9/10Amer Béton - le manga

/ Critique - écrit par juro, le 19/07/2007
Notre verdict : 9/10 - Béton armé (Ecrivez votre critique)

Tags : amer manga matsumoto ville noiro blanko film

Un manga essentiel de Taiyou Matsumoto. Mais y en a-t-il un qui ne l'est pas ?

On peut avoir confiance en Taiyou Matsumoto pour nous servir encore et toujours des scénarios originaux, empruntant autant à l’inspiration urbaine quotidienne qu’à ses propres délires prêts à inventer une pléiade de personnages démentiels. Avec Amer Béton, l’auteur nous sert un nouveau chef d’œuvre en la matière avec le quotidien de deux gamins face à l’adversité d’un monde qui ne veut pas d’eux.

Noir et blanc

Noiro et Blanko, deux orphelins, vivent dans les rues de Treasure Town. Malgré leur jeune âge, ils survivent dans ce quartier dominé par la pauvreté, la corruption et la violence. Ensemble, ils tiennent tête à un groupe de yakuzas bien déterminé à asseoir leur domination sur la ville. La lutte pour la survie du quartier sera âpre et est loin d’être gagnée d’avance...

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Amer Béton (c) Tonkam
Le yin et le yang, c’est un peu ce que représente Amer Béton. Les deux personnages principaux apparaissent différents et complémentaires à la fois, totalement opposés dans leur comportement mais avec des qualités nécessaires au bon fonctionnement et à la survie du duo. Noiro représente la débrouillardise et l’intelligence du groupe mais avec une certaine froideur, un regard mauvais sur la vie et une capacité sans commune mesure à se battre. Sens du combat qu’il partage avec son compagnon Blanko. Mais c’est bien la seule. Celui-ci se montre attardé, incapable de se débrouiller sans aide mais avec un cœur énorme et de la bonne humeur. Tout les oppose mais à eux deux, il forme l’équipe des Chats qui cherche des crosses à toutes les petites frappes du quartier et aux yakuzas. Car c’est leur ville, leur territoire. Et ils feront tout et n’importe quoi pour défendre leur idéal… Le mangaka emmêle et démêle plusieurs thèmes comme l’enfance orpheline en dehors du système, l’amitié en vers et contre tout/tous, le rapport de force entre bandes de yakuzas, la vie dans la rue et surtout… un urbanisme gigantesque, le tout à travers une narration brillante. La ville est le personnage principal muet de Amer Béton. Omniprésente, étouffante, regorgeant de surprises avec une architecture impossible tout droit sorti d’un bidonville en plein centre-ville de mégalopole. Amer Béton prend une dimension immense.

Les Chats

Les seconds rôles possèdent une classe impossible à retrouver que dans un autre manga de Taiyou Matsumoto. Les yakuzas sont terrifiants de violence, de manipulation et d’intelligence. Le Rat représente la mémoire de cette ville, sorte d’homme de terrain plein d’expérience, rébarbatif au changement voulu par son parrain et que son suppléant, Kimura, est trop inexpérimenté pour comprendre face à la menace de la triade chinoise, pas du tout concernée par autre chose que le profit. Le Rat est l’équivalent du « grand-père » des deux orphelins, SDF sage pas du tout à sa place, complètement bouffé par l’immensité de cette ville dans laquelle on finit par se perdre avec eux pour ne plus en ressortir. Et comme souvent, dans ce contexte, la police est totalement dépassée… Tout simplement énorme, Amer Béton ne se suffit pas à lui-même et chaque pan de l’histoire prend un tournant important. Chaque dialogue est porteur d’un message, Matsumoto est surdoué en la matière et sa montée en puissance ne cesse de surprendre jusqu’à son dénouement inévitable mais peut-être un poil trop rapide.

Le style du mangaka lui est tout personnel. Semblant hésitant avec ses traits tordus, il est unique en son genre mais toujours percutant car il foisonne de traits de construction divers et de détails rajoutant à la force du manga. plus proche de Number 5 que de Ping Pong, Amer Béton est une succession de cases uniques, au découpage cinématographique, pratiquement parfait en tout point.

Décliné en film mais sorti cette année dans très peu de salles, Amer Béton connaît une transposition qui a été salué par la critique. Les frères de sang, Noiro et Blanco sauront sans doute réussir à charmer les lecteurs les plus assidus. La nouvelle version intégrale sortie récemment chez Tonkam est un modèle d’édition à la hauteur des attentes. Un ouvrage sur un format unique à la couverture cartonné sur un très beau papier, juste ce qu’il fallait. Parfait ou presque.