Le nom de Tetsuo Hara fait immédiatement penser à son œuvre la plus connue : Ken le Survivant. La renommé en est telle que l’auteur ne cherche même plus à se renouveler et ne représente plus que le même type de personnages dans des contextes différents. Comprenez baston et démonstrations de force englobés dans une bonne dose de machisme pur sucre. C’est tout du moins ce qui transparaît dans Keiji. Reste le trait somptueux du dessinateur qui devrait se doter d’un scénariste convaincant pour exploiter ces faits réels romancés.
Surhomme

Et hop ! Une ruade ! (c) Sakka Nous sommes en 1582 et le Japon connaît une période de
guerre civile suite à la mort du seigneur Oda Nobunaga qui tenta de réunir le
pays. En marge des seigneurs et autres samouraï, il existe ce que l’on appelle
les “Kabuki-mono”, guerriers appréciant particulièrement les accoutrements
voyants et les plaisirs de la vie tout en étant des combattants aguerris se
battant au rythme de nombreuses batailles. Le héros de cette histoire se
prénomme Keiji Maeda et se trouve être l’un de
ces Kabuki-mono.
Le récit commence quand un groupe de soldat échoue à attraper des chevaux sauvages pour en faire des montures pour les batailles à venir. Un cheval gigantesque s’interpose et libère ses congénères. Keiji décide d’en faire son cheval, à la fois parce qu’il est tombé sous le charme de ce cheval immense mais aussi car il lui convient parfaitement, lui-même mesurant 1m97 ! Le cheval se laissera apprivoiser par Keiji qui n’hésite pas à s’incliner devant lui ou à comparer ses cicatrices faites aux combats avec celles de l’animal. L’histoire narrera ensuite les aventures de Keiji et ses compagnons dans ce Japon en guerre, ses interactions avec les puissants de ce monde et ses nombreuses batailles où nombre de têtes voleront !
Pour résumer, c’est à peu près Ken le Survivant au Moyen-Age sans l’air ultra sérieux et les miaulements dudit Ken. Dans Keiji, l’ambiance est plus détendue, le protagoniste plaisante entre deux scènes où il humilie ses ennemis. Et c’est bien là que le problème se pose. L’époque est pour ainsi dire occulté par la personnalité de Keiji, surhomme, expert en à peu près tout et homme de bonté. A prendre au premier degré, le manga reflète bien son époque des années 1990 avec tout son lot de stéréotypes allant avec. Du coup, le manga se déroule tranquillement mettant un personnage principal dans des batailles duquel il ressort grandi par ses exploits personnels, faisant de lui LA forte tête de l’époque. C’est gros, ça manque de finesse et c’est bêta mais… Keiji possède un certain charme, celui d’être dessiné par Tetsuo Hara, le maître en personne du shônen d’action de l’époque.
Homme à tout faire
La personnalité de Keiji ne fait pas un pli, c’est un insoumis, du genre de ceux qui ouvrent beaucoup sa bouche pour ne dire que des bêtises. A la différence des pseudo rebelles, il est bourré de talents en tout genre le rendant parfait ou presque. Difficile pour ses ennemis (même ceux de sa famille), de trouver une faille dans cette carapace blindée. Les aventures de Keiji ne sont que plus simples malgré que ses frères d’armes ne soient pas toujours très futés mais comme il est largement au-dessus des autres, tout va pour le mieux ! Le scénario est peu conséquent et on se demande bien comment le trio a réussi à massacrer ce scénario porteur. Par contre, en le prenant au second degré, Keiji change complètement et montre la démarche d’auteurs rendant ludique ce passage historique pas toujours simple à analyser.
Le point fort reste bien évidemment la capacité de Tetsuo Hara à offrir un trait tout à fait divertissant, rendant ses personnages très détaillés et reflétant parfaitement leur époque. Les multiples détails n’en sont que la confirmation. L’exagération des proportions demeure dans la veine de ces représentations de personnages déjà entrevus ailleurs. La quête de la force par les personnages fait briller les muscles à travers un découpage oldie mais seyant dans un remplissage de premier ordre.
Le nom de Tetsuo Hara restera associé à jamais à Ken le Survivant, Keiji n’en est que le prolongement. Maintenant, reste à savoir s’il faut le prendre ou pas au sérieux, cette œuvre tend à pencher vers l’autre côté de la balance mais il n’en reste pas moins dérangeant de gâcher un tel scénario…
juro []

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