Ichiko Izumaya est une jeune étudiante en anglais de 18 ans, marchant sur les traces de son père, traducteur de romans américains branchés. Sa mère morte il y a 7 ans, Ichiko est très proche de son père et a du mal à lui annoncer son homosexualité et par là même à lui présenter sa petite amie Eriko, jeune étudiante en droit de 21 ans.
Pourtant, ce n'est pas l'annonce à son père qui va bouleverser la vie de Ichiko, mais au contraire celle que celui-ci va lui faire sur sa rencontre avec la mère d'Ichiko...

Love my LifeL'auteur, Ebine Yamaji, nous propose au travers des 12 chapitres de Love my Life de découvrir des tranches de la vie d'Ichiko. Ainsi, tout au long des 200 pages qui composent ce one-shot, on suit pas à pas la vie d'Ichiko, ses doutes, ses rencontres, son amour...
C'est avec délicatesse que la mangaka nous invite à rentrer petit à petit dans le quotidien de Ichiko. Tout en nuance, avec un ton très juste, le lecteur prend peu à peu possession de la vie d'Ichiko. A travers son regard, il est invité à découvrir la vie de cette jeune adulte homosexuelle. L'auteur fait ici preuve d'un très grand talent, car c'est avec pudeur qu'elle nous dévoile cette vie. Aucune faute de mauvais goût comme des clichés ou encore de la pornographie n'est à déplorer. Au contraire, l'oeuvre se montre très sobre, sans voyeurisme. Le fait que Ebine Yamaji soit lesbienne n'est sans doute pas un hasard quand à la justesse des propos. Certaines scènes sentent presque le vécu, l'autobiographie. Ebine/Ichiko : même personne ?
Love my Life permet à l'auteur d'aborder un thème qu'elle connaît donc bien. Cet ouvrage lui permet de faire passer ainsi un message de tolérance et de compréhension. Love my Life a pour but de montrer que les homosexuelles ne sont pas des malades ni des extraterrestres, simplement des gens comme les autres. Cette réflexion est visible à chaque page du manga. Par exemple Take-chan, un ami homosexuel d'Ichiko ne ressemble en rien au cliché habituel du gay. Il n'est pas fol, ni extraverti. Simplement un mec normal.
En outre, le style graphique de la mangaka est vraiment réussi. Tout en finesse, très épuré, le dessin de Ebine Yamaji rend parfaitement compte d'une situation, d'une pensée. En effet, bien que le trait de l'auteur soit simpliste, il est très précis. Ainsi, les émotions des protagonistes sont parfaitement retranscrites. Cette composition graphique de la mangaka se révèle idéale pour ce genre d'histoire. On est littéralement plongé et submergé dans le récit de Love my Life. Le dessin captive par sa fausse simplicité et son réalisme. Ebine Yamaji nous offre donc un travail somptueux, presque parfait, manquant juste d'un peu plus de chaleur humaine.
Malheureusement, Love my Life n'est pas exempt de tout reproche. Tout d'abord, l'édition d'Asuka est très perfectible. En effet, les scans sont dans l'ensemble ratés. Dommage car le matériel utilisé pour le manga est de qualité (papier, couverture). Au final, cela ne se remarque, heureusement, que très peu grâce au style épuré de l'auteur.
De plus, bien que particulièrement douée pour la mise en scène dans ce genre de récit, l'oeuvre de Ebine Yamaji comporte quelques imperfections. Ainsi, l'histoire perd de plus en plus de son réalisme au fur et à mesure que l'on y découvre les personnages. Ceux-ci sont presque tous homosexuels. Cette galerie restreinte de personnages gays nous donne l'impression qu'Ichiko, et par là même le lecteur, sont enfermés dans une bulle. Le lecteur se retrouve alors de plus en plus déconnecté de la réalité pour au final avoir l'impression de lire une simple histoire. Ainsi, l'ambiance réaliste, presque autobiographique, du début planant sur Love my Life s'estompe peu à peu pour laisser place à une fiction. On peut aussi regretter le manque de consistance des personnages et en particulier d'Ichiko, l'héroïne. Celle-ci se révèle souvent fade et surtout puérile. Les autres personnages ne sont pas en reste comme par exemple le père d'Ichiko plein d'amour pour sa fille qui fait très mou. Son manque de réaction face aux évènements le rend inutile. Son personnage n'apporte pas grand-chose si ce n'est un ralentissement dans l'histoire.
Enfin, le nombre limité de pages ne permet pas à l'auteur de pousser à fond les réflexions, les sujets abordés ainsi que le développement des personnages. Certains thèmes auraient pu être plus travaillés, plus poussés. En achevant la lecture du manga, on a la légère impression que l'auteur n'a fait qu'effleurer les sujets abordés. Dommage donc.
Alors, Love ou Don't Love ? Le débat est lancé. En tout cas, il est certain que Love my Life ne laissera personne indifférent de par son sujet. Après, tout est question de goûts, de moments, de préférences.
Ebine Yamaji faute de nous proposer un manga parfait nous permet de découvrir un nouveau genre de manga en France. Le manga aurait peut-être gagné à être développé sur plusieurs tomes. Mais qui sait, peut être que Sweet Lovin' Baby, un autre de ses manga sera-t-il le yuri parfait !
Djak []

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