Statistiquement parlant, il n'y que très peu de chances qu'un manga du nom de Slam Dunk ne traite pas de basket. Même les plus décrépits d'entre vous savent que ce terme désigne l'action d'enfoncer à deux mains le ballon dans le panier de basket. Il s'agit d'une technique assez ardue, que seuls les professionnels peuvent se permettre en plein match.

Slam DunkSlam Dunk est donc un shônen parlant de basket. La belle affaire, me direz-vous. Pourtant, ce n'est pas comme ça que le voyaient les éditeurs du tout jeune Takehiko Inoue lorsqu'en 1991 il arriva en frappant sur leur bureau pour imposer son idée. Le basket était alors un sport peu populaire au japon, et le jeune Inoue choisissait un sujet bien ardu pour faire ses preuves. Aujourd'hui, il les a très largement faites : il est l'un des trois seuls mangakas à avoir vendu plus d'un million d'exemplaires, et la qualité de ses séries (Vagabond pour n'en citer qu'une) est aujourd'hui appréciée par un public interplanétaire. Slam Dunk reste sa série fétiche, si ce n'est sa meilleure, et l'on se complait à penser qu'elle est l'une des principales raisons de la montée en flèche de la pratique du basket chez les jeunes nippons sur les dix dernières années.
Sakuragi est un rebelle, vivant sa petite vie de rebelle avec ses amis rebelles, réputé pour son goût de la baston et surtout sa malchance presque mythique avec les filles. Tout change le jour où il rencontre Haruko Akagi. La ravissante soeur de Takenori Akagi, capitaine de l'équipe de basket du lycée Shohoku ne passe pas inaperçue aux yeux de notre héros : c'est le coup de foudre immédiat. Malheureusement pour Sakuragi, la passion n'est, une fois de plus, pas réciproque. Il s'inscrit alors dans le club de basket afin de plaire à Haruko, grande fan de ce sport et folle amoureuse de Kaede Rukawa, lui-même, talentueux basketteur. Ainsi se forme un triangle amoureux pas spécialement original, et de toute façon simple prétexte pour démarrer l'histoire, puisque l'auteur l'envoie balader au bout de cinq volumes, juste ce qu'il faut pour un minimum de cohérence.
Car il s'agit de ne pas se méprendre : le seul et unique sujet de Slam Dunk, c'est le basket, et rien que le basket. On sent la plume passionnée de Takehiko Inoue s'agiter notamment dans les matchs, où une action peut prendre plus d'une cinquantaine de pages et où dix minutes peuvent s'étendre sur un volume entier. Nul besoin d'être amateur de basket pour se sentir transporté dans l'action. Ancien assistant de Tsukasa Hojô, Inoue montre qu'il n'est pas un amateur en ce qui concerne la mise en scène, et soigne son tout particulièrement son découpage de planches. Au final, cela donne des matchs réalistes, tendus et diablement intéressants à suivre.
Peut-être l'auteur pousse parfois le bouchon un peu loin, quand par exemple un match de 40 minutes s'étend sur plus de 7 volumes (soit une moyenne de 6 minutes par volume), mais il n'empêche que la tension ne faiblit jamais, et qu'avec une telle atmosphère tout au long des affrontements, Inoue nous sert une véritable leçon de mise en scène.
Le découpage est une chose. La crédibilité des personnages en est une autre. Encore faut-il que ces derniers soient intéressants pour que le lecteur daigne s'intéresser à leurs aventures. Vous l'aurez deviné, la réussite est au rendez-vous. En plus du personnage de Sakuragi, qui est un pilier du manga, et sur lequel nous reviendrons, les quatre autres joueurs titulaires possèdent leurs caractères propres, au point que le lecteur arrive à se passionner pour eux et pour l'équipe qu'ils forment ensemble. Les équipes adverses, les entraîneurs, même certains remplaçants, d'autres personnages peuplent le monde de Slam Dunk, et chacun possède un petit quelque chose le rendant crédible. Inoue préfère s'entourer de protagonistes définis plutôt que d'une foule de personnages sans vie, ce qui est tout à son honneur.
Inoue n'hésite pas à tourner ses héros en dérision, comme en témoignent les petites caricatures en fin de chapitres, et l'humour est aussi un point essentiel du manga. A ce niveau, Sakuragi joue un rôle important, par son aspect de jeune débutant plein de hargne et d'arrogance. Son petit coté rebelle prend un aspect délirant, surtout pendant les matchs, où dans un premier temps il aura tendance à régler les conflits à coups de boule. Puis, peu à peu, il sera pénétré par le noble esprit du sport, sans pour autant devenir un joueur invincible. Slam Dunk reste un manga réaliste du début à la fin.
Un manga réaliste, mais aussi d'une beauté graphique époustouflante. Ne vous fiez pas aux dessins des premiers volumes, qui ne font pas honneur à la série. Les matchs, surtout, sont dessinés avec un tel soin qu'on ne peut qu'être ébahis par ce que l'on voit. Inoue montre qu'il est un auteur qui s'attache avant tout à l'esthétique de ses oeuvres, ce que l'on retrouvera dans Vagabond.
Surprenant, divertissant, sublime, Slam Dunk est une oeuvre qui vous passsionnera, que vous aimiez le basket ou non. Il s'agit tout simplement d'un manga incontournable, dont les 31 volumes ne feront que vous donner envie d'en lire plus.
Jade []

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