Le Dit du Genji de Murasaki Shibiku, est une oeuvre japonaise du XIème siècle qui s'est hissé au rang des classiques du genre. Elle raconte les aventures amoureuses du prince Hikaru qui, pour des raisons compliquées, accède au titre de "Genji", ce titre même est accordé aux enfants de l'empereur qui ne peuvent prétendre au trône. La lecture de ce livre nécessite de pleinement s'immerger dans cette histoire dantesque comptant pas moins de mille pages, comptant l'histoire sur plusieurs décennies et présentant une palette de deux cents personnages.

Sous un rayon de luneNon, non, vous ne vous êtes pas trompés, vous êtes bien dans la rubrique manga de Krinein. Seulement, pour présenter le manga Sous un Rayon de Lune, offrir un résumé très succinct de l'oeuvre à laquelle le titre fait référence apparaît nécessaire. L'auteur s'est donc inspiré de ce récit épique comptant les aventures troubles et passionnelles du prince Hikaru Genji. "Inspiré", car on peut difficilement affirmer que l'auteur reste en tout point fidèle au célèbre classique japonais. Mais la référence est bien là même si la subtilité est plus difficile à saisir pour nous dont l'oeuvre reste inconnue, contrairement aux japonais qui ont pour la plupart étudié le fameux livre durant leurs études.
C'est donc après un chapitre entier dédié à l'enfance et à l'adolescence du prince Hikaru que nous découvrons le jeune Hadzuki, lycéen de dix-sept ans ne s'intéressant ni au lycée ni aux filles. Enfin, pour les filles c'est du moins ce qu'il prétend. Il refuse toute proposition avec froideur pour la simple et bonne raison... qu'il ne peut s'empêcher de trembler au contact d'une fille. Cet handicap ne l'aide certes pas à nouer des liens avec l'autre sexe et c'est pour cela qu'Hadzuki adopte une attitude je-m'en-foutiste afin de préserver son secret. Seulement, l'arrivée d'une nouvelle lycéenne va chambouler encore plus son quotidien. Très vite, ses sentiments pour la jolie Shû vont s'emballer de manière irrationnelle. Premier amour ou conséquence d'une réincarnation ? Ce qu'Hadzuki et Shû ignorent, c'est qu'ils sont respectivement les réincarnations de Hikaru Genji et de son épouse officielle, Murasaki. Mais les douleurs du passé viennent troubler les adolescents et il est bien difficile de s'en débarrasser. Ainsi, chacun à leur tour, Shû et Hadzuki vont se déchirer et subir les émotions de leur personnalité d'autrefois allant même jusqu'à se faire dominer par leur passé commun et à en être les victimes.
Malgré une trame intéressante basée sur le célèbre thème de la réincarnation, Ako Shimaki n'arrive pas à tirer son épingle du jeu. Le dessin très shojesque n'est d'ailleurs pas le coupable. Il est très agréable, fin et soigné. L'auteur arrive parfaitement à dessiner les personnages du Japon d'antan et ceux d'aujourd'hui. Mais malgré un premier chapitre magnifique en tout point, centré sur le prince Hikaru principalement, peu à peu l'histoire dégringole. Le rythme devient extrêmement dur à suivre, c'est la première fois que je me retrouve perdue au point de devoir relire plusieurs fois le même passage pour me recadrer dans l'histoire. L'action est particulièrement mal rythmée et les situations s'enchaînent de manière incohérente. À un tel point que l'auteur en oublie même de nous donner le prénom de son héroïne durant plusieurs dizaines de pages. La présentation entre parfaits inconnus est pourtant une étape obligée dans une histoire et d'autant plus dans la culture japonaise. Bizarrement, Shû sait parfaitement le prénom de Hadzuki mais on ne sait trop comment elle l'a appris. Ce n'est qu'un détail me direz-vous mais tout de même significatif. Tout ça pour souligner le fait que l'auteur elle-même s'emmêle dans cette histoire de réincarnations au point d'en oublier l'essentiel. Les passages alternant moment du présent et moment du passé sont habilement présentés artistiquement parlant et même si cela déroute au début on finit par s'y habituer. Le problème majeur réside plutôt dans l'évolution trop rapide et le rapprochement brusque et sans préambule de Shû et Hadzuki. L'auteur voulait sûrement donner un côté intense aux différents sentiments de ses deux protagonistes, résultat, tout va trop vite et l'action s'enlise plus qu'autre chose. Il y a de quoi déplorer les mangas où la lenteur nous donne envie de bailler mais ce n'est pas mieux lorsque le rythme vous donne mal à la tête. La cohérence est pratiquement absente, d'autant plus que l'auteur ne se perd pas en explications. Bref, d'habitude je suis consciencieuse et je finis toujours un manga que j'ai commencé mais au bout de deux tomes, j'ai définitivement décroché malgré ma ténacité. Une première.
Une touche finale vient tout de même descendre encore plus la qualité de ce manga. Et cette gentille attention, on la doit à J'ai Lu qui ne brille vraiment pas par son professionnalisme. Allons-y franchement et sans détours. La traduction est grotesque et sans avoir la version originale sous les yeux, les erreurs sont facilement repérables, d'autant plus si l'on a quelques notions de japonais. Il n'y a aucune adaptation et les expressions japonaises sont traduites dans un sens approximatif, relevant plus du mot à mot que de l'adaptation pour rendre le contexte cohérent. Même si on peut noter une volonté de bien faire, en transcrivant le prénom du héros en Hadzuki (et non Hazuki) pour aider à la prononciation, c'est la seule initiative qui soit louable. Nous avons certes le droit à un lexique au début de l'oeuvre mais il est cruellement incomplet. Mais ne nous arrêtons pas à la traduction. J'ai Lu fait encore plus fort en tronquant largement le volume et le bord des pages s'en retrouve bien souvent complètement massacré, coupant bien sûr le dessin et les bulles au passage. Quant à l'édition générale et la mise en forme, c'est tout simplement déplorable. On a parfois toutes les difficultés à différencier les pensées des personnages des petits commentaires hors bulle. Originellement rajoutés à la main par les mangakas, les éditeurs français avaient pour coutume de les remplacer par une police de caractère donnant une impression manuscrite. Mais J'ai Lu ne va pas s'embêter de ces futiles subtilités et la police utilisée tout au long du volume est strictement la même, quel que soit le contexte. Ce qui avouons-le, n'aide franchement pas à la lecture. Le seul aspect soigné de cette édition est la couverture agréable et plutôt fidèle à l'original.
Malgré un potentiel évident, Sous un Rayon de Lune déçoit. Néanmoins sa lecture m'a donné envie de me pencher sur l'oeuvre originale dont Aka Shimaki s'est inspiré, à savoir Le Dit du Genji. La traduction du manga, elle, m'a grandement rassuré sur mes connaissances en japonais que je pensais désastreuses. Ce n'était certes pas le but de l'oeuvre présentée ici. Effectivement. Pourtant, malgré un travail bâclé à de nombreux points de vue, il ne fait aucun doute qu'une fois de plus, de nombreux lecteurs s'en régaleront. Comme quoi...
aonako []

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