On pouvait attendre beaucoup de cette courte série de 6 OAV produite par le dynamique studio Bee Train (Claymore, Area 88), un projet doté d'une équipe de production prometteuse constituée de l'expérimenté scénariste Tatsuhiko Urahata (Aria the Origination, D.Gray-man, Monster) et de Yoshimitsu Yamashita (directeur de l'animation sur Bleach, Tsubasa Reservoir Chronicle et Samurai Champloo, il occupe également ici le poste de character designer). Et pourtant, malgré des débuts intéressants et un bon équilibre entre humour et action, Murder Princess peine à convaincre. Déjà, alors que l'anime est un seinen, son univers medieval punk trop coloré ressemble plutôt à un mauvais conte de fées, c'est bien dommage. La suite, c'est du bon et du moins bon, et enfin il faut ajouter que l'anime s'éloigne volontairement du manga original (entre autres, le rôle de Falis est plus important et la fin change dans cette nouvelle version).
Une princesse peut en cacher une autre
Alors que le royaume de Forland est envahi par le docteur Akamashi et ses étranges créatures, la jeune princesse Alita parvient à s'enfuir afin d'entretenir le frêle espoir de pouvoir sauver un jour le trône familial. Tandis que le roi est assassiné, Alita est poursuivie par un monstre affreux, rien ne va plus. C'est alors qu'elle tombe littéralement sur Falis, une chasseuse de primes; les deux jeunes femmes se télescopent et chutent du bord de la falaise. Le fait qu'elles frôlent la mort ensemble occasionne un événement improbable, un transfert d'âmes instantané. Lorsqu'elles se réveillent en contrebas, elles se rendent compte que leurs personnalités ont été échangées, et n'ont aucun moyen de renverser le processus. L'ancienne princesse Alita décide de profiter des avantages de cette situation et demande à Falis de reprendre son trône avec l'aide de ses acolytes Dominikov et Pete. Ils réussissent rapidement à reconquérir le château, cependant la menace pèse encore sur le royaume de Forland, c'est pourquoi les deux jeunes femmes décident de laisser courir la supercherie tant qu'il restera une once de Mal dans la région.
Si le principe de l'échange sur lequel repose la série est amusant dans un premier temps, on se rend néanmoins vite compte qu'il n'est pas suffisamment exploité. L'échange donne toutefois lieu à des répliques cultes comme : "C'est impossible, je me vois en train de me parler!" dixit Alita. L'évident choc des personnalités entre la princesse et la chasseuse de primes joue tout de même son rôle dans l'histoire, et on voit petit à petit évoluer l'ex-princesse-devenue-servante; elle est en pure admiration devant sa remplaçante, car celle-ci réalise son rêve de sortir du cocon protecteur de la parfaite petite héritière bien coiffée: elle sait se battre, elle a du franc-parler, et ne renonce jamais devant les difficultés. Malheureusement, l'évolution du caractère des deux filles n'est qu'ébauché durant la série, à l'instar de tous les autres éléments du scénario qui dans l'ensemble est trop inconsistant pour déchaîner les passions, le scénariste ayant préféré ne pas insister sur l'échange, ce qui ne l'empêche pas d‘intégrer des petites histoires parallèles vraiment pathétiques. Certes, on ne peut pas tout mettre sur le dos du court format de l'OAV, car 6 épisodes cela me semble pas assez pour développer de nouvelles orientations... Mais au final, le comble c'est que dans ces 6 épisodes, il ne se passe presque rien! Plus encore, les dialogues sont souvent emplis de clichés, et certaines phrases inutiles brisent le rythme des épisodes.
En termes visuels, cet anime de type seinen surprend par son design très "jeune", d'ailleurs les graphismes ne sont que suffisants, rien de plus. En effet, l'ensemble est assez banal tout au long de la série, les formes arrondies et colorées des personnages et des décors donnent un aspect général de conte de fées "mignon", certes efficace, mais qui accumule les clichés sur le plan des comportements et des émotions (et le look cosplay de servante en jupons qui revient encore et encore et qui jure avec l'univers de la série!). Deux gros points faibles sont à mettre en évidence: les décors particulièrement insipides d'une part, et d'autre part le character design qui montre de grands yeux inexpressifs et un aspect parfois grossier qui ne laisse aucune place à la caractérisation des personnages secondaires (les gardes comme les monstres sont mal définis et se ressemblent tous). Pour sauver Murder Princess de l'anonymat, il ne reste que les protagonistes qui ont du style et sont attachants : avec Dominikov le gnome squelette punk ou Pete le mastodonte mauve qui ressemble à un personnage de Gorillaz avec ses yeux morts, on en a pour son argent. N'oublions pas également la sympathique savant fou Akamashi qui fait bien rire avec sa "face d'oignon" et ses deux minuscules poupées robots.
Sur le plan musical, il faut souligner l'apport du groupe de J-rock nippo-californien Back-On (qui s'est fait connaître dans le milieu de la japanimation en signant des génériques très appréciés pour Air Gear et Eyeshield 21), un groupe à succès qui interprète un générique d'entrée (opening) très rythmé qui met immédiatement le spectateur dans l'ambiance. Par la suite, la bande sonore confirme son utilité autour d'un mélange constant de hard rock pur, métal mélodique et autres chœurs lyriques qui accentuent l'impact des combats. Pourtant, bien qu'il n'y ait que 6 OAV, la musique s'avère trop vite répétitive.
Pour finir, on se doit d'évoquer un point primordial et pourtant encore ignoré par le scénariste, le thème de la "Murder Princess". En effet, celle-ci résulte de la naissance improbable d'un personnage mi-princesse, mi-chasseuse de primes, et porte bien son nom. Ce personnage, composé de la violence incontrôlable de Falis et du corps parfait d'Alita qui exhale gentillesse et douceur, converge merveilleusement dans un symbolique oxymore: dans toute sa dualité, la "princesse du meurtre" fait une héroïne sanguinaire du plus bel effet. Avec ses yeux rouges sur fond rouge, dans sa robe blanche (im)maculée de sang, elle décapite à tour de bras, libérant des flots de sang à l'aide de son fidèle katana (les combats sont assez gores, toutefois le sang est volontairement délesté de son réalisme pour éviter tout côté malsain). Dommage, le potentiel très intéressant de la Murder Princess est sous-exploité, car au bout de trois épisodes on n'en entend plus vraiment parler.
Bilan : En résumé, Murder Princess avait le potentiel d'un OAV amusant et aurait même pu se révéler grisant avec le principe de l'échange des corps. Bien qu'il soit dans l'ensemble plaisant et agréable avec son ton léger, cet anime est avant tout une succession de "dommage" et de "malheureusement", tant il est desservi par un scénario qui est, lui, TROP léger. Le final rose bonbon ne vient rien arranger. Il n'y a que l'humour et le dynamisme engendrés par la bande de Falis qui viennent sauver le tout (Dominikov et Pete sont très attachants !), au point que si on écarte la pauvreté et la fadeur des décors ainsi que la platitude de l'histoire de fond, on passe un bon moment.
Kurono-kun []

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