8/10Abara

/ Critique - écrit par juro, le 19/04/2007
Notre verdict : 8/10 - Abaracadabra (Ecrivez votre critique)

Tags : nihei blame abara tome manga tsutomu &nbsp

Rendu célèbre par Blame !, sa série culte, Tsutomu Nihei est devenu un auteur de SF incontournable, au graphisme et à la mise en page uniques. Avec  Abara, Nihei prolonge les délires cauchemardesques de Blame ! En mettant la barre encore plus haute. Une véritable claque visuelle

Fort de son succès malgré les remous provoqués par des titres comme Blame et Noise, Tsutomu Nihei nous revient en force après une parenthèse du côté des comics (Wolverine SNIKT !!). Pour cela, il débarque avec Abara dans son style le plus pur mêlant violence insoutenable et SF avant-gardiste. Usant de son coup de crayon impressionnant, le mangaka signe une nouvelle oeuvre courte pour laquelle chaque case est une réussite graphique et encore une fois avec un scénario énigmatique...

Monstres et compagnie

Abara
Abara
Les Shirogauna sont des créatures mutantes se métamorphosant qui sèment la terreur dans une cité futuriste. Partant de leur colonne vertébrale, une armure faite d'ossements indestructibles enveloppe le corps de leur propriétaire et se déploie dans toutes les directions, attaquant toute forme de vie à proximité. Quelle est l'origine de cette monstruosité ? Une femme et un homme vont tenter de percer de secret...

La noirceur du manga est frappante à tout point de vue, aussi bien par son aspect graphique dégageant un côté sombre dans lequel les monstres se distinguent difficilement que par son côté scénaristique. Sans donner d'explications aux faits, Tsutomu Nihei ouvre son manga à la monstruosité de tout poil, chaque personnage possède son côté malsain à des degrés divers et le manichéisme est à cent lieux de pouvoir se faire une place dans un univers difficile à appréhender. Post-apocalyptique ou apocalyptique tout court ? Encore une fois les réponses manquent car tout est suggéré, excepté la violence latente dont le mangaka nous fait profiter à travers son intrigue. L'intrigue peut paraître relativement simple (un règlement de compte entre monstre avec les bons et les méchants) ou extrêmement compliqué (une lutte pour l'émancipation des êtres vers la liberté, un peu à la Matrix). La relativité des propos offert par Nihei réside dans le pouvoir de suggestion dont il sait manifestement faire preuve, même si la ressemblance avec Wolverine SNIKT !! saute aux yeux.

Violence noire

Et tout ça dans un joyeux bain de sang. Les scènes de combat s'accumulent avec une exhibition perfide de la violence. Presque gratuite... si le scénario ne maniait pas avec autant de subtilité le sens de ce terme, tombant tout de même parfois dans l'excès. Selon le point de vue duquel on veut bien se placer, la violence se justifie ou pas. En tout cas, Abara ne fait pas dans la dentelle et ce monde digne d'un roman d'anticipation gagne en profondeur à chaque page concédée. L'aspect monstrueux des combattants n'apparaît dès lors que comme un reflet musclé des humains les contrôlant et l'organisation chargée de défendre la cause humaine souffre de l'a priori du mystère malveillant. Plusieurs lectures peuvent être données à Abara et c'est bien ce qui fait tout son charme.

Nihei n'a rien perdu de sa superbe. Le graphisme est conséquent, dense. Chaque case est un régal avec un trait travaillé et mettant en avant tous les côtés forts de l'auteur. chara design et remplissage sont de premier ordre, permettant d'avoir une fureur sombre omniprésente tout au long de la lecture. Le côté malsain est permanent et ressort à travers un découpage développant à souhait l'importance de la noirceur au regard de l'auteur. Les multiples traits de construction imprègnent d'autant plus cet univers de son côté horrifique que Nihei en rajoute une couche par des demi-pages flamboyantes de grandeur.

Abara montre ce que Tsutomu Nihei sait faire de mieux : créer un univers hors du temps et horrifique mettant à mal la classe humaine. Noir et inquiétant, le manga saura trouver son public chez des fans déjà avertis, chose que Glénat a bien compris. Ce sera aussi l'occasion de (re)découvrir les oeuvres précédentes de l'auteur...