L'autre monde n'est pas vraiment un shônen classique. Car si la plupart des éléments qui caractérisent le shônen sont bien présents (héros sur-optimiste, ami du héros taciturne, grande quête... ), le thème et l'ambiance de cette série la font pencher du coté du seinen. Ici on tue, on génocide, on pille. Et si on ne viole pas à tour de bras, c'est que les personnages sont pour la plupart prépubères.
Un monde glauque et hostile...
Notre héros, Shu, est un jeune kendoka. Alors qu'il vient de perdre lamentablement un match devant celle qu'il aime, il aperçoit sur une cheminée d'usine une jeune fille. Il monte alors sur une cheminée voisine et tandis qu'il « discute » (le dialogue est à sens unique car la demoiselle semble être muette), deux dragons mécaniques apparaissent et tente d'enlever la jeune fille, prénommée Lala Ru. N'écoutant que son courage, Shu, armé de son sabre en bambou, vole à son secours. Il est alors transporté dans un monde parallèle. Il atterrit dans une tour gigantesque, dirigée par un tyran fou et sanguinaire. Il y apprend que sur ce monde, l'eau est une denrée rare et que Lala Ru, à l'aide du pendentif qu'elle lui avait confié (et qu'il a égaré) peut la contrôler. Il fait connaissance avec cet univers hostile, où les enfants sont tous des soldats car les adultes sont presque tous morts.
La découverte de ce monde, avec ses règles se survie, sa guerre incessante, les massacres et les atrocités qui en découlent va donc être la première épreuve que devra traverser Shu.
Dans ce monde, les psychopathes dirigent des armées d'enfant conditionnés, déciment les populations et pillent tout ce qui est à portée de fusil. Dans ce monde, les femmes n'ont pas de place, pas plus que les faibles. Dans ce monde, les lois se résument à celle du plus fort et à la loi martiale. Dans ce monde, la joie n'existe pas.
L'univers de L'autre Monde est pour beaucoup dans l'intérêt de cette série. Et son coté sombre est souligné par les magnifiques musiques de Iwasaki Taku (Kenshin, Read Or Die). Mélancoliques, tristes, elles font plus que souligner les scènes : elles nous immergent dans ce monde glauque et terrifiant.
... toutefois sans complaisance ...
Soyons clairs : jamais cette série ne se complaît dans la violence. Au contraire même : elle la dénonce clairement, tout comme elle le fait pour la dictature. Les personnages sont tellement habitués à ce mode de vie qu'il leur faut un regard neuf (celui de Shu) pour pouvoir, non sans mal, arriver à imaginer qu'il existe d'autres existences possibles. Et ces enfants qui s'expriment comme des adultes, se comportent comme des adultes et qui tuent sans remords constituent la plus vive des critiques : celle de l'exploitation des enfants et leur utilisation sur les champs de bataille. Sans arriver jusqu'au niveau de Amadou Kourouma dans Allah n'est pas obligé, cet anime s'engage dans la lutte pour la liberté des enfants. L'autre monde ne tombe jamais dans le gore. Des gerbes de sang auraient décrédibilisées la série, et les auteurs évitent bien cet écueil. Glauque oui, mais pas gore
...gâché par une réalisation poussive
Et pourtant, la sauce ne prend pas. D'abord à cause de la réalisation : la série est très peu animée et les dessins sont moches. Ne vous laissez pas tromper par les magnifiques illustrations du boîtier : le dessin est en fait médiocre. On a l'impression d'être dans une série des années 80, pas au niveau de l'animation qui est correcte (quand il y en a), mais au niveau de l'allure générale. C'est impardonnable pour une série datant de 1999 (pour donner un point de comparaison, Lain est de 1998 et Evangelion de 1995). Et dans un anime qui se veut plus psychologique que la moyenne, la finesse des visages se doit d'être elle aussi supérieure à la moyenne (ce qu'on bien compris les producteurs de shôjo).
Pire : le coté shônen est bien trop présent dans cet anime. Et voir un personnage super optimiste et qui ne doute jamais d'un bout à l'autre de la série alors que tout va au plus mal et que l'environnement dans lequel il évolue est malsain n'arrange en rien les choses ! Autant le character design des personnages secondaires est particulièrement réussi (le tyran est vraiment très crédible, tout comme son second), autant suivre ce héros est insupportable. C'est d'autant plus dommage que l'univers possédait un très fort potentiel.
Un mot tout de même sur l'édition française, faite par Déclic Images. Outre le superbe coffret, on a droit à des véritables bonus, et pas seulement les traditionnelles bandes-annonce : cellulos, croquis, extraits de la B.O, fiches personnages et ce qu'ils appellent le « story board ». On y voit l'anime dans une fenêtre tandis que sur le coté, on nous montre le story board correspondant à la scène. Un seul mauvais point à cette édition : l'entrelacage qui donne sur ordinateur une image dégoûtante, pleine de traînée (certains logiciels permettent de désentrelacer l'image). Mais le prix du coffret (20 euros pour la série complète) fait vite oublier ce petit désagrément.
Au final, on retiendra de cette série surtout l'univers, très fort et complet et on oubliera l'intrigue, ennuyante et desservie par un graphisme trop moyen.
Kei []

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