Zhong Xiaohui est une jeune chinoise qui vient de finir ses études. Honnête, belle et femme de principe, elle compte décrocher un travail et vivre sans ambition une vie vertueuse et simple. Seulement, tout bascule le jour où sa mère adorée doit être hospitalisée pour une tumeur cancèreuse. Il faut trouver l'argent qui permettra de financer la coûteuse et dangereuse opèration dont les aléas thérapeutiques ne sont que trop nombreux.

Butterfly in the AirParallèlement, Xiaohui rencontre Lan Dongcheng, un jeune dandy qui se révélera être le directeur de l'hopital dans lequel sa mère est hospitalisée. Le brave garçon accepte de financer l'opèration de maman Zhong si Xiaohui, en contrepartie, travaille pour lui dans son hôtel de luxe. Que se cache derrière une telle générosité ? Xiaohui n'a-t-elle pas vendu son âme au diable pour sauver sa mère ? Qui est en réalité Dongcheng, si mystèrieux et dur malgré sa largesse ?
Butterfly in the Air est une bonne grosse histoire d'amour comme on en avait pas vu depuis longtemps dans la rubrique manga. Difficile de faire plus téléphoné dans le genre très codifié de l'histoire à l'eau de rose.
D'un coté, nous avons la jeune fille innocente à qui il arrive un nombre incalculable de malheurs (notons que la mère de Xiaohui est elle-même reléguée au rang de simple 'malheur' par le scénario) en un laps de temps assez court. Elle est donc contrainte de se rapprocher du type qui l'aide, malgré la désapprobation morale que lui inspire son mode de vie.
Trop riche, trop superflu, trop séducteur, voilà comment l'héroïne voit son alter ego masculin. Bien entendu, au départ, rien ne semblera les attirer l'un vers l'autre, au contraire. Puis peu à peu, leur haine ou leur indifférence réciproque se changera en amour, et ce sera au tour des cruels créanciers, des diaboliques amis jaloux et autres ex-petites amies déçues de mettre à rude épreuve leur union. Quant à la conclusion, elle est toute trouvée.
Revenons à Butterfly in the Air et constatons avec stupéfaction que les plus gros clichés du genre collent à la perfection aux exactions de cette bande dessinée chinoise. Incroyable mais vrai, Butterfly in the Air ne serait rien d'autre qu'une application parfaite du stéréotype de l'histoire d'amour type polar.
Le tout agrementé d'un style oriental très à la mode en ce moment. Brillez en société grâce à Butterfly en disant que vous lisez - non pas un manga, ça fait trop vulgaire et banal - une authentique bande dessinée chinoise, écrite dans la tradition millénaire des plus grands auteurs orientaux. Car après le cinéma traditionnel chinois (remarquez l'ironie de cette expression, le cinéma n'existant que depuis une centaine d'années), c'est bel et bien à la bande dessinée que s'attaquent les maisons d'éditions, sûres d'avoir trouvé un sacré filon. Et pour cause, remarquez la mise en forme si exotique ; admirez la traduction des noms dans le résumé - quels poètes ces chinois ! - et apprenez que Zhong Xiaohui peut se traduire par 'Petit Sceau'. Fort de tels informations, ayez ensuite l'impression d'être projété dans une autre culture grâce à la traduction parfois incompréhensible de certains passages. Prenons une scène où les personnages s'amusent à faire des jeux de mots sur les caractères et leurs prononciations. La traduction est littérale, sans aucun souci de cohérence, et c'est au lecteur de saisir par lui-même ce qui se passe. Mais ça fait très spirituel et intelligent, et c'est bien le principal.
Du reste, Butterfly in the Air n'est pas désagréable à lire, bien qu'un peu long sur le début. Il faut bien reconnaitre que les dessins sont très beaux et rendent l'amourette bien plus agréable à suivre. Chose rare, ce ne sont pas moins de deux auteurs qui signent les dessins de l'oeuvre. Li Ming est aussi responsable du proto-scénario auquel nous avons affaire, mais aussi des personnages. Ceux-ci sont bien proportionnés, leurs traits fins et leurs expressions très bien rendues. Ce sont avant tout les personnages féminins qui sont mis en avant, ce qui laisse à présumer du public cible. Même si certaines postures sont parfois assez suggestives - on n'a pas idée de se cambrer comme ça pour boire un verre de vin - et quelques tenues parfois très courtes, on reste dans l'acceptable et l'on atteint jamais la vulgarité latente que l'on retrouve dans certains mangas.
C'est notre ami Pocket Chocolate qui s'occupe des couleurs, qu'il choisit chaudes et vives, dans la veine du titre de l'oeuvre. Très peu de trames, mais on sent pourtant un important traitement informatique derrière tout ça. Un traitement de qualité qui ne laisse jamais une impression de baclé. Il est néanmoins dommage de sentir aussi souvent des changements entre peinture et coloration à l'ordinateur.
Un mot sur les décors, qui sont aussi de la compétence du brave Pocket. Excellente idée que ce flou artistique qui colle très bien à l'ambiance générale un peu onirique de la BD, bien qu'il serve parfois à palier au vide sidéral de certains décors, mais c'est toujours mieux qu'un fond blanc. Là où M. Chocolate nous intéresse, c'est dans les cases montrant des décors quelconques, sans aucun personnage. Il semblerait qu'il utilise carrément des photos qu'il traite ensuite par informatique (Photoshop powaaa) pour leur donner ce coté flou qui définit l'ensemble de l'oeuvre. Ca rend parfois superbement bien sans dépareiller l'esthétique générale, ce qui est le principal. En tout cas chapeau bas Pocket Chocolate, et peut-être à une prochaine fois.
Butterfly in the Air n'a clairement pour seul intérêt que son dessin vraiment sublime quoique non exempt de défaut car trop inégal. Mais comme beaucoup d'oeuvres chinoises, il faut apprécier une bande dessinée pour son style graphique pour lui trouver une valeur quelconque. Avis aux amateurs.
Jade []

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