La série Claymore, fière de son succès conséquent au Japon, débarque en France avec une excellente réputation. Adapté du manga créé par Norihiro Yagi (son deuxième après Angel Densetsu), Claymore, un anime se déroulant dans un monde médiéval fantastique particulièrement sombre et violent (à savoir : claymore est un mot anglais désignant une large épée à deux mains), confirme le talent du mangaka pour les personnages torturés, en apparence angéliques, en réalité beaucoup plus agressifs qu’ils n’en ont l’air. Produit par le studio Madhouse, la version animée nous offre 26 épisodes de furie, de combats sanglants et d’émotions fortes.
Aux commandes du projet, un staff prometteur avec en vedette Yasuko Kobayashi, scénariste expérimenté et plébiscité (Death Note, Witchblade, Shakugan no Shana, Guyver : the bioboosted armor) auquel s’ajoute Hiroyuki Tanaka, un ancien assistant réalisateur sur des projets comme Chobits, Cardcaptor Sakura ou The Gokusen, qui prend ici en mains sa première série au complet en tant que réalisateur. Un défi relevé haut la main, comme nous allons vous le démontrer par la suite.
Il était une femme…
Tout commence lorsque les habitants d’un village attaqué par les Yomas, des démons assoiffés de sang se cachant parmi les humains pour les massacrer nuit après nuit, décident de faire appel à une Claymore. On dit que les Claymore sont des femmes combattantes – mi-humaines, mi-Yoma - qui ont le pouvoir de distinguer les Yomas ayant pris forme humaine, de les débusquer et de les anéantir. Cependant, la réputation qui précède la Claymore n’est pas des plus rassurantes, du fait de leur origine hybride et de leur tempérament glacial, et les villageois s’en méfient comme de la peste. C’est dans ce contexte que se présente une jeune Claymore nommée Clare. Seul un jeune garçon impétueux du nom de Raki décide de l’approcher pour en apprendre plus sur elle. Ce qu’il ne sait pas c’est que cette rencontre va changer son destin.
Un peu plus tard, traumatisé par la mort de ses proches et rejeté par ses semblables, il décide de suivre la mystérieuse guerrière sur sa route parsemée de cadavres…
Au fil de l’épée
Mystérieux et violent, l’incipit de Claymore annonce définitivement la couleur (rouge) du déluge de sang qui se profile. Par la suite, les premiers épisodes nous font découvrir ce que sont les Claymore et se concentrent sur de simples chasses au Yoma, à chaque fois dans une ville ou dans un lieu différent, dans lequel Clare est plus ou moins bien accueillie. On suit également le parcours de quelques autres Claymore à l’occasion, mais toutes gravitent autour de l’univers de Clare d’une manière ou d’une autre. Au-delà de ces continuelles histoires de chasse au Yoma, agrémentées de péripéties souvent bien pensées et donc efficaces pour renouveler notre intérêt, se construit en toile de fond une histoire passionnante n’hésitant pas à montrer l’intolérance et le manque de considération des humains envers leurs semblables entrés en contact avec les Yomas ou même envers les Claymore, qu’ils traitent comme des parias, ne profitant que de leur services sans jamais les accepter réellement.
Après les premiers épisodes qui servent à nous introduire dans le monde des Claymore et à faire la connaissance de Clare, une partie de l’anime est ensuite consacrée à la jeunesse difficile de l’héroïne, à son passage d’enfant martyre à guerrière impitoyable, puis la série replonge de plus belle dans l’action, suivant le destin de Clare et sa quête de vengeance.
Les larmes peuvent couler des yeux d’argent également
Tourmentée par son passé à la fois trouble et violent, ayant tout perdu durant sa jeunesse, Clare est devenue une combattante, plus encore, une survivante, qui se bat pour « ceux qu’elle a perdu, et ceux qu’elle ne veut pas perdre ».
Depuis qu’elle fait partie de l’ordre des Claymore et qu’elle a voué sa vie à débarrasser le monde des Yomas, Clare ne sourit plus, ne pleure plus, ne ressent plus aucune émotion, son visage d’une pâleur de mort se confondant avec ses yeux d’argent dépourvus de toute joie de vivre. Ses émotions, elle s’efforce de ne pas les afficher, cependant ne les ressent-elle pas pour autant ? Cette reine glaciale dépourvue de sentiments va-t-elle s’attacher ?
C’est avant tout cette petite part d’humanité qui va progressivement refaire surface au fil des épisodes sur laquelle se concentrera le scénario de la série, montrant au spectateur ce qu’il attend de voir : une héroïne fragile, qui peut faire des erreurs et avoir des défauts, et plus elle nous paraîtra fragile, plus ses exploits guerriers nous sembleront braves et exceptionnels.
Les créateurs de Claymore jouent beaucoup sur la dualité monstre-poupée de Clare, ce qui donne tout son intérêt à un anime un peu répétitif, un peu monotone, mais dont l’atmosphère et l’intrigue principale prenante nous poussent toujours à aller plus loin.
Atmosfear :
Dans l’ensemble très satisfaisants, les graphismes travaillés de Claymore montrent une volonté solide de créer une atmosphère médiévale fantastique vraiment immersive. Tout d’abord, les images laissent voir assez peu de couleurs vives, face à l’omniprésence de tons gris et sombres, seulement rehaussés par des tons bleutés et froids (thème de Clare et des autres Claymore) ou rouges sang et ténébreux (thème des Yomas).
Quand aux décors médiévaux, très crédibles (les arrière-plans faits en pierre sont splendides !) et oppressants, ils nous plongent dans une atmosphère sombre et angoissante, au point qu’on ne sait jamais quand ni d’où va sortir le prochain danger, car le danger, que ce soit sous la forme d’un Yoma ou non, est toujours présent à la tombée de la nuit dans les rues pas très fréquentables du monde de Claymore. On ne s’en plaindra pas, ça donne juste un peu plus de boulot à Clare, et plus d’action pour nous.
Un peu plus déséquilibré, le character design affiche un résultat très particulier, montrant des visages assez mornes et peu expressifs, pourtant assez réalistes et détaillés mais peu convaincants en-dehors des personnages principaux. Reste que les vêtements et les corps sont très détaillés (ombres, plis, muscles) et apportent donc une bonne impression de crédibilité à l’ensemble. C’est également les cas pour les armes et les armures, très soignées et mises en valeur dans cet anime très « guerrier ». A l’inverse, les Yomas sont volontairement et ostensiblement peu caractérisés, dotés de corps grossiers et le plus souvent cachés dans l’ombre ou sous-éclairés, ceci pour accentuer leur aspect monstrueux et inhumain par opposition aux victimes, humaines. Les Claymore sont bien entendu entre les deux, à la fois dans l’ombre et la lumière, devant tantôt se cacher des humains intolérants sous leur capuchon, tantôt laisser voir la pâleur de leurs corps et de leurs yeux.
L’accent a donc été mis sur les caractéristiques les plus reconnaissables des personnages : les yeux de Clare et de ses semblables (sublimes) contre ceux des Yomas (d’un jaune animal et sauvage, yeux qui sont d’ailleurs parfois la seule chose qu’on arrive à distinguer de leurs corps ténébreux) afin d’installer une sorte de manichéisme explicite et un parti pris aisément identifiable pour les Claymore (les Yomas n’ont aucune personnalité et les humains sont vus comme du bétail la plupart du temps).
Les troubadours s’emballent
Pour finir, la musique joue également son rôle dans la série. Souvent lancinante et triste, elle laisse entendre quelques jolis airs de flûte, mais devient plus moderne et rythmée quand elle accompagne les séquences d’action, mêlant percussions trépidantes et sonorités électroniques, voire un peu de death metal à l’occasion, à petites doses discrètes qui font merveille en fond sonore quand les choses s’emballent (le mélange entre univers médiéval et musique moderne/rythmique bien corsée donne souvent de bon effets). Une bande sonore marquante par son originalité, un peu décousue en raison de sa très grande variété de sonorités et de rythmes, mais si bien adaptée à toutes les situations qu’elle en ressort comme une expérience plus que satisfaisante.
Une musique d’ambiance stylisée, une composante à part entière qui donne beaucoup de caractère à la série.
Dark ages
Anime médiéval avant tout, Claymore nous réserve sa part de très beaux combats à l’épée et de scènes de baston très excitantes, impressionnantes de vitesse et de violence. L’hémoglobine, qu’elle soit rouge ou mauve (celle des Yomas), coule à flots, et les séquences d’action sont sans conteste le gros point fort de l’anime. Malgré tout, ce qui différencie Claymore de la plupart des autres séries du genre, et ce qui fait son succès auprès de tant de fans français, c’est son ton sérieux et posé, ce rythme soutenu qui donne envie d’aller jusqu’au bout de la série sans avoir peur de décrocher.
Je n’irai pas par quatre chemins pour finir de vous convaincre, Claymore est une série efficace, mais sans jamais confiner à l’excellence, car l’animation un peu hésitante –voire quelquefois juste un peu trop simpliste- laisse un petit sentiment de déception (les expressions des visages laissent en effet à désirer de temps à autre). On regrette aussi le niveau des dialogues, peu inspirés et répétitifs, au point qu’on est parfois pressé qu’ils s’achèvent, mais ces quelques menues imperfections n’entament que peu le potentiel de cet anime furieux, émouvant et déchirant, qui nous prend aux tripes et ne nous les lâche enfin qu’après 26 épisodes. Enfin, saluons la volonté de ses créateurs de faire de Claymore un anime sérieux, sans fan service (les poitrines rebondissantes sont légion dernièrement) qui effriterait la gravité du ton général.
Après des débuts balbutiants, la série prend son envol
Pour conclure, je dirai que Claymore mérite un bon 7/10, car malgré quelques scènes un peu trop répétitives et une animation inégale, l’efficacité de cette série surprend épisode après épisode, quand on se rend compte que la recherche du Yoma est toujours aussi excitante, que le suspense ne tarit pas et que la série évolue progressivement autour du personnage de Clare, une héroïne charismatique. Et pourtant, loin d’être un anime novateur, se contentant souvent de reprendre des recettes bien mises en valeur certes, mais déjà vues ailleurs (la série emprunte aux univers de Bastard, Dragon Ball ou Fate Project), Claymore représente plutôt un bon concentré des meilleurs ingrédients présents dans le courant du médiéval fantastique au sein de la japanimation actuelle, se situant quelque part entre la folie meurtrière d’un Hellsing et la rage belliqueuse d’un Berserk, faisant mieux que des classiques du genre telles Les Chroniques de Lodoss.
On regrettera néanmoins les quelques lenteurs, des bruitages qui laissent à désirer (quand une Claymore utilise ses pouvoirs on se croirait dans Star Wars) et un fond scénaristique un peu léger. Encore une fois, tout se joue sur l’ambiance, immersive, mais parfois abjecte et malsaine au point d’en être dérangeante (une avalanche d’intestins, de membres arrachés et de bouts de corps divers pleut sur l’écran). Tout cela participe au fait que la série s’essouffle considérablement dans les derniers épisodes, avant de se conclure sur une fin expédiée, commandée par le studio Madhouse pour limiter la série à une seule saison, et tout simplement indigne du manga original, beaucoup plus long. En résumé, à l’instar d’un Gantz, Claymore a un énorme potentiel, qui reste partiellement inexploité.
Au final, Claymore, quoique inachevé, s’inscrit parmi les bonnes séries du moment, sortant du lot grâce à la qualité et au réalisme des décors, à son atmosphère prenante et la solidité de son univers médiéval convaincant, mais finit par nous décevoir, comme nombre d’animes ces derniers temps, à cause d’une fin vaseuse qui lui est imposée par un studio trop pressé d’en finir.
Kurono-kun []

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