Yukino est une élève modèle qui se force à être la première en tout. En rentrant chez elle, elle redevient la fille négligée et un tantinet psychotique qu'elle a toujours été en dehors des heures de cours. La rencontre avec Arima, un jeune premier cachant bien des secrets sera décisive pour tous deux. Ensemble, ils tomberont les masques et décideront d'être eux-mêmes face aux autres.
Il fallait bien tout le génie d'un maître de l'animation pour mettre en mouvement un manga aussi dense que Kare Kano (Elle et Lui). Densité dans le style, déjà, par la mise en page sans cesse innovante de Masami Tsuda. Mais encore densité de scénario, par la kyrielle de personnages secondaires très présents dans l'intrigue. Tout réalisateur lambda se serait sans doute perdu dans des mièvreries de seconde zone, n'ayant su voir dans la matière du manga qu'une histoire d'amour de plus, et tout banal studio d'animation n'aurait su retranscrire le dynamisme cinglé qui règne sur chaque planche de Kare Kano.
Mais Hideaki Anno n'est certes pas n'importe qui. Loin de là. Tout comme la Gainax n'est pas une boite de manchots. C'est clairement du coté de FLCL qu'ira naturellement se positionner l'ambiance du nouveau dessin animé de la Gainax, pour l'ambiance loufoque et les scènes d'action endiablées. Reste un esprit shôjo à respecter pour contenter les fans, et tout serait parfait. Seulement, à part Nadia qui s'y apparente vaguement, Hideaki Anno n'a pas vraiment de shôjo à son actif. Stupeur ! Quelle sera la réaction du bonhomme face à ce nouveau challenge ? A-t-il la délicatesse nécessaire pour montrer les personnages principaux gambader dans les champs ? Saura-t-il aussi bien que Masami Tsuda concilier rires, pleurs et tendresse ?
Allez, trêves de plaisanteries, dès le départ, on ne pouvait douter sérieusement de la qualité de ce Kare Kano en anime. Le manga original est un classique (presque un chef d'oeuvre), et son interprète n'est pas homme de petite besogne. Anno insuffle à l'oeuvre de départ une telle dimension que dès les premiers épisodes le spectateur est convaincu.
Bon, peut-être un peu déstabilisé pour commencer. Kare Kano a un coté très brouillon au niveau des dessins, comme en témoigne les personnages à peine coloriés du générique, ou les décors pastel très peu appuyés et parfois même invisibles. Beaucoup de dialogues sont ponctués par des onomatopées écrites, des caricatures, des dessins décalés... Au final, Kare Kano, n'a graphiquement parlant, rien d'une oeuvre normale. Pourtant, l'animation est extrêmement soignée (voir le générique) et les moyens à la démesure du projet. Quels éléments justifient donc l'emploi de dessins noirs et blancs fixes ou autres procédés qu'il serait a priori très maladroit d'employer dans une oeuvre d'animation ?
D'une part, les effets d'animation délirants servent beaucoup à retranscrire l'ambiance d'origine du manga. Qu'on le veuille ou non, Kare Kano est d'abord un shôjo, et son adaptation impliquait la retranscription de diverses émotions clés dans ce genre de publications. D'où les plans fixes des visages des personnages, car effectivement, un simple dessin suffit parfois largement à un dialogue ou à divers effets de mise en scène. Cela explique aussi les couleurs très chaudes, quasiment translucides des décors.
Mais on peut dire que la série va encore au-delà. Plus qu'une simple fidélité au texte, Anno respecte le support d'origine, c'est-à-dire le manga au sens général du terme. Plus qu'une adaptation de sa matière, la série télé est un vrai manga animé, respectant les codes du manga papier (du shôjo manga papier, soyons précis), comme les décors 'papier peint' lors de certains dialogues, les décors très peu présents, la mise en scène qui ressemble plus à une mise en page, et bien sûr, ces bonnes vieilles caricatures. L'exercice est très convaincant, mais c'est notamment car il colle au coté délirant de la série, les trips des personnages et les situations comiques qui en découlent.
Et c'est là que tout le génie créateur de Hideaki Anno entre en jeu et arrive à donner un dynamisme à sa série qui n'aurait pas pu être atteint sur le support papier, qui reste limité aux caricatures pour illustrer la folie de ses personnages. Ici, l'animation permet bien des choses, dont des changements de rythme parfois complètement fous, mais avant tout viscéralement comiques. On pense de suite à Fuli Culi, et ce avec raison, car l'ambiance s'en rapproche beaucoup. Que ce soit une course-poursuite dans les couloirs d'une école, une bête partie de Uno, ou un goûter entre amies, certaines scènes pourtant anodines peuvent prendre des dimensions incroyables. Le tout, bien souvent sous un background musical mélangeant classique (la plupart du temps lors de scènes dramatiques) ou enchaînements de sons et de chants débiles (le reste du temps).
Mais là encore, l'influence de la Gainax ne se limite pas aux cotés comiques de la série. Tout le fil de l'histoire est basé sur un narrateur personnage toujours différent. A partir de là, toute la série peut être perçue comme une série de scènes d'introspection digne des films d'Evangelion sur le plan des idées et de la mise en scène. On trouve des images récurrentes qui symbolisent les obsessions des personnages, des dialogues intérieurs, des éléments de l'extérieur qui deviennent un moyen d'exprimer la pensée du protagoniste, etc... L'utilité de ce système de narration qui peut sembler bien lourd est de permettre de donner non seulement de la cohérence aux personnages, mais aussi de la crédibilité ; ce petit quelque chose en plus qui fait qu'il nous touche vraiment, qu'on sent bien son coté humain. Mais en plus, cela permet de communiquer au lecteur des sensations purement subjectives qui ne pourraient passer autrement.
Au final, on obtient une oeuvre transposée en beauté, dont les propos ne sont jamais trahis par les idées florissantes du réalisateur.
Vous l'aurez compris, Kare Kano est non seulement une adaptation réussie grâce à des idées géniales convergeant toutes vers un même procédé, à savoir un univers graphique à la fois brouillon et extrêmement cohérent. Avec des personnages et un scénario de qualité, cet univers ne pouvait que donner naissance à une ambiance unique et à une série géniale. On ressent une telle maîtrise du sujet qu'il est difficile de relever des défauts, anodins ou non, dans l'oeuvre. Certains pourront tout simplement souligner la lenteur de certaines scènes ou la profusion de dialogues, mais tous cela ne relèvera que de la plus élémentaire question de goût.
Jade []

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