Avant de faire Cinderella et Hansel et Gretel, deux relectures pour le moins particulières de contes, Junko Mizuno avait commencé sa carrière de dessinatrice et scénariste en illustrant des CDs de techno (pour les curieux, il s'agit de ceux d'Avex Trax). Pour chaque livret de disque, elle a réalisé un chapitre d'une histoire, chapitres qui ont plus tard été rassemblés en un livre : Pure Trance. Ce manga a été sa première oeuvre édité au japon, deux ans avant Hansel et Gretel.
A la fin de la dernière guerre mondiale (mais on ne sait pas laquelle), la planète a terminé dans un état lamentable. Entre les mutations provoquées par les radiations et l'état des infrastructures, l'humanité a préféré se réfugier en sous-sol, et d'y créer tout un nouveau monde. Un monde pas si différent de celui que nous connaissons, si ce n'est que la nourriture a été remplacée par des pillules de "pure trance". Malheureusement, ces pillules peuvent avoir des effets secondaires très néfastes, voire mortels. Sans compter les soucis que cela cause aux mères enceintes.

Pure TranceL'histoire débute dans une clinique où l'on traite des patients souffrant de troubles dus aux pillules de Pure Trance. On y fait connaissance avec Kaori, une infirmière dévouée qui fait son possible pour alléger les souffrances des malades, et avec Keiko, la directrice du centre, qui se "shoote" avec les médicaments, privant ainsi les malades des substances qui leur permettrait de survivre dans de meilleures conditions.
Pure Trance est un manga de science fiction particulièrement noir. On y croise toutes les perversités possibles et imaginables (ou presque). Drogues, violence, sadisme, rien ne nous est épargné. On pourrait penser que le monde décrit n'est qu'un concentré de cruauté, mais il n'en est rien. Car en dehors de la directrice et de quelques personnages, les gens sont normaux et tentent tout simplement de vivre du mieux qu'ils le peuvent.
Par contre, on peut remaquer quelques choses pour le moins étranges, au premier rang desquelles on trouve l'absence quasi-totale des hommes. On ne croise que deux hommes pendant les 200 pages du volume. L'un est un simplet, l'autre un porc libidineux, couard et corrompu. On trouve ici le contre-pied total de Tintin dans lequel les rares femmes sont niaises, laides, et ne sont qu'un poids pour le héros. Faut-il en conclure qu'un discours féministe se tient derrière de manga ? Rien n'est moins sûr, car les personnages évoluent comme si les hommes n'avait jamais été là. Le sexe est curieusement absent de ce manga, à part comme perversion de la part des hommes, alors qu'au milieu de ce monde violent et cruel, ce thème aurait été introduit tout naturellement.
Pas de sexe donc, mais une nudité omniprésente, qu'elle soit totale ou partielle. Il n'y a rien d'érotique la dedans, et on pense bien plus à la nudité des enfants qu'à celle d'un quelconque manga hentaï.
Cet aspect vient sans doute du dessin. Si vous avez pu lire les autres oeuvres de Junko Mizuno, vous savez de quoi il en retourne. Si ce n'est pas le cas, essayez d'imaginer l'incarnation du rêve kawaï. Le graphisme est tout en rondeur, avec des grands yeux, très peu de détails, des chevelures improbables, et des tenues vestimentaires qui explosent le kawaï-factor-mètre. Le décalage avec l'univers est immédiat et est pour beaucoup dans la "lisibilité" (au sens de moralement soutenable, pas de techniquement lisible) de ce manga. Un dessin net et précis, ou bien fait par un ex-dessinateur de manga hentaï (comme c'est le cas pour Hellsing) aurait fait rentrer ce manga dans la catégorie "pour dégénérés psychopates". Il reste heureusement dans celle pour adultes, et sera de toute façon considéré comme étant une chose abjecte et dégénérée par les associations bien pensantes.
Malheureusement, le peu de détail rend parfois la lecture difficile. Puisque le seul moyen (ou presque) de différencier les personnages est leur coupe de cheveux, distinguer les protagonistes les uns des autres se révèle parfois être une tache ardue.
D'un point de vue plus technique, Pure Trance n'est pas vraiment original. Le découpage des cases est d'une terrible banalité. Aucune image ne déborde du cadre initial, on ne trouve pas d'images qui s'étendent jusqu'au bord de la page, ni aucun des codes habituels que l'on trouve dans les mangas. Cela vient peut-être du découpage de la page. En plus de la zone de dessin carrée, on trouve une petite zone, en bas de la page qui contient des "trivias". Ce sont de petites annotations sur l'univers, qui touche vraiment à tout : de la description des formes de vie à la cravate du maire en passant par le nettoyage du parc. A chaque page, c'est un petit bout de l'univers qui est décortiqué, apportant ainsi des précisions amusantes, intéressantes ou parfois totalement inutiles.
Et la magnifique édition de IMHO sert parfaitement le manga. Il s'agit d'un grand format (20x26 cm), tout en papier cartonné. Le volume vaut sans aucun problème ses 15€. IMHO fait décidément du très bon travail de ce coté, en publiant des livres que l'on peut apprécier autant pour leur contenu que pour l'objet en lui même. Et que les puristes ne crient pas au scandale quand il verront que le livre est publié dans le sens occidental ! Cela vient tout simplement du fait qu'à la base, ces planches illustraient des CD, et que ces livrets sont toujours dans le sens occidental.
Kei []

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