts à son égard. Evidement, Takiko ne va pas tarder à connaître son lot de malheurs et de désillusions. Mais malgré le décès brutal de sa mère et ses sentiments à sens unique envers celui qu'elle aime, ce qui
touche le plus Takiko, c'est l'indifférence de son père pour tout ce qui l'entoure. En effet, il n'a d'yeux que pour le dernier livre qu'il vient de traduire. Mais ce livre n'est pas n'importe lequel. Il s'agit des "Ecrits des Quatre Dieux du Ciel et de la Terre". Et bien sûr, sans trop comprendre ce qui lui arrive, Takiko s'y retrouve aspirée. C'est le début d'une épopée dont les lecteurs du premier Fushigi Yugi connaissent déjà le dénouement. Takiko atterit donc dans ce nouveau monde et est appellée à assumer son destin de prêtresse car le pays est en péril et son devoir est de réunir les sept étoiles afin d'invoquer le dieu Gembu. Bien sûr, durant sa quête des ennemis apparaîtront mais surtout il y aura de l'amooouuur. Oui, faut pas oublier qu'on est dans un shôjo tout de même.
Même si le plan général de l'histoire est sensiblement le même que celui du premier Fushigi Yugi, le tout passe beaucoup mieux. Yuu Watase le dit clairement dans ses commentaires, elle a évolué depuis huit ans. Et pas que graphiquement parlant. Le scénario est plus mature, les personnages plus travaillés ce qui rend le tout plus crédible. Le fait que l'action se déroule avec une jeune fille du Japon d'antan contribue à donner cette impression mystique que j'avais du mal à ressentir avec la première saga. Et heureusement, Yuu Watase ne fait pas l'erreur de nous servir une Miaka bis en tant qu'héroïne. Takiko, à l'instar d'une héroïne est charismatique, forte mais pas infaillible, avec un caractère bien trempé. Tout l'inverse
de Miaka en fait. Et pour tout avouer, c'est une des rares héroïnes que j'apprécie pour l'instant. Les personnages masculins connaissent eux aussi un net renouveau et sont bien sûr très nombreux encore une fois. Ils sont plus sombres que les héros de la première histoire, moins idéalisés, Yuu Watase sort de l'adolescence et arrête de croire aux contes de fées et c'est tant mieux. Cette belle brochette de mâles est bien sûr créée afin de répondre aux attentes du public et accessoirement pour servir l'histoire. Nul doute que la préférence des lectrices ira tout droit pour le ténébreux Rimudo qui a des atouts aussi bien masculins que... féminins.
On peut ainsi dire qu'on ne retrouve pas les mêmes erreurs entre les deux Fushigi Yugi. Grosso modo. Et oui, La légende de Gembu n'est pas exempt de défauts et Yuu Watase n'a pas terminé de se débarasser de certains clichés shôjos qui lui collent bien à la peau. On retrouve quelques scènes qui sont du réchauffé direct de sa première saga et de ses autres titres. Les plus observateurs verront sûrement très clairement de quoi il s'agit ici : chutes malencontreuses, scène du bain et méthodes pour soigner une fièvre. Bienvenue dans le monde de Watase. Mais les failles de la mangaka ne s'arrêtent pas à de simples clichés. La psychologie des protagonistes est plus ou moins bafouée. Il y a même un côté invraisemblable dans la part de noirceur que l'auteur s'est efforcé de donner à chacun de ses nouveaux héros. Takiko vient de perdre sa mère mais excepté quelques larmes, ne manifestera que très peu son désarroi. Normalement, la perte d'un parent est une douleur que l'on endure sur plusieurs longues années. Mais passons. Au tour du beau Rimudo. Ce dernier a soit disant tué plus de mille personnes "sans trop s'en rendre compte". Ben voyons. Ca ferait bien rire un certain samouraï du nom de Kyo, tout ça. Soyons honnête, Rimudo est un agneau et cette histoire comme quoi ce serait un assassin, c'est juste pour lui donner un côté viril, sombre et mystérieux. Tout pour que la lectrice adhère et s'écrit très vite : "Yahou, j'adore Rimudo, trop trop classe !". Ne nous attardons pas non plus sur le cas du personnage d'Hatsui qui lui, a tué "par accident" des copains à lui. Une oeuvre ne peut jamais être quelque chose de parfait mais lorsque cela touche des choses importantes comme la psychologie des personnages ou lorsque Yuu Watase s'amuse à nous ressortir des clichés maintes et maintes fois utilisés, on ne peut que pointer du doigt.
Là où l'on peut moins critiquer, c'est concernant le dessin de Yuu Watase. Déjà correct à l'époque du premier Fushigi Yugi, la mangaka a eu le temps de faire ses armes entre temps et La légende de Gembu signe l'apogée du style Watase. Et il n'y a pas de demi-mesure dans ce qu'elle fait. Pourtant, on se doute qu'elle n'a pas choisi la facilité avec le character design de certains personnages comme Rimudo ou encore avec le style vestimentaire de Takiko, qui porte un hakama, un habit traditionnel japonais. Les illustrations couleurs confirment elles aussi le talent graphique de Yuu Watase, toujours dans une harmonie de tons pastels et de couleurs chatoyantes. On ne peut pas dire que le travail soit baclé, d'autant plus que l'auteur a mené de front une longue période durant, la prépublication de La légende de Gembu en plus d'un autre de ses mangas : Lui ou Rien. Travailler d'arrache-pied sur deux séries en même temps, un fait plutôt rare pour une mangaka shôjo.
Comme pour la plupart des mangas de Yuu Watase édités en France, Tonkam acquiert les droits de la nouvelle série prometteuse. La traduction semble honnête, avec un soin particulier pour montrer le langage respectueux que Takiko utilise généralement, langage que l'on pourrait comparer au vieux français, plus poli. L'encrage apparaît lui aussi sans défaut, sans bavures ou défaut de contraste. Le tout est donc correct mais sans plus. Tonkam fait son travail et c'est tout. Pas d'annonce sur la date de parution du prochain volume comme autrefois pour certaines séries, pas de lexique, aucun contact avec le public. Pourtant, un ou deux commentaires sur la traduction à la fin du manga n'auraient pas été de trop et tout lecteur en aurait été ravi. Tonkam ne change pas ses habitudes et c'est tant pis pour nous.
En bref, ce Fushigi Yugi se compare parfaitement aux haricots verts, accompagné de beurre, ça passe toujours mieux. Nature, c'est pas follichon. Il faut aussi parfois savoir fermer les yeux pour mieux savourer. Les amateurs de Yuu Watase se régaleront pour la plupart de retrouver l'épopée phare de leur auteur favorite. La légende de Gembu me réconcilie donc temporairement avec la mangaka jusqu'à prochaine déception, j'en suis sûre.
aonako []

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