L'introduction de cette critique s'annonçait difficile. Car Bleu Indigo est un peu le genre de mangas que l'on croise sans véritablement remarquer, mis à part en période d'hormones croissantes fortement attisées par la vision d'une jolie fille aux cheveux bleus à moitié dévêtue sur une couverture cartonnée violette. J'apprends alors un mot : Shôjo, ou plus communément « manga pour filles ». Chouette, un substitut potentiel après un onzième volume de Love Hina très décevant, me dis-je en lisant les notes de traduction sur le titre. Une bonne occasion de m'intéresser à la signification populaire desdites couleurs, dira-t-on : Bleu couleur de la sincérité, de l'introspection, de l'ouverture d'esprit ; et indigo, calme et vérité. Chouette (bis). L'intro a déjà une longueur nettement plus potable, si l'on excepte le fait qu'elle n'informe pas vraiment qui que ce soit. Peut-être sur l'auteur ? Kou Fumizuki. « c'est qui ? » « Ch'sais pas. ». Chouette (ter). Mieux valait alors entrer dans le vif du sujet, cela commençait à se voir que je n'avais rien à dire en introduction...

(c) Pika Fiancés pendant leur plus tendre enfance par leurs familles respectives, le genre un peu aisée et diablement à cheval sur les principes traditionnels, Kaoru et Aoi mènent désormais leur existence loin de l'autre. Le premier a renié son cocon familial depuis quelques années, « survit » à Tokyo en tant que misérable étudiant, et en a oublié jusqu'à sa petite fiancée ; la seconde est devenue une belle jeune fille à la poitrine généreuse, et n'a qu'une seule idée en tête : elle n'en veut pas d'autres, c'est Kaoru et aucun autre benêt prêt à toutes les bassesses pour la capitale de la famille. Zou, elle file à Tokyo une fois en âge de se marier pour retrouver le prétendant qui ne s'attend certainement pas à retrouver sa petite Aoi version femme...
Portrait de Kaoru. Beau jeune homme, extrêmement charmant, aucune relation sentimentale au compteur comme il est souvent le cas chez les héros de Shôjo (j'ai un nouveau mot, je l'utilise). Portrait de Aoi. Belle jeune femme, douce, attentionnée, extrêmement amoureuse, sincère, émotive, et des mensurations phénoménales comme il est souvent le cas chez les héroïnes de Shôjo (nouveau mot, etc). Mademoiselle aime monsieur, le genre de sentiment - bulldozer qui enfle depuis des temps immémoriaux et qui ne supportera pas un refus ; par chance, monsieur est gentil, et en pince un peu. Voilà, en gros condensé, ce qu'on apprend de la problématique de Bleu Indigo dans son premier volume, série qui s'annonce fortement portée sur le sentimentalisme limite niais. J'exagère ? Je ne crois pas, à en juger les hectolitres de larmes qui chuteront des yeux de la bleuette, tantôt de tristesse, tantôt de joie. Nul doute que les allergiques décrocheront facilement de ce premier tome étonnamment restreint aux seuls émois de ces deux personnages. Même pas un tiers un peu foufou à se mettre sous la paluche. Il faudra atteindre le second volume pour voir arriver un solide paquet de nouvelles poitri... têtes susceptibles de rehausser un peu l'intérêt. Une gouvernante un peu pincée, une gaffeuse, une timbrée alcoolique, et les deux potes de Kaoru. La quasi intégralité se retrouve en deux coups de cuillère à pot dans une espèce de pension grand standing, avec le ratio improbable de quatre nanas pour un seul mâle. Rapprochement : Love Hina. Sans le côté décalé et humoristique. Bref, pas vraiment Love Hina, mais un peu. Même d'un point de vue sentimental, la question est posée : mais que va-t-il se passer ensuite ? Car, un peu de logique, en n'oubliant pas que la série encore en diffusion au Japon dépasse les dix volumes, et que dès les trois premiers le couple est solidement formé et ne peut apparemment pas souffrir d'une rupture sous peine d'une remise en cause totale des personnages (ce qui serait du jamais vu, partir du bas de l'échelle psychologique pour en gravir un à un les échelons), mais que va-t-il bien arriver à nos héros ? Un furet dans la maison ? Oui, pourquoi pas. Pas très passionnant, mais il est toujours bon d'avoir une mascotte, cela change de dessiner des êtres humains et des explosions de soutiens-gorge, cf. Myu de Love Hina. Le problème du cadeau de Noël introuvable ? Yeah, j'accroche, en dépit du manque d'originalité. Un retour dans le passé, genre kimono familial un peu emblématique ? Je suis toujours là.
(c) Pika
Critique bizarre n'est-ce pas ? C'est pourtant ce que je ressens en repensant à Bleu Indigo. Un peu comme parler pour ne rien dire. Certes, je ne pourrai certainement pas critiquer la qualité graphique mise au service de toutes ces belles plantes aux poumons si développés (bien que je doute de l'intérêt stylistique du « bonnet D à tout prix »), ni même la mesure rythmique parfaitement adaptée au contexte, lente et lancinante. Mais je doute de pouvoir vous cacher la vérité très longtemps : Bleu Indigo n'affiche aucun réel aboutissement, et n'a pour aucun autre but que de faire succéder les scènes à fort potentiel sentimental, approfondissant les sentiments que se vouent les deux personnages à défaut de les fouiller réellement. Un prix nobel de la fadeur devrait exister pour le personnage de Kaoru, qui fait pâle figure en comparaison d'un Ichitaka Seto (I''S), d'un Yota Moteuchi (Video Girl), ou encore d'un Keitaro Urashima (Love Hina).
Le grand A de l'histoire d'amour complètement sublimée, au pays merveilleux où les sentiments sont la seule monnaie à valoir quelque chose. Peu d'originalité, peu d'humour, mais beaucoup de pleurs, de déclarations, d'embrassades, de balcons généreux, et zolies situations parfois à la limite de la niaiserie. Le manga possède pourtant en son sein un certain nombre de valeurs qui pourraient, dans le futur, lui démontrer des qualités nettement plus matures que ses assimilés ; car pour le moment, il n'y a guère que les afficionados pour signer et rester dans la course. Nous n'en sommes qu'au troisième volume, après tout...
Nicolas []

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