La nature humaine possède plusieurs défauts mais par-dessus tout elle est menteuse. Le mensonge fonctionne à plein régime pour des énormités ou pour un rien, pour limiter des conséquences, garder un secret ou enjoliver la réalité. Homme, femme, enfant... tous ont eu recours au procédé si bien qu'il en est devenu banalisé. Mentir n'est pas un crime, c'est une profonde habitude ancrée dans notre culture si bien que pour désigner notre société, certains parlent de « société du mensonge ». Alors le mensonge est-il un vice incontrôlable ? Faudrait-il revenir à plus de vérité envers les autres et de transparence vis-à-vis de nous-mêmes ? Réponse classique : « oui, je vais essayer » (et encore un mensonge) mais sachez que d'autres donneraient tout pour arriver à garder un secret, c'est le principe de Transparent de Makoto Sato...
Comme dans un livre ouvert

TransaprentOn dit qu'Einstein en aurait été un. Seul un être sur dix millions est affecté par cet état. A leur insu, les Transparents communiquent leurs moindres pensées aux personnes environnantes. L'inconscience de leur sort est une opportunité que les autorités se doivent de préserver, c'est d'ailleurs la fonction du bureau de surveillance des Transparents. Il est d'autant plus important de les préserver car ils naissent irrémédiablement géniaux et représentent donc un investissement déterminant pour les gouvernements du monde entier. Au Japon, ils sont six et vivent presque librement mais six, c'est déjà beaucoup car tout le monde autour d'eux est un danger potentiel. Car s'ils apprenaient leur état, leur vie serait ruinée. Plus d'intimité, plus de secrets, tout d'eux serait apparent et par conséquent ils seraient totalement transparents aux regards des autres...
Au-delà de ce que les minis scénarii sont, Transparent propose l'histoire d'une société hypocrite qui masque ses problèmes derrière le voile du mensonge. Les chapitres montrent l'étendue des capacités de ces individus et par conséquent l'impuissance des individus normaux, une césure qui ne cesse de se creuser sans discontinuer. En se mettant à la place des Transparents, le lecteur se rend compte que le manque d'intimité personnelle est un grave manque, on tombe rapidement en affection devant les différents portraits de courageux personnages qui nous font face.
Si les premiers volumes proposent des situations cocasses, les suivants tombent dans le drame avec plus d'intensité et plus de force narrative. L'univers met un peu de temps à s'installer mais l'immersion se fait progressivement pour comprendre un univers contemporain pas si simple qu'il n'y parait. En effet, car c'est de cela qu'il est question : apparence et transparence. Transparent ou non, l'ensemble des personnages joue sur les non-dits et les approximations. La preuve la plus flagrante est le couple Nishiyama/Komatsu composé d'un transparent qui ignore que sa petite amie est chargée de veiller à ce que son état actuel soit conservé. Parfois brillant, parfois lourd, tous les scénarii ne se valent pas mais contribuent à nous donner différents éléments de compréhension sur ces génies.
Six destins d'exception
Le point le plus marquant de Transparent est de réussir à montrer des personnages bourrés d'humanité et dont les plus grandes capacités sont de penser et d'anticiper, ainsi le lecteur ne devine que rarement vers quels thèmes les chapitres l'emmène. Globalement, le manga reste assez simple d'accès même si certains développements deviennent tortueux. Chaque destin des six Transparents que Makoto Sato nous fait suivre se révèle unique en son genre et débordant d'émotion si bien que la limite du sentimalisme est souvent approchée.
Les chutes des chapitres sont teintées de tous les sentiments : mélancolie, tristesse et plus rarement rire. Transparent est bien pensé mais pas toujours très cohérent, les réflexions sont extrêmement bien pensées mais elles sont beaucoup moins bien mises en scène, on a l'impression de tomber dans un sous-Truman Show. Le bureau de surveillance utilise des moyens tyranniques pour se faire respecter et pas toujours très orthodoxes, au point que certaines situations apparaissent totalement absurdes.
Sans être fantastique ni repoussant, le dessin est particulier mais il reste tout de même largement déficitaire devant son manque de précision et de nombreuses petites erreurs. L'impression première est que Makoto Sato ne se force pas à améliorer son trait au fil des volumes mais après réflexion, il impose le style nécessaire à décrire un monde qui se ment à et donc pas très sur de lui-même. Hésitant parfois mais relativement précis dans l'ensemble, le dessin du mangaka peut laisser circonspect (ce fut mon cas à la première lecture) mais l'impression voulue de froideur apparaît petit à petit. Résultat : Sato est tout de même bien meilleur narrateur que dessinateur.
Un manga proposant une idée de départ originale mais qui s'embourbe quelques fois dans ses travers, Transparent reste un succès inattendu qui a connu des déclinaisons en OAV et en film. Au final, on retiendra un manga bouleversant mais qui peine par la qualité de certaines histoires à se trouver une identité. Pour autant, Transparent mérite au moins un coup d'oeil. Reste une seule question : et si c'était vrai ?
juro []

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