Réalisé et scénarisé par le très polyvalent Tatsuo Sato, qui a oeuvré auparavant aussi bien en tant que producteur (Azumanga Daioh, bien), scénariste (Kono minikukumo utsukushii sekai, assez bien), storyboarder (Paranoia Agent, Strawberry Marshmallow, bien) et enfin réalisateur (Stellvia, moyen, Ninja Scroll - la série - pas bien du tout !), Tokyo Tribe 2 (mais pourquoi 2 me demanderez-vous ?) est adapté du manga Tokyo Tribes (ah, ça doit faire office de Tokyo Tribe 1 ça apparemment...) de Santa Inoue, qui a connu un certain succès chez les jeunes fans de culture hip-hop du côté du pays du soleil levant. Une série très atypique, très moderne, qui marie violence et drame en s'inspirant de la fascination vouée par les jeunes japonais au gangsta rap américain, avec tout ce qu'il véhicule comme images de violence gratuite, de combats de rue et de gunfights nonsensiques. Des effets exploités à outrance dans Tokyo Tribe 2, anime qui mélange allégrement ces influences occidentales aux particularités culturelles de la société japonaise. Un cocktail explosif produit par le studio Madhouse (Death Note, Nana, Ninja Scroll, Paprika, il y en a pour tous les goûts).
Le récit s'ouvre sur le personnage de

Kai et ses potes les Saru (c) beez Kai, jeune paumé qui a perdu son boulot et passe ses journées à jouer aux jeux vidéos et à écouter de la musique, et ses nuits à traîner avec ses potes du gang des Saru de Musashino. Après la disparition inopinée de deux de leurs membres partis faire la fête dans un club étrange, Kai, Hashim et le petit nouveau Hajime suivent leur piste et tentent de retrouver le gang responsable de leur mort. Ayant appris qu'ils ont été retrouvés pendus dans le quartier de Shibuya, la piste les ménera sur le territoire des Wu-Ronz, un gang mené par l'impitoyable Mera, un ancien camarade de Kai. Bien décidés à se venger du sort réservé à leurs camarades et provoqués une nouvelle fois par les Wu-Ronz de Mera, Kai et les Saru vont se livrer à une véritable guerre de gangs dans toute la ville !
Gangsta design
Tokyo Tribe 2 affiche d'emblée un style unique qui se construit autour de deux outils : les graphismes et la musique. Commencons par les graphismes, qui disposent d'un traitement totalement inégal, avec d'un côté des images superbes, novatrices, témoignant d'un équilibre très travaillé entre dessin et images de synthèse avec pour résultat un choc visuel impressionnant, qui donne le tournis tant les plans sont audacieux (tout s'enchaîne à plein tubes entre gros plans, angles impossibles et mouvements de caméras dingues, tout ça pour dire qu'on utilise pas assez souvent le potentiel infini de l'animation dans un anime, et que Tatsuo Sato repousse les limites du grand n'importe quoi jouissif pour notre plus grand plaisir), dynamiques, et inventifs ; et de l'autre côté un character

Mera et son gros katana. Terrifiant ! (c) beez design et une animation trop souvent indignes, avec des images disproportionnées (que le style de l'anime soit volontairement "too much" et que les corps disproportionnés soient de mise d'accord, mais là ce sont des plans entiers qui sont mal mis en perspective, et ça fait moche voire brouillon), des visages dans leur grande majorité inexpressifs (les héros aux trop grosses lèvres et trop gros sourcils ont l'air hagard et idiot avec leur bouche ouverte) à cause d'une animation très pauvre au niveau des détails. Par contre on peut souligner le bon travail effectué sur les ombres et les regards, seuls véritables points forts du character design de Masahiro Emoto, qui n'est pas habitué à ce poste (il a travaillé sur des projets de premier plan tels que les films Ghost in the Shell, Jin-Roh et Millenium Actress et les séries Gokusen et Serial Experiments Lain, mais à l'animation).
Le manque de crédibilité basique étant maintenant établi dans son ambivalence (volontaire d'un côté pour le côté radicalement déjanté de l'anime et involontaire de l'autre pour les maladresses graphiques évidentes), passons à ce qui mettra tout le monde d'accord : les décors et la castagne. Tout d'abord les décors, réussis, sont primordiaux dans l'atmosphère de Tokyo Tribe 2. Ambiance exclusivement urbaine oblige, les extérieurs montrent à la fois les ombres grises d'une cité bétonnée et bitumée et les couleurs flashy des innombrables néons des enseignes et autres lampadaires qui caractérisent la cité tokyoïte, le tout baignant dans une sorte de lumière (tantot verdâtre, mauve ou rose, le jeu sur les tonalités de couleurs est très original) floue et pesante qui enveloppe les personnages comme un halo (symbolique du destin des jeunes citadins qui ne pourront jamais échapper à l'emprise de la ville ? ou qui vivent en parfaite harmonie avec le violence de la société moderne ?). Le quotidien des gangs se déroulant bien entendu de nuit, les arrière-plans montrent des immeubles élancés, écrasants et des rues sombres, déshumanisées, une cité qui représente tout l'univers des loubards qui s'en disputent le contrôle. Les intérieurs sont quand à eux très colorés, lumineux, propices à toutes les folies et distorsions de la réalité modernisantes : on a ainsi droit à des scènes psychédéliques (le couloir rempli de tétons synthétiques !) oscillant constamment entre imagerie virtuelle démonstrative et déchéance urbaine caricaturale. Pour résumer, ce qui nuit à la qualité et à la crédibilité de l'univers visuel de Tokyo Tribe 2, vous l'aurez compris, ce n'est pas sa tendance à en faire trop, car la richesse et l'originalité de ses partis pris ambitieux et "jusqu'au boutistes" est agréablement surprenante, son grand défaut c'est de ne pas avoir les moyens de ces ambitions.
Gangsta sound
A tout cet univers graphique hors du commun il faut ajouter une bande son omniprésente, composée de rap et de hip hop tantôt bourrin et destructeur et de percussions envoûtantes dans les scènes d'action, laissant la place à de simples beats discrets et funky mais imposant un rythme constant lors des dialogues. Le résultat est sans conteste le meilleur atout de l'anime, qui prend forme au sein de cette ambiance sonore envoûtante, autour d'artistes incontournables de la scène hip-hop : Twigy, De la Soul, Ghostface Killah (du Wu-Tang clan), Just Blaze, et le bon générique français Sur le Fil signé par le groupe Crooz, même si on n'aurait pas boudé le plaisir d'écouter l'opening original Top of Tokyo par le groupe nippon Illmatic Buddha Mc's, heureusement disponible dans les bonus du volume 3 et de l'intégrale (merci Beez).
Gangsta city
Découvrez l'envers du décor de Tokyo, la cité tentaculaire qui a aussi ses quartiers chauds ! Tokyo Tribe 2 prend le parti de nous faire vivre le quotidien d'une jeunesse désabusée qui trouve une échappatoire dans la musique et les jeux vidéos : la série s'ouvre sur des images de Grand Theft Auto, le jeu vidéo violemment jouissif et permissif par excellence, dans lequel tout est permis donc pour se faire du fric et prendre le pouvoir dans les rues, vous l'aurez compris, ce n'est pas un hasard, on est vraiment pas loin du principe de Tokyo Tribe 2. Difficile à dire avec cet anime si on est en présence d'une caricature (peut-être dans certains aspects) ou d'une série qui se prend au sérieux (pas complètement non plus, du moins on l'espère), en tout cas Tokyo Tribe 2 fait dans l'éxagération sans sourciller, s'appliquant à foncer dans le tas et montrer des skinheads qui se défoncent le crâne à coups de battes de baseball, s'exposant aux clichés en toute franchise. En effet on ne peut qu'adopter un sourire narquois de circonstance devant l'aspect pathétique des pe

Galileo dans ses oeuvres. Fracassant ! (c) beezrsonnages, pour la plupart des abrutis finis (ce qui nous semble réaliste au vu du sujet), néanmoins le sourire s'efface vite au fil des épisodes, devant la dure réalité qui s'annonce : il ne se passe quasiment rien !
Mélant deux histoires qui s'entrecroisent, avec d'une part une typique guerre des gangs entre les Saru de Musashino, Wu-ronz de Bukuro et Hands de Shinjuku, et d'autre part un récit plus introspectif, plus personnel, opposant les deux frères ennemis Kai et Mera dans une lutte sans merci à cause de leurs passé trouble (deux amis qui se battent pour une fille, un pitch éprouvé mais pas inintéressant), le scénario de Tokyo Tribe 2 a du mal à prendre de l'ampleur, entâché par un manque de rythme narratif et des dialogues assez pathétiques.
Et pourtant, malgré un discours parfois trop simple dans la narration principale, Tokyo Tribe 2 arrive à nous surprendre en parallèle par ses critiques discrètes de la société de consommation japonaise (par exemple, alors qu'un combat se déroule en pleine rue commercante, les badauds ne trouvent rien d'autre à faire que de profiter du spectacle et prennent même des photos avec leur téléphone portable, preuve du voyeurisme de la culture japonaise moderne qui ne voit les actes de ces voyous que comme une banalité voire une fatalité).
Car violence, sexe et hip-hop sont au rendez-vous de Tokyo Tribe 2, un anime "Réservé à un public averti" (comme le dit le boîtier du DVD et il a raison) à ne pas montrer aux plus jeunes donc, pour ses affrontements sanglants (on ne va pas dire gores car le sang n'a aucune vocation à être réaliste) et ses quelques scènes érotiques assez osées.
Mais au final, bien qu'on n'ait pas le temps de s'ennuyer devant Tokyo Tribe 2, qui distribue une bonne dose d'action et d'émotion à chaque épisode, plus on avance dans la série et plus on est déçus par un certain nombre d'invraisemblances, d'imperfections et de fautes techniques. Tokyo Tribe 2 est donc à voir au moins pour sa bande son excellente (donc à écouter plutôt) et pour quelques moments bien funs, mais si vous aimez le genre petits voyous, n'hésitez pas à lui préferer des comédies de baston du style de Gokusen ou Enfer et Paradis, bien plus malines.
A souligner enfin que l'édition DVD sorti par Beez dispose de bonus intéressants, dont l'épisode 1 version uncut et un clip video (une compilation d'images et de dessins tirés de Tokyo Tribe 2, en gros une sorte de trailer) du générique français Sur le fil, enregistré pour l'adaptation française de la série.
Kurono-kun []

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