8/10Vampire Hunter D : Bloodlust

/ Critique - écrit par Jade, le 19/06/2004
Notre verdict : 8/10 - Photo de famille de Lestat (Ecrivez votre critique)

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Vampire Hunter D: Bloodlust est le deuxième film mettant en scène le personnage de D, moitié vampire, moitié humain. Né de l'imagination du romancier Kikuchi Hideyuki, ce mystérieux héros est un chasseur de vampire, lui-même semi-vampire, à l‘image de Blade. Il est ici designé par Yoshitaka Amano. Ce nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais sachez que cet artiste s'est fait connaître aux Etats-Unis notamment pour avoir designé l'oeuvre Sandman et exposé de nombreuses peintures. Les fans de jeux vidéo le connaissent pour sa contribution à la série Final Fantasy. Personnellement j'admire son travail pour Vampire Hunter D, dans la veine gothique et élégante que suivra le film.

A l‘animation, on retrouve une grosse pointure, Yoshiyaki Kawajiri (Ninja Scroll, l‘Animatrix ‘Program‘). Réputé pour faire de la très grande qualité avec quasiment rien, il a écrit le scénario, story-boardé le film et mis en scène le tout avec un brio remarquable. En effet, Vampire Hunter D est un projet américano-japonais au financement plutôt restreint, et force est de constater que le résultat rivalise facilement avec les grosses pointures du cinéma d'animation.

Dans un futur lointain, l'humanité doit faire face à son propre déclin et à la réapparition de monstres mythiques tels que les vampires et les loups-garous. Lorsque le film débute, ces créatures ont pourtant déjà vécu leur temps et sont chassées en masse par les hommes. C'est dans ce contexte que Meier Link, un puissant vampire, kidnappe la jeune Charlotte. Sa famille envoie aussitôt à sa poursuite de nombreux chasseurs de prime dont le sinistre D. Quelles sont les motivations de Meier Link, et pourquoi est-il protégé par les barbarois, une tribu de mercenaires surpuissants ?

Le scénario, qui n'est pas vraiment le point d'orgue de l‘oeuvre, recèle pourtant de subtilités très agréables. C'est surtout le personnage de D qui est mis en valeur. Refusant son héritage de vampire et rejeté par les homme, il mène une vie d'errance. Il ne laisse transparaître aucun sentiments, au point que l‘on se demande s‘il en a jamais eu. On ressent un certain vertige en essayant de concevoir quel genre d'existence cet énigmatique personnage à la puissance hors de proportion a bien pu suivre pendant des siècles, ou, qui sait, des millénaires. Une chose est sûre, tant par son design que par son caractère impassible, D est un personnage très stylé.

Il ne faut pas chercher de message quelconque dans ce film. Certains le trouveront creux, je le trouve quant à moi d'une qualité esthétique hors du commun, et surtout desservi par des personnages tous plus originaux les uns que les autres. La plupart des idées sont vraiment bien trouvées, et très bien exploités. J'ai particulièrement apprécié, entre autre, un barbaroi qui se déplace à travers les ombres et peut tuer en les transperçant. La mise en scène est sobre, efficace, se limite au nécessaire, et est souvent utilisée pour faire ressortir des trouvailles graphiques étonnantes. Quant à la bande-son, elle est dans un premier temps assez discrète , puis relativement violente dans la dernière partie, au fur et à mesure que l'on approche du mémorable final où la vraie nature de D est révélée.

Vampire Hunter D se déroule dans un très lointain futur. Des châteaux à l'architecture baroque côtoient notamment des véhicules motorisés au design assez étrange. C'est ce mélange des époques qui pourra déranger les fans habituels de créatures vampiresques. On sent que le réalisateur expérimenté qu'est Kawajiri tente ici une approche expérimentale du sujet et prend plaisir à mélanger les genres. D'où la présence de scènes en plein jour, dans un décor des plus luxuriants, en plein milieu du film, comme un mirage. On a même droit à une petite partie western ! De là à dire que le film part dans tout les sens, il n'y a qu'un pas... J'ai de mon coté un peu de mal à trancher.

A coté de tout cela, il faut souligner que le génie de la mise en scène ne couvre pas tout les soucis d'animation dû au budget. En effet, chaque affrontement est amené progressivement, et est un point décisif du film. Ainsi, on ressent une certaine frustration devant des combat soignés, mais courts et souvent indignes de la tension avec laquelle on les attendait (mention spéciale au combat final qui doit tourner à seize images par seconde). Au final, et contre toute attente, ce film ne s'adresse pas aux amateurs de films d'action, mais plutôt aux esthètes en herbe. Par ailleurs, je tiens à souligner que pour peu que les vampires “old-school” et le strict minimum de sang ne vous rebutent pas, ce film est parfaitement accessible à quiconque veut bien s'y intéresser.