Anime très complexe et verbeux, Gasaraki risque en premier lieu de sembler hermétique pour certains (il faut bien 1 bon épisode et demi pour commencer à comprendre quelque chose), cependant il ne faut pas se décourager car la série dévoile la richesse de son scénario petit à petit. D’ailleurs, plus on avance et plus on se laisse aspirer dans l’univers créé par Yatate Hajime et le studio Sunrise (les pères de l’interminable saga Gundam). Pour tous ceux qui ne connaissent pas encore Gasaraki, il est encore temps de découvrir cette série hors du commun, réaliste et troublante.
Dans un futur proche...
L’histoire se déroule sur fond de guerre entre la nation (fictive) du Belgistan et le reste du monde, au cours de laquelle vont être utilisés pour la première fois des TA, des armures tactiques bipèdes dirigées par des humains, un atout de premier plan produit par le clan Gowa, un puissant conglomérat industriel japonais. De surcroît, afin d’effectuer des essais qui permettront de comprendre et d’améliorer les caractéristiques des TA, ils les envoient au Belgistan pour les voir réagir à une véritable situation de conflit. Parmi eux se trouve le leader des pilotes, Yushiro, fils du clan Gowa, qui possède des capacités particulières pour diriger les TA. Le plus étrange, c’est qu’il semble pouvoir réveiller une puissance enfouie du nom de «Gasaraki», aux pouvoirs immenses mais néfastes pour l’humanité.
Par ailleurs, une rumeur court sur le fait que le Belgistan posséderait également des TA, toutefois la technologie développée pour maîtriser ces méchas aussi mobiles que puissants en est encore à ses balbutiements. Plus que jamais, cette opération est d’une importance capitale, car cette guerre pourrait changer la face du monde à tout jamais.
Après des débuts très étranges, Gasaraki dévoile lentement tout son potentiel. Dans la lignée des drames d’action et d’anticipation si chers au nippons, tels Spriggan ou Ghost in the Shell, la série affiche un scénario riche et très original, dans lequel les enjeux mystérieux qui se cachent derrière les opérations militaires ne sont révélés que tardiv
Gasaraki box 2 (c) dybexement. Des enjeux qui se retrouvent dans la thématique du choc entre les valeurs traditionnelles nippones (supériorité et protectionnisme entre autres) et les progrès technologiques nécessaires pour dominer le monde, deux univers qui s’entrecroisent au sein des nombreux membres de la dynastie Gowa, tous impliqués d’une manière ou d’une autre dans le conglomérat familial.
Une opposition entre culture ancestrale et modernité qui se retrouve au sein de la bande originale, dans laquelle on entend aussi bien des percussions traditionnelles et les chants aux sonorités graves du théâtre nippon, pesants et inquiétants, que des sonorités modernes plus électroniques pour les musiques d’ambiance de combat. Le résultat est étrange, déroutant, puis fascinant, et au final cette bande son particulière convient parfaitement à l’atmosphère angoissante et immersive de Gasaraki.
Mecha world
Côté image, malgré la qualité apportée aux graphismes, dans l’ensemble très réussis, on remarque facilement qu’en quelques années la mise en scène a vieilli. Et pourtant Gasaraki fait partie de ces séries de la fin des années 1990 qui ont disposé du top de ce qui se faisait au niveau technique à l’époque, dans le sillage du succès des Evangelion, Escaflowne, et autres animes de méchas : arrière-plans sublimes et très détaillés, surtout au niveau des machines –ordinateurs, écrans et boutons pullulent pour donner à chaque scène un aspect futuriste crédible- et bien entendu un mécha design très travaillé destiné à donner une identité à la série afin qu’elle se distingue parmi ses nombreux concurrents du même genre (les Anges d’Evangelion par exemple, les Gaimelev d’Escaflowne ou les robots policiers de Patlabor sont reconnaissables entre tous par les fans).
Ici, les «TA» (tactical armor), méchas bipèdes, ne sont pas le centre de l’attraction, même si le mécha design des deux spécialistes Shinji Aramaki (Appleseed) et Yutaka Izubuchi (Patlabor) reste très réussi. Ce sont plutôt leurs pilotes (du moins deux d’entre eux, Yushiro et son alter ego Miharu) et les officiers, décideurs, hommes de l’ombre qui gèrent tout ce qui est la face cachée de la guerre. La vente d’armes, les prises de position stratégiques, les missions secrètes… Le jeu médiatique entre la désinformation distillée par les journaux télévisés et les opérations qui se déroulent réellement au Belgistan est un thème primordial dans la série, qui démontre à quel point la population est loin de se douter de ce qu’il se passe vraiment en temps de guerre, et en ignore même souvent quels sont les véritables enjeux.
Pourquoi cet aspect vieilli finalement ? Parce que l’animation, bien qu’efficace, est encore parfois tremblante et un peu saccadée, parce que les humains n’ont pas toujours l’air très «vivants» (et leurs mouvements laissent à désirer) et enfin parce que les couleurs sont un peu fades (on peut d’ailleurs noter un character design assez quelconque, pas mauvais certes mais loin d’être marquant). Néanmoins cet aspect vieilli donne dans un sens un charme «classique» à l’anime, qui en sort gagnant aujourd’hui.
La science du détail
Tout est construit comme si la série était à la fois une grande expérience laborantine avec ses observations, ses statistiques, ses simulations, ses résultats et ses échecs, et également une simulation de conflit mondial qui pourrait se déclencher dans un futur proche. Ainsi, tous les détails sont soignés dans une optique de réalisme, avec d’interminables journaux télévisés, des rapports militaires très précis sur les mouvements de troupes, etc. Plus encore, le scénario aborde tous les enjeux internationaux qui gravitent autour d’une guerre, et les TA symbolisent la recherche d’une suprématie technique pour le Japon qui veut retrouver une place de choix sur l’échiquier géopolitique mondial.
Cela ne fait donc aucun doute, Gasaraki est un anime très sérieux, qu’on ne peut pas prendre à la légère, et qu’il faut donc regarder très attentivement si on veut en profiter, et puis de toute manière ceux qui ne s’impliquent pas dans l’histoire dès le départ se sentiront certainement dépassés, pour ceux là ce n’est même pas la peine de continuer.

Gasaraki box 1 (c) dybexAlors, dès que le charme commence à agir, le vocabulaire très spécifique, avec des pourcentages, des types d’armement et des observations scientifiques, s’avère très intéressant dans son rôle qui consiste à rythmer et à crédibiliser les scènes d’action pour que le spectateur se sente intégré et ressente des émotions (par la montée des statistiques de danger ou du pouls des combattants par exemple) alors qu’on ne voit souvent que des machines affrontant d’autres machines. Un bon point certes, mais cette volonté d’apporter du réalisme à une situation futuriste peut paraître indigeste pour certains.
Néanmoins, que les non-initiés aux animes de méchas ne soient pas rebutés trop rapidement, car Gasaraki possède bien d’autres atouts, surtout au niveau des séquences de combat, captivantes car on voit la plupart du temps les manœuvres des deux camps au cours de la bataille. Plus encore, on peut suivre chaque mouvement stratégique et profiter des combats au maximum grâce à un réalisme soutenu qui génère une bonne dose d’adrénaline.
Par contre, au-delà de son ambiance militaire qui rappelle Appleseed, Full Metal Panic ou Patlabor, Gasaraki créé sa propre personnalité autour de son scénario déroutant et complexe, renouvelle le genre à sa manière et c’est ce qui en fait un «must see» parmi la clique des animes de méchas d’anticipation sérieux.
Une série riche et complexe, définitivement à voir, au moins pour que ça ne manque pas à votre culture.
Kurono-kun []

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