Décidément, Casterman n'aime pas faire les choses comme tout le monde. Avec Sakka, ils ont importé en France des mangas différents. Malheureusement, en voulant ne faire que du manga d'auteur original, le résultat est plutôt inégal : ces mangas sont très (trop) souvent affreusement difficiles d'accès. C'est particulièrement vrai pour les receuils de nouvelles, car il est difficile de conserver l'intéret sans fil conducteur, et on doit recréer cet intéret à chaque nouvelle.

HanashippanashiHanashippanashi n'échappe pas à la règle : trop brouillon, trop peu fouillé, trop creux, il n'intéressera quasiement que les inconditionnels des éditions Sakka.
Donner un synopsis d'un receuil de nouvelles n'est pas vraiment faisable. Généralement, on se contente de donner les thèmes de chaque nouvelle. Mais je serais bien en peine si je devais le faire ici : Hanashippanashi est constitué de pas moins de vingt-trois nouvelles ! Le livre faisant deux cents cinquante pages, cela nous fait une moyenne de dix pages par nouvelle. En fait, ce n'est pas vraiment le cas, et les longueurs vont de quatre à vingt pages. Vous vous doutez bien qu'à part si le scénariste se prénomme Poe ou Vian, il a peu de chance d'arriver a captiver le lecteur. En quatre pages de ce manga, c'est à dire en vingt cases de dessins vides et moches (voir plus bas), on ne va nulle part. Une histoire de cette taille peut au mieux être comique, au pire être totalement inintéressante. Daisuke Igarashi tente de les rendre mystérieuses, mais pour cela il aurait fallu qu'elles accrochent le lecteur.
Hanashippanashi raconte donc des anecdotes, mi-oniriques, mi-réelles d'un monde vu à travers les yeux d'enfants. Une fable vaguement écologique, un peu nostalgique. Des histoires simplistes : le retour du printemps, le dieu du tonnerre, apprendre à voler... Dis comme ça, on pourrait presque penser à du Miyazaki, mais il n'en est rien : Hanatruc est aussi ennuyant que son nom est énervant à écrire.
Très sincèrement, après avoir lu Hanashippanashi, le seul adjectif que l'on utilise pour qualifier ce livre est creux. Creux au niveau de l'histoire, qui est tout simplement inexistante. Certaines font un peu sourire, mais on reste généralement de marbre devant ces personnages qui s'agitent. A aucun moment on ne s'attache à eux. Sans doute parce qu'ils ne font que passer en coup de vent, mais aussi parce qu'ils n'ont pas de consitance, pas de caractère. Ils ne sont qu'une idée qui a traversé la tête du scénariste.
Je parlais un peu plus haut du dessin. Le principal reproche fait au manga (à part la violence omniprésente, mais c'est là un reproche fait par des gens pour qui manga se résume au Club Do et dont l'aversion pour toute la sous culture -BD, SF, manga- n'a d'égale que leur bêtise) est généralement le dessin, qualifié de moche. Cette idée a commencé à changer avec l'arrivée d'artbooks de très bonne qualité en France, et surtout avec la découverte par le grand public d'auteurs comme Jirô Taniguchi. Igarashi aurait pu faire parti de ces auteurs. Mais il n'en est rien : son trait est tremblant, inconstant et trop variable d'une case à l'autre. On tombe parfois au détour d'une page sur un chef d'oeuvre, un visage magnifique ou un décor très travaillé, mais à la case suivante on retombe dans la médiocrité. On sent que l'auteur a tenté de donner un cachet à son dessin, mais la sauce ne prend pas. Un tel dessin peut passer dans un one-shot, mais pas dans une nouvelle : il a tendance à repousser le sentiment d'immersion, et en quatre pages, c'est fatal. On a beau chercher des qualités, on n'en trouve pas vraiment, et en tout cas, pas dans la mise en page. La plus grosse folie que commet l'auteur avec sa mise en page est d'avoir une dizaine de cases sans bords, qui vont jusqu'au bout de la page. C'est sans doute voulu, une disposition des cases originale aurait sans doute nuit à l'impression de lenteur que veut l'auteur. Mais au moins, elle aurait fait réagir. Elle est à l'image du livre : fade.
Au passage, vous serez sans doute ravis d'apprendre qu'il sortira en france le tome 2 de cette série. On espère très fort que cela vaudra le coup, mais sincèrement, j'ai de très gros doutes.
Sakka propose une excellente édition, comme d'habitude. Mais on aurait préféré avoir à la place un bon manga. Le sous titre du manga, Patati Patata le résume bien : du blabla sans importance. Lisez plutôt Forget-me-not, du même éditeur.
Kei []

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