Est-il besoin de présenter le manga qui a lancé en masse le premier mouvement d’implantation du manga dans nos contrées ? Pendant un bon moment, Akira a été perçu comme une erreur seinen au milieu de la publication infinie de shônen. Reconnu à sa juste valeur comme un chef d’œuvre en la matière, la version papier de Katsuhiro Otomo représente un long cheminement et une sorte de diptyque avec le titre prédécesseur dans sa bibliographie Dômu. Ou comment les humains réagissent face à une menace fantastique, incommensurable et livrés à eux-mêmes dans un monde post-apocalyptique sans foi ni loi…
Guerre dans les bas fonds de Néo Tokyo
Ca c'est du découpage !
2030. Néo-Tokyo est devenue une gigantesque poubelle hi-tech. Tetsuo, Kanéda et leur bande de jeunes du centre d’insertion et d’apprentissage professionnel foncent dans la nuit sur des motos volées, sans autre but que de repousser toujours plus loin les limites du speed. Quand ils croisent un drôle de petit garçon au visage de vieillard, leur premier réflexe est de l’agresser mais cette créature perdue possède un étrange moyen de défense... Ils viennent de faire connaissance avec le nº26 et de franchir, sans s’en rendre compte, la première étape d’un processus irréversible : le réveil d’Akira...
Plongé tout de suite dans le feu de l’action, le lecteur est pris dans le feu en captant comme il peut chaque information émanant des héros agissant comme des feux follets. L’aventure dégage un sentiment de puissance incontrôlée, de force brute tout en démontrant une sensibilité unique et en brossant des portraits psychologiques de personnages évoluant sur un fil qui pourraient être la borderline de leur état mental. Désespoir, cruauté et folie représentent les principaux vecteurs de la dégradation de l’état mental renforcé par les drogues et l’alcool montrant l’opposition des faibles qui y succombent et deviennent des bêtes soumises au Mal aux forts qui relèvent la tête pour faire persister un semblant d’humanité.
L’ensemble des personnages composant l’œuvre donne du sens à cette histoire. Chacun ayant un rôle pour essayer d’enrayer ou d’amplifier la menace existante. Aucun d’entre eux n’est utilisé comme tapisserie. Les rôles se découvrent en suivant la progression de l’œuvre. Les cartes s’abattent, laissant craindre un sort funeste tant et si bien que Kanéda (le courage), Kei (la sensibilité) ou le colonel (la discipline) se présentent tous comme une façade existante de l’humanité face au Mal (Akira) et son composant principal, la peur, voire la terreur (Katsuo).
Akira est une gigantesque fresque épique de l'univers caractéristique de Katsuhiro Otomo. Son monde est une nuit noire dans lequel brille une petite lueur d'espoir et dans lequel les enfants apparaissent comme des armes brutes et incontrôlables (lançant une vague de simulacres plus ou moins réussis par la suite dans l'esprit artistique nippon). Leurs pouvoirs se veut irrationnel, incompréhensible pour le monde adulte, trop souvent peu imaginatif et ancré dans ses petites habitudes. Ainsi, que dire de ce néo-Tokyo voué à être dominé par une jeunesse anarchiste ? Akira montre un exemple de ce que pourrait être le nouveau désordre mondial en cas de catastrophe (très probablement nucléaire).
Un nouveau monde
Bien évidemment, Akira est aussi un fabuleux déluge d’action montrant des scènes choc sorti tout de la plume magistrale d’Otomo. Le titre n’aurait pas obtenu une telle notoriété s’il n’était pas complété par des personnages toujours sous tension et une intrigue ne faiblissant quasiment jamais. Toute tourne autour de ce petit bonhomme étrange nommé Akira duquel duquel émane une crainte permanente par son silence profond et servi par Tetsuo qui n’hésite pas à tuer tous ceux qui s’opposent grâce à des pouvoirs paranormaux (télékinésie, téléportation, envol). Quelques scènes d’action radicales ponctuent ça et là le titre : l’autoroute, les égouts, la base secrète, les poursuites en moto, l’explosion nucléaire… Le manga possède tous les atouts.
Katsuhiro Otomo n’est pas un manche avec son crayon, il agit avec précision desservant des rendus parfaits, détaillés à un point époustouflant et mettant les héros dans des positions charismatiques desquels ils ressortent grandis. Car ces adolescents, évoluant entre l’enfance maléfique d’Akira et des adultes dépassés, constitue la seule ressource possible pour remettre l’humanité sur de bons rails. Du coup, le trait les rend juste. Adulte… mais pas trop, enfant… mais pas trop, à mi-chemin entre les deux. Un ensemble graphique au top niveau pour servir une grande intrigue manichéenne mais tellement bien scénarisée.
Le manga papier confirme sa réputation. Les années ont passé et peu se sont approchés de celle d’Otomo. A croire que relever le défi semble trop compliqué ou que ceux qui ont essayé se sont considérablement raté (Spriggan). Sans nul doute, Akira reste une œuvre hautement tragédique et réellement percutante qui marque et continue de marquer à chaque fois que l’on s’y replonge. Et idem pour le film.
juro []

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