7.5/10MPD Psycho, le détective schizophrène

/ Critique - écrit par juro, le 03/12/2004
Notre verdict : 7.5/10 - Psychodélique (Ecrivez votre critique)

Tags : psycho mpd pika detective tajima schizophrene sho

Attention, série dérangeante ! MPD Psycho est un titre qui frappe fort et ne peut pas laisser indifférent. Proposant un scénario poussé, où intrigues financières et politiques mènent la danse...

Partons de certains constats. Tout individu est psychiquement affectable à travers son mental. Ce mental est fragile. Peu d'événements peuvent fragiliser un mental. Un choc léger peut affecter un individu. Un choc plus violent peut plonger un individu dans un état second. Un état second peut se manifester de plusieurs manières. La première peut être un repli sur soi. Une autre peut prendre la forme de la rébellion contre les malheureux événements. La manière extrême consiste à prendre son arme et à faire justice soi-même contre tout présumé coupable...

Autre cas, autres constats. Le mental peut définir le profil psychologique d'un individu. Un psychopathe est potentiellement dangereux. Un schizophrène peut potentiellement délirer à travers ses multiples personnalités. Un amnésique peut oublier certains événements. Les hypocondriaques qui pensent être affecter des trois syndromes à la fois sont des fous. Ceux qui le sont vraiment sont rares. Le héros de MPD - Psycho en est un... Mpd (c) Pika
Mpd (c) Pika

Dernier cas, derniers constats. MPD - Psycho est un manga. Un manga de Pika classé en Senpai. Un seinen qui réunit les deux constats précédents. Le héros ne peut que vérifier ces constats sur sa propre personnalité. L'intrigue est tordue, le graphisme précis et froid. Ultime constat : on ne va pas s'ennuyer...

La confrérie des codes barres

Yôsuke Kobayashi est un enquêteur intelligent spécialisé dans l'établissement de profil psychologique. Pas d'indice, pas de tueur. Par contre, ce qu'il sait, c'est que son travail est harassant la série de meurtres en cours ne lui laisse même pas passer un instant avec son amie. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'elle est la prochaine victime... Il va rapidement le découvrir en découvrant son corps mutilé, son comportement change alors du tout au tout, rappelez-vous le premier constat, version extrême. Chasser le meurtrier, le trouver puis le tuer. Nouveau choc, deuxième constat : Yôsuke se révèle être schizophrène et se nommer Kazuhiko Amamiya...

Le procès a été sans appel. Personne n'a cru en ce subit changement de personnalité et Yôsuke vient de passer quelques années derrière les barreaux. A sa sortie, une offre d'emploi inespéré faisant appel à ses compétences lui tombe dessus, entrer dans l'agence de détective de Machi Isono pour traquer les tueurs en série. Du travail et de nombreuses questions en perspective puisqu'un regain de l'activité criminelle est en cours. Des meurtriers avec un code barre dans l'oeil, des meurtres en rapport avec son identité et ses autres personnalités, un potentiel gourou auteur de nombreux textes suspects, MPD - Psycho nous plonge dans un monde où la cruauté est sans fin...

A ne pas mettre entre toutes les mains

A l'évidence, la maison d'édition Pika ne pouvait classer MPD - Psycho (ou Multiple Personality Disorder Psycho) que dans sa collection Senpai. A voir les premières pages, les auteurs ont pris le parti de ne rien nous épargner pour nous plonger au coeur d'une action faite d'enquêtes policières, de démence et d'un complot bien caché derrière des ficelles scénaristiques assez communes. Le sang coule à flot à travers les enquêtes menées par Yôsuke et Machi, les cadavres humains sont rarement entiers et c'est même parfois très gore. Après avoir défrayé la chronique lors de sa parution japonaise devant tant de massacres sanguinolents ancrés dans une réalité contemporaine, MPD - Psycho commence à faire son trou avec un cocktail qui est aussi agrémenté de réflexions.

Mpd (c) Pika
Mpd (c) Pika
En effet, la réflexion est bien plus importante qu'il n'y paraît sur la condition de Yôsuke. Son double discours détective/schizophrène le rend aussi dangereux pour ses proches que pour les meurtriers traqués. Surtout que l'apparition de ces personnalités est imprévisible. Le besoin de se maîtriser devient primordial mais faire appel aux savoirs d'une autre peut lui être aussi utile. C'est un être torturé auquel on a affaire, auquel le lecteur et les personnages secondaires ne peuvent pas faire confiance. D'ailleurs, toute la galerie de personnages se trouve être tourmenté par un passé qui les rongent et des débordements intempestifs qui les rendent spéciaux : policier, enquêteur, meurtrier, journaliste, lycéenne, tous évoluent dans un même monde dans lequel leurs mentaux peuvent rapidement varier.

Une, deux, trois... Beaucoup... Les personnalités de Kobayashi se multiplient au fur et à mesure des volumes, refoulant derrière lui son identité. Ressurgissant de son douloureux passé, il en vient même à douter de son véritable nom. Ses capacités se trouvent affectés à chaque changement de comportement avec des identités aussi différentes que de comportements possibles dans la nature humaine. De plus, une amnésie partielle entraîne le scénario sur les ficelles scénaristiques communes d'un thriller : mémoire défaillante, recherche du passé, avancée par indice. Sans être révolutionnaire le scénario de Eiji Ôtsuka arrive à tenir en haleine. La grosse ficelle tend tout de même à montrer que la succession de meurtriers « marqués » de code barres est composée de « loups » assoiffés de sang se bornant à devenir tous plus monstrueux que le précédent pour égorger, étriper ou exploser (au choix) les « moutons » innocents, ce qui devient légèrement cyclique. Et bien sûr le fan service à profusion...

Sho-u Tajima (Madara, Brothers) est impressionnant. Froid, précis, descriptif, son trait caractérise MPD - Psycho et les sentiments de répulsion du lecteur à l'égard des personnages. A travers leurs expressions, les personnages sont cernés rapidement. Peu de détails et de remplissage mais un véritable effort à la qualité : les personnages sont parfaitement proportionnés, le découpage arrive à être dynamique lors des scènes plus musclées... un dessin épuré somptueusement orchestré. Presque trop réalistes parfois, les scènes gores sont insoutenables de cruauté. Du bon travail qui soutient la comparaison au scénario et d'une édition haut de gamme. Mpd (c) Pika
Mpd (c) Pika

Dans ce mélange du Silence des Agneaux et Seven, le thriller pointe du doigt les dysfonctionnements psychologiques d'individus influençables, en utilisant la peur comme principal argument. Un seinen qui surfe sur la mode actuelle des histoires de tueurs en série et qui s'en tire plutôt bien. A constater par vous-mêmes...