Après le succès du jeu vidéo très populaire sorti en 1995 au Japon, la maison mère et une des reines du genre Namco décide de faire presque 10 ans plus tard de Tales of Phantasia une mini-série de 4 OAV. On pourrait penser que c'est un pari risqué pour les producteurs qui réduisent automatiquement leur public à une poignée d'initiés, mais l'ambition visuelle d'une telle entreprise dénote la volonté de leur part de s'ouvrir à un public plus conséquent, en surfant sur la vague de succès du genre RPG en pleine explosion ces dernières années. La couleur est en effet annoncée d'entrée de jeu, le sérieux est de mise dans cette grande aventure, car on nous assène une citation d'Edward O. Morrison : "Si le mal est vraiment en ce monde, il est dans le coeur des hommes".
L'histoire retrace dans les grandes lignes celle du jeu vidéo originel : deux adolescents, Cless Alvein et Mint Adnade, sont renvoyés cent ans en arrière pour vaincre le sorcier maléfique Dhaos, que leurs parents avaient scellé des dizaines d'années plus tôt par magie pour l'empêcher de nuire. Mais celui-ci a été libéré et ils doivent retourner en arrière pour réparer les dégâts et repousser sa tentative de conquête du royaume d'Aselia et de son arbre de Mana. Nos deux héros vont devoir requérir l'aide de compagnons pour ramener la paix dans l'espace et le temps...
Nul besoin de se poser de questions pour savoir si cet OAV a bien un lien avec le jeu vidéo, le réalisateur répond à votre place dans l'introduction... fiers de ses origines, Tales of Phantasia débute par une présentation en règle des personnages dans le plus pur style RPG, avec les graphismes un peu désuets de la GBA qui vont avec, pour continuer ensuite carrèment par un incipit fait à base d'images du jeu mises telles quelles, agrémentées de sous-titres tentant d'expliquer à la louche les origines de l'histoire. Je dis bien "tentant d'expliquer" car pour ceux qui ne connaissent pas le jeu, c'est trop rapide et trop vaguement résumé pour être compréhensible.
Les gamers seront eux, pour leur part, immédiatement bien replongés dans l'ambiance du jeu et ressentiront une agréable nostalgie en revoyant ces "vieux" graphismes.
3 minutes plus tard, l'anime commence enfin, et là on n'est pas déçus du voyage. Les graphismes sont de très bonne qualité, le character design est indéniablement réussi et plaisant malgré sa simplicité, avec des dessins remplis d'un mélange de "jeunisme" et de l'influence certaine du jeu vidéo, bref un univers visuel identifiable très rapidement par tous les fans de RPG et d'heroic fantasy en général, coloré et fantastique, avec une pointe d'ombre signe du manichéisme ambiant et inhérent au genre. Un environnement visuel donc très riche et attrayant, très facilement adopté par le spectateur dès les premières images.
Cette entrée en matière nous ravit, car à l'instar d'animes d'heroic fantasy médiévale tels que Berserk ou les Chroniques de la Guerre de Lodoss, on est intégré, plongé dans un univers à part, merveilleux et dépaysant, rempli de ces monstres, sorcières et chimères qui peuplent nos adolescences.
En quête d'un peu de fantaisie
La trame de la narration reste ultra classique pour un RPG d'heroic fantasy, en dehors de la petite pointe d'innovation scénaristique apportée par les voyages dans le temps, pas toujours bien maîtrisés, et le manichéisme est de mise à chaque révélation ou rebondissement : les personnages sont ultra-stéréotypés (par exemple le comportement pathétique de la guérisseuse "Barbie-style" trop belle et trop timide pour être crédible, dénuée de la moindre once de personnalité...), les vilains sont sombres et ténébreux, par opposition aux héros intouchables qui sont auréolés de pureté et d'innocence. On a le droit sans concession à tous les poncifs du genre, tout pour occasionner des morceaux de bravoure, un jeune héros qui se recherche, des bons sentiments et de jolis elfes kawaïï, bref tout un univers de féérie qu'on aurait aimé mieux exploité et plus profond.
On retrouve quelques similitudes avec des jeux comme Final Fantasy ou Breath of Fire, les sommets du genre, avec entre autre le style coutumier du héros ou du méchant, ou encore les pouvoirs magiques calqués sur les scènes de combat typiques d'un jeu vidéo au tour par tour. Un bon point d'ailleurs pour ces scènes d'explosion ou de magie, qui sont souvent spectaculaires et relancent une attention parfois trop dispersée par certains moments un peu trop contemplatifs.
On ne risque jamais d'oublier que Tales of Phantasia est bien un jeu vidéo à l'origine. Les morceaux de bravoure s'enchaînent à la même vitesse que les scènes d'action, au point qu'on en finit par oublier la pauvreté des dialogues et le cruel manque de réactivité des personnages pour se concentrer sur le (petit) déluge de lyrisme visuel et profiter du spectacle en se laissant porter par la magie (la magitechnologie pour être vraiment exact), toutefois on reste loin de l'exotisme exaltant d'un Vision d'Escaflowne par exemple.
A notre grand désarroi la musique est jolie mais passe un peu inaperçue dans les moments clés alors qu'elle aurait pu donner de la substance à cet OAV, lui apporter une sincerité et de la plénitude dans son expression (quelques exceptions et réussites tout de même avec le générique d'introduction, superbe) et faire passer le courant entre les scènes, mais ce n'est pas le cas et on s'ennuie un tout petit peu devant cette histoire trop elliptique, et on voit petit à petit le charme de cet OAV s'affaisser, dans un format trop court pour bien s'exprimer. Ce qu'il manque aussi à Tales of Phantasia pour vraiment s'imposer, c'est un peu de non-conformisme, de la singularité dans le style et surtout du caractère...
Bilan : un visuel très efficace, mais une série trop courte qui ne prend pas la peine d'installer les bases de son scénario, les personnages restent donc trop creux et on ressent une certaine distance avec le fond, un manque d'imagination et d'empathie envers nos héros, une identification qui aurait dû être une priorité dans la création de cet OAV, plutôt que de se contenter de nous gaver de plans qui rapêllent très fortement le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson.
Morale : Tales of Phantasia contient un récit qui sait se montrer passionnant quand on arrive à le cerner, mais rappelons qu'il est toujours aussi difficile de raconter une histoire de voyage dans le temps sans perdre le spectateur en route, alors ne soyons pas trop exigeants et jouissons avec appétance de cet OAV de bonne facture.
Kurono-kun []

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