Un désert de plusieurs centaines de kilomètres, un monde sans frontière, voué à disparaître et seulement quelques âmes damnées répandues un peu partout. Technologiquement plus avancée, la civilisation ne peut réaliser que des actions ponctuelles contre les lois de la nature avant de subir de plein fouet les effets dévastateurs et irréversibles du destin décidé par Mère Nature. Si un seul espoir subsistait, il se nommerait Agharta... ou l'oeuvre de Takaharu Matsumoto (Gong Rock) à propos d'un thème qui risque de prendre forme sur la base du manque de la ressource la plus importante nommée H20.
Comme un grain de sable...

AghartaLa Terre. Un nouveau monde apocalyptique s'offre à nos yeux. Cette fois-ci, ce ne sont ni les extraterrestres ni les hommes qui sont à l'origine de ce changement soudain mais bel et bien une catastrophe naturelle qui a recouvert la terre de sable... toute la Terre ? Non ! Seul un petit village gaulois... euh... une petite île répondant au nom de Higher Ground est encore un paradis. Condamnés à l'extinction, les survivants de l'espèce humaine tentent tant bien que mal de trouver des moyens de consommer ce qui est devenu une richesse : l'eau. En effet, la ressource en eau potable est une lutte de tous les instants d'où un trafic parallèle qui profite aussi aux mafias locales.
En dépit de sa jeunesse, Juju Meyer est justement un des principaux sous-chefs de cette organisation, le Slam dirigé par Stipe. Timide et pas encore très affirmé à son jeune âge, Juju réalise quelques opérations locales pour essayer de récupérer des ressources aqueuses. Lors d'une opération annexe, des membres de l'organisation de Stipe sont pris au piège et affreusement liquidés. Juju est le premier sur les lieux mais il s'évanouit en ayant juste le temps d'apercevoir un homme en noir et une jeune fille dénommée Rael qui évoque Higher Ground.
Rêve prémonitoire ou délire incompréhensible ? Accompagné de son ami Cori, notre héros se dirige donc vers le dernier paradis sur Terre entouré de verdure et d'eau. Une fois sur place, il va de découverte en découverte et fait la connaissance de Lord Philip et de sa petite fille adoptée prénommée... Rael, ressemblant comme deux gouttes d'eau à sa vision. Le grand mystère réside dans la véritable identité de cette jeune fille peu loquace. Se prenant au jeu, Juju décide de suivre Rael dans sa fugue mais c'est lui qui se retrouve être considéré comme le kidnappeur ! Voilà alors les deux personnages partis pour une quête à travers leur monde, à la recherche des questions qui les turlupinent. En route, ils feront de nombreuses connaissances tout en essayant d'éviter les troupes de Laserford. Eux et d'autres encore sont partis débusquer le « kidnappeur » dont la tête a été mise à prix et attraper Rael qui pourrait bien représenter la clé de l'énigme pour sauver ce monde.
Antithèses l'un de l'autre, les deux personnages principaux évoluent pourtant ensemble, apprenant à se connaître mutuellement bien que les rapports soient difficilement définissables. Rael, si douce lors des moments de calme, se retrouve être une brute épaisse incontrôlable si elle se sent contrariée. Schizophrénie ou pétage de plomb sont les deux hypothèses à retenir... De son côté, Juju jouant les caïds au début, est en fait un être doté d'une sensibilité et d'une fragilité qui s'exprimeront petit à petit. Leurs destins semblent liés au dévoilement du mystère de l'eau mais dans la violence ambiante qui règne, ils ne pourront compter que sur Yunfa et le Capitaine.
Qui enraye la mécanique du manga
Scénaristiquement, l'histoire partait d'une bonne idée avec un thème déjà cher à toutes les consciences qui se préoccupent du problème du renouvellement des ressources. Le premier volume met dans l'ambiance avec l'évocation du nouvel univers et la présentation des personnages dans ses grandes lignes mais dès le deuxième volume, l'histoire se complique et les questions sans réponses s'accumulent, de nouveaux personnages apparaissent sans prévenir et leurs motivations restent dans l'ombre. Que se passe-t-il dans ce monde ? Quelles sont les motivations de chacun ? Sans parvenir à combler son manque d'imagination, l'auteur fait traîner en longueur. L'action est présente mais arriver à suivre les différents stades de l'évolution de l'histoire sur différents tableaux, sans transition équivoque, se révèle ardu. A croire qu'en plus de nous perdre, Matsumoto s'est lui-même égaré.
Chaque début de volume est précédé de huit pages d'introduction en couleurs qui lance souvent le thème qui va principalement être mis en avant par la suite. Le trait est nerveux et s'adapte bien aux scènes d'action. Pourtant, le style ne plaira pas à tous, sans doute en raison de la difformité des yeux des personnages et un remplissage assez sommaire. La constance du travail est correcte mais on a aussi droit à quelques cases vraiment horribles. Le découpage est adapté et rend l'action trépidante lors des moments intenses.
Agharta apparaît donc avec un premier volume accrocheur mais la suite est bien moins réjouissante, truffée de faiblesses dont quelques unes assez grossières qui rendent l'oeuvre déboussolante voire insupportable aux moments où l'auteur nous embarque dans ses imbroglios scénaristiques. Résultat : un manga qui s'embourbe dans une violence pratiquement gratuite sans rien apporter de concret, tant pis !
juro []

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