Si vous pensiez que la concierge était le spécimen le plus insupportable de tout votre immeuble, apprenez qu'il y a bien pire. Au Japon, il existe ce que l'on appelle "shataku", une résidence strictement réservée aux employés d'une même société. Si ces logements sont une pure aubaine financièrement parlant, la promiscuité fait en revanche partie des charges imposables et parfois non désirables...

Hot GimmickC'est le constat établi au quotidien par notre héroïne, Hatsumi, qui subit régulièrement les attaques verbales de Madame Tachibana, la femme du président de la société qui emploie son père. Cette charmante femme a, en plus de sa verve impitoyable, un rejeton du nom de Ryôki, qui lui ressemble de près dans sa manière de rabaisser son prochain avec un atout certain en plus : celui de martyriser physiquement. Sa cible préférée ? Hatsumi, bien sûr. Ayant depuis bien longtemps compris la leçon, la jeune fille s'efforçait pourtant de l'éviter mais un simple test de grossesse va changer toute la donne. Hatsumi, ayant rassemblé tout son courage pour aller en acheter un à la pharmacie (bien qu'il ne soit absolument pas pour elle mais pour sa petite soeur) a la malchance de croiser au retour Ryôki, son bourreau. En apercevant le test de grossesse, notre petit intello lui propose alors un chantage des plus malsains, sûrement sorti tout droit de son imagination d'adolescent frustré. Ainsi, en échange de son silence, il oblige notre pauvre Hatsumi à devenir son esclave. Évidement, par "esclave" il ne sous-entend absolument pas les tâches ménagères. Notre héroïne se retrouve bien vite dans une situation peu enviable, mais heureusement, son sauveur arrive à point nommer pour la sortir du pétrin : Azusa. Ami d'enfance de notre héroïne, ce dernier l'a toujours protégé jusqu'au moment de son déménagement, quelques années plus tôt. C'est donc plus fort, plus beau et surtout prêt à foutre une raclée à Ryôki qu'Azusa Le Grand revient. Mais finalement, ce retour en force annonce bizarrement le début des problèmes.
Une histoire pleine de rebondissements, un rythme soutenu, une intrigue bien ficelée, un humour omniprésent : voilà la recette basique de Hot Gimmick. L'absence de tout préambule amoureux contribue aussi à conserver cette intensité : les personnages ne passent pas plusieurs volumes à se tourner autour, certains y vont de manière plus franche que d'autres mais aucune longueur inutile n'est à déplorer. La palette des personnages est d'ailleurs des plus classiques au premier abord (l'otaku, la bonne poire, la petite soeur dévergondée, le tyran...) mais finalement, chacun d'entre eux arrive peu à peu à s'éloigner du stéréotype dont il semble issu. Alors, même s'ils ne sont pas l'originalité incarnée, ils restent touchant car très humains et par conséquent crédibles. Il est rare de trouver un manga où l'on a l'impression de reconnaître quelqu'un ou même de se reconnaître : Hot Gimmick a ce petit quelque chose là en plus. Le scénario est certes classique, mais même si l'amour reste un élément dominant, d'autres viennent jouer leur importance. Ainsi, l'auteur étoffe son scénario de certaines failles classiques de la société japonaise comme l'exclusion volontaire d'un élément au sein d'un groupe (ijimé) ou encore la question de supériorité en matière de hiérarchie (professionnelle ou intellectuelle).
Hot Gimmick prend vie grâce au trait simple de Miki Aihara. En effet, elle bannit de ses planches la plupart des artifices shôjo et lorsque l'on aperçoit par exemple une floraison suspecte au coin d'une planche, c'est plutôt pour parodier l'instant que le mettre en valeur. Très douée dans la caricature et dans le dessin de style "SD" les moments comiques ne loupent jamais leur effet. Les décors se font étonnamment plus présent, avec l'ajout de temps à autres de photos retouchés comme cadre où évoluent les personnages (procédé expoité aussi par Ai Yazawa). Même si le graphisme de la mangaka n'est pas exempt d'irrégularités, on ferme volontiers les yeux tant la fraîcheur et la simplicité sont agréables aux yeux.
Quand on parle de défauts, on pense forcément à Génération Comics, un des éditeurs qui se distingue le plus dans ce domaine. Si encore une fois, on ne peut pas reprocher la traduction, c'est une fois de plus l'adaptation graphique qui est déplorable. Les planches se retrouvent massacrées à grand coup d'habituels carrés blancs, effaçant tout le reste avec eux. Hot Gimmick en fait donc les frais et encore plus que n'importe quel autre manga. La transformation des onomatopées japonaises donnent quant à elle, une forte envie de rire. Bref, un massacre pur et simple dans la grande lignée de Génération Comics qui aime ses petites habitudes et ne veut pas les changer.
Hot Gimmick offre en conclusion un petit renouveau appréciable au genre shôjo, s'éloignant quelque peu des sentiers battus, du moins suffisamment pour être souligné. Ce n'est pas encore la révolution en la matière mais sa petite touche d'originalité mérite qu'on lui prête attention. Ainsi les lassé(e)s des éternelles comédies romantiques verront peut-être en Hot Gimmick de quoi réviser (ou confirmer) leur jugement.
aonako []

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