On dispose de très peu d'informations sur cet obscur petit OAV de l'animation SF nippone sorti début 2006 et qui fut présenté en 2007 au Future Film Festival et au Festival international du Film Fantastique de Bruxelles. Cet OAV de 23 minutes produit et animé par le studio Rikka est dû à Yasuhiro Yoshiura, qui y cumule les postes de réalisateur et scénariste, et y interprète même la voix d'un des figurants, le collègue du héros (on ne le voit jamais, on ne l'entend que parler). Il n'a réalisé que peu de choses auparavant, dont un court de 9 minutes en 2002, Mizu no Kotoba, toujours accompagné du studio Rikka qui semble être un studio indépendant qui s'occupe de ses projets, très peu nombreux il faut l'avouer. Un film expérimental donc, dans le style des oeuvres de Makoto Shinkai (Hoshi no Koe, Kumo no mukou, Yakusoku no basho, et plus récemment 5 centimètres par seconde), qui partage le même investissement personnel et les mêmes thèmes contemplatifs et futuristes que Yasuhiro Yoshiura dans Pale Cocoon.
Dans un monde ultra futuriste, Ura, archiviste et analyste, travaille sur des images d'archives qui semblent dater de l'an 2000 environ, les dernières laissées après que la terre fût dévastée par une catastrophe naturelle. Il tombe alors par hasard sur un étrange fichier vidéo comportant du son, qu'il tente de restaurer. Il décide de le visionner en compagnie de sa collègue et amie Riko qui ne semble pas aussi enthousiasmée que lui par cet enregistrement. Mais Ura refuse d'abandonner et continue de déchiffrer ce message en-dehors des heures de travail. Peu à peu, il arrive à en tirer des mots comme "ciel", "océan", "pâle" et cocon", "je ne t'oublirai pas". Cet enregistrement qu'il va s'atteler à déchiffrer va réveiller en lui des questions qui vont changer sa vision de la réalité...
Pale Cocoon affiche d'emblée un univers visuel unique, avec un character design présentant des visages doux et éthérés, très peu détaillés, presque brumeux, tant les personnages sont réduits au rang d'ombres au sein de cette avalanche d'images de synthèses aux tonalité
Riko la rêveuse (c) dybexs grisâtres. Comme dans beaucoup de productions de ce genre, les visages sont peu mis en avant, défavorisés par rapport à l'abondance d'images de stynhèse qui les entourent, mais ils ne sont pas ratés loin de là, juste trop conceptuels, réduits à leur plus simple expression. Les décors sont bien entendu à l'opposé des corps, très détaillés, carrèment superbes en réalité, d'une pureté impressionnante. Ils nous montrent avec une précision redoutable la noirceur d'un univers aseptisé, composé d'ordinateurs, de livres et de câbles, un monde totalement déshumanisé, très vite oppressant par le sentiment de claustrophobie qu'il renvoie et par l'omniprésence de son atmosphère grise, d'une pâleur de mort.
L'animation est d'une précision et d'une perfection remarquable, tout semble couler naturellement, tous les mouvements sont d'une pureté qui nous émerveille, tout simplement, que ce soit ceux des êtres vivants ou bien les pages d'un livre informatique qui se tournent.
L'humain paraît totalement écrasé par la taille des écrans et la masse d'informations qui l'entourent, au point que son corps en est déformé à notre vue, 
les archives (c) dybexet ridiculement petit à comparés au décors : la gigantesque salle d'archives, l'escalier qui paraît sans fin et se perd dans les ténèbres, les plans, fixes ou d'une lenteur pesante, sont étudiés minutieusement pour augmenter cette impression d'écrasement, de l'insignifiance de l'être humain, par des angles de vue vertigineux, des perspectives étourdissantes. Les personnages avancent dans ce monde sans âme comme des fantômes sur un tapis roulant infini, prennent des ascenceurs interminables... une représentation très symbolique du futur, répondant aux codes d'une SF puriste : déshumanisation de la société, remplacement du paysage par le tout-technologique, où la machine devient l'environnement de l'homme, remplaçant toute trace de nature par l'invasion de sa modernité froide et métallique.
Les scènes qui se déroulent en "extérieur" (comprendre par là tout ce qui est en-dehors des archives) ne laissent découvrir que des arrière-plans noirs, sombres, sans horizon, le spectateur ne pouvant voir ce qui se cache au-delà de cette proximité rassurante, on ne peut y voir que la présence d'une sorte de neige lumineuse très lente, qui emplit tout l'écran. Ils vivent dans le sous-sol de la planète, et c'est le seul monde qu'ils connaissent depuis la catastrophe environnementale qui a rendu la surface invivable (une vision catastrophiste semblable à celle de l'Armée des douze singes de Terry Gilliam, dans laquelle les rares restes de l'humanité vit en sous-sol depuis une catastrophe similaire, mais en plus futuriste dans Pale Cocoon).
En accord avec l'univers graphique qui est créé, la musique composée par Tohru Okada est immersive, envoûtante, dès les premières secondes, et hante toutes les scènes contemplatives de l'OAV. Une musique atypique, utilisant à merveille toutes les possibilités d'un synthétiseur, parvenant à produire des sons graves angoissants et à les couvrir par de petites mélodies plus légères, pas désagréables mais un tantinet dérangeantes, comme si cette petite musique (surtout celle qui ressemble à de la cornemuse au début) sortait de nulle part et s'infiltrait dans notre esprit pour nous donner l'illusion d'une quelconque félicité alors que l'ambiance est toujours aussi sombre. Résultat, ces quelques petites notes sybillines allongées par un écho doucereux donnent beaucoup de force aux images, et nous bercent lentement. L'ensemble musical est bien maîtrisé, l'insertion de beats assez discrets mais efficaces dans les différents airs permet de donner un rythme intéréssant à cet OAV.
L'escalier qui monte, qui monte, qui monte...
Toute l'oeuvre est construite autour de l'escalier qui semble être le centre de toutes les symboliques du récit; il nous fait ressentir une impression de vertige, particulièrement lors de la montée d'Ura qui va y rejoindre Riko (qui s'allonge sur une plateforme située presque à son sommet pour se détendre), filmée de sorte à ce que le spectateur partage ce sentiment de vertige, avec une caméra subjective impressionnante qui donne la nausée. Un escalier difficile à monter pour des humains qui redoutent de découvrir les mystères cachés à la surface condamnée par la dégradation environnementale qui les a poussé à se réfugier so
Ura au travail (c) dybexus terre. Le personnage d'Ura est lui aussi inscrit dans cette centralité, ses pensées constituent quasiment l'unique discours du récit et son questionnement intérieur correspond à chaque étape de l'avancement de l'histoire, calquée sur les découvertes qu'il fait dans les archives. Bien qu'il ne soit très pas dynamique, Ura est un personnage profond, le réalisateur ayant pris le parti d'en faire un héros qui fait bouger les choses par la réflexion et non l'action brute. Malgré son immobilité quasi constante, son humanité transparaît dans son questionnement intérieur, dans sa curiosité, et dans son acte final, désespérèment humain.
De son côté, l'enregistrement non restauré est presque terrifiant à première vue, avec son image saccadée et ses bruits inquiétants et déchirants dûs à sa détérioration. Cela nous rappelle un peu la cassette de Ring, mais sans la volonté de faire peur, juste celle de nous clouer à notre siège, abasourdis, et de nous laisser dans l'ignorance le plus longtemps possible, afin de piquer notre curiosité et de nous faire espérer la révélation, le twist monstrueux inhérent à ce type d'oeuvre de SF qui veulent nous faire prendre conscience d'une terrible réalité, héritée des erreurs de notre présent, qu'on peut alors observer depuis un point de vue ultérieur, ce qui nous permet ainsi de prendre du recul et changer notre vision des choses, au travers d'une prise de conscience de notre propre réalité.

Un quotidien monotone (c) dybexDéterrer des anciennes archives et les analyser est pour les personnages la seule et unique manière de comprendre le passé, le fonctionnement de ce qu'ils appellent le premier monde qui semble avoir disparu dans ce futur hypothétique. Un parallèle est fait avec la symbolique du livre, qui semble inconnu sous la forme écrite dans le futur, mais qui joue toujours son rôle de stockage de données. Une symbolique tout à fait d'actualité avec la progression lente mais sûre de la disparition du livre au profit du support multimédia qui prend de plus en plus de place dans nos vies. Toutefois beaucoup d'entre eux, à l'instar de Riko ou du collègue d'Ura, souhaitent arrêter de fouiller dans les archives, car ils n'ont pas envie de croire en l'existence de ce passé, pensant que ce sont éventuellement des mensonges ou des choses qui ne sont jamais arrivées. On retrouve là les thèmes du négationnisme de notre histoire, de la mémoire (Ura compare l'insipidité de son quotidien déshumanisé à celui des camps de concentration) de ceux qui nous ont précédé, des réflexions fondamentales qui fusionnent dans la grande question centrale de Pale Cocoon : déterrer et comprendre notre passé changera-t-il réellement notre présent, ou est-il préférable de ne rien savoir ? S'intéresser au passé plutôt qu'au présent équivaut-il à fuir sa réalité ?
On ressort transcendé et touché de cet OAV de SF alarmiste tout à fait d'actualité par rapport aux nombreux problèmes environnementaux qui menacent à long terme notre planète, et qui nous montre un futur au sein duquel les survivants préfèrent oublier les erreurs passées de l'humanité, l'inconscience de leurs ancêtres qui ont provoqué la perte de leur monde, quitte à fuir leur réalité. Un OAV d'une beauté visuelle remarquable, un peu trop lent et contemplatif par moments, mais qui révèle toute sa puissance lors d'un final très poétique, au travers d'un twist déchirant porteur d'un lourd secret. Une oeuvre magnifique, à ne pas manquer, qui sort en DVD chez Dybex en avril 2008.
Kurono-kun []

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